‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 111 sur 447 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Warkworth. — Devant le château de Nurtliumberland.

-Entre Lord BARDOLPH.

Lord Bardolph. — Qui garde la porte ici, holà? Le portier se présente.

Lord Bardolf. — Où est le comte?

Le portier. — Qui annoncerai je?

Lord Bardolph. — Dis au comleque Lord Bardolph attend ici son bon plaisir.

Le portier. — Sa Seigneurie est à se promener dans le jardin; s'il plaît à Votre Honneur de frapper seulement à la porte, le comte vous répondra lui-même.

Lord Bardolph. — Voici venir le comte, (ie portier se retire.)

Entre NORTHUMBERLAND.

Northumberland. — Quelles nouvelles, Lord Bardolph? Chaque minute, à ce moment-ci, doit être la mère de quelque événement. L'heure présente est orageuse ; la discorde, pareille a un cheval échauffé par une nourri lure trop ardente, a follement pris le mors aux dents et jette tout à bas devant elle.

Lord Bardolph. — Noble comte, je vous apporte des nouvelles certaines de Shrewsbury. •

Northumberland. — Plaise à Dieu qu'elles soient bonnes!

Lord Bardolph. — Aussi bonnes que le cœur peut les désirer: le roi est presque blessé à mort; par le fait de l'heureuse fortune de Milord votre fils, le prince Henri est fendu de part en part; les deux Blunt sont morts de la main de Douglas; le jeune prince Jean, Westmoreland et Stafford ont fui le champ de bataille, et le cochon d'Harry Monmoulh, cette carcasse de Sir John, est prisonnier de votre fils. Oh ! une telle journée, si bien défendue, si bien conduite, si complètement gagnée, n'a jamais honoré aucun siècle depuis les triomphes de César !

Northumberland. — Quelle est la source de

cette nouvelle? Avez- vous vu le champ de bataille? Venez- vous de Shrewsbury?

Lord Bardolph. — J'ai parlé avec quelqu'un qui en venait, Milord, un gentilhomme de bonne éducation et de bonne renommée, qui m'a donné de lui-même ces nouvelles pour vraies. '

Northumberland. — Voici venir mon serviteur Travers que j'ai dépêché mardi dernier pour appreudre des nouvelles.

Lord Bardolph. — Milord, je l'ai devancé sur la route, et il ne sait rien de plus certain que ce qu'il peut avoir appris de moi.

Entre TRAVERS.

Northumberland. — Eh bien, Travers, quelles heureuses nouvelles apportez-vous?

Travers. — Milord, Sir John Umfreville m'avait fait rebrousser chemin par les joyeuses nouvelles qu'il m'avait données, et comme il était mieux monté que moi, il m'eût bientôt dépassé. Après lui, est venu un gentilhomme qui piquait dur de l'éperon et qui, presque hors d'haleine à force de courir, s'est arrêté près de moi pour faire souffler son cheval ensanglanté. Il m'a demandé la route de . Chester, et moi je lui ai demandé quelles nouvelles il apportait de Shrewsbury; il m'a répondu que la rébellion avait eu mauvaise chance et que l'éperon du jeune H a n'y Percy était refroidi. Là-dessus, il a rendu l'a tète à son bon cheval et, se penchant sur la selle, il a enfoncé jusqu'à la mollette ses éperons dans les flancs palpitants du pauvre animal, et il est parti, sans attendre d'autres questions, d'un tel galop qu'il semblait dévorer le chemin.

Northumberland. — Ah! répète un peu. Il a dit que l'éperon du jeune Harry Percy était refroidi ? qu' Eperon chaud était devenu éperon froid? que la rébellion avait eu mauvaise chance?

Lord Bardolph. — Milord, je vais vous dire ce qui en est; si mon jeune Lord, votre fils, n'a pas remporté la victoire, sur mon honneur, je veux bien donner ma baronnie pour un nœud de soie : ne parlons plus de cela.

Northumrehi.and. — Pourquoi donc alors ce

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