‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 136 sur 447 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Le prince Jean. — Ton mérite est trop pesant pour monter.

Falstaff. — Laissez-le briller, alors.

Le prince Jean. — Il est trop opaque pour briller.

Falstaff. — Laissez-le (aire quelque cbose qui puisse me faire du bien, mon bon Lord, et appelez ce quelque cbose comme vous voudrez.

Le prince Jean. — Ton nom est Colevile?

Colevile. — Oui, Milord.

Le prince Jean. — Tu es un fameux rebelle, Colevile.

Falstaff. — Et c'est un fameusement fidèle sujet que celui qui l'a pris.

Colevile. — Je ne suis, Milord, que ce que sont mes supérieurs qui m'ont conduit ici : s'ils avaient été dirigés par moi, vous auriez acbeté la victoire plus chèrement que vous n'avez fait.

Falstaff. — Je ne sais pas combien ils se vendent eux, mais quant à toi tu t'es donné gratis, comme un brave garçon, et je te remercie du don de ta personne.

Rentre WESTMORELAND.

Le prince Jean. — Eh bien, avez-vous arrêté les poursuites?

Westmoreland. — On a fait retraite et suspendu l'exécution. .

Le prince Jean. — Envoyez Colevile avec ses complices à York, pour y être immédiatement exécutés. Blunt, conduisez-le hors d'ici et ayez soin de le garder sûrement. (Sort Colevile sous escorte.) Et maintenant dirigeons-nous vers la cour, Milords. J'apprends que le roi, mon père, est gravement malade : il faut que nos nouvelles arrivent avant nous à Sa Majesté; c'est vous, cousin, qui les lui porterez; cela le soulagera : quant à nous, nous vous suivrons avec une diligence modérée.

Falstaff. — Milord, je vous en conjure, donnez-moi la permission de passer par le Glouces-tershire, et lorsque vous serez à la cour, mon bon Lord, veui1 lez parler de moi en bien dans vos bons rapports.

Le prince Jean. — Portez-vous bien, Falstaff, j'userai de mon autorité pour mieux parler de vous que vous ne le méritez. (Tous sortent excepté Falstaff.)

Falstaff. — Je vous souhaiterais seulement de l'esprit; cela vaudrait mieux que votre duché. En bonne foi, ce jeune homme à sang froid ne

m'aime pas; personne ne peut le faire rire; mais ce n'est pas étonnant, il ne boit pas de vin. Jamais aucun de ces garçons si sages n'arrive à rien, car leur breuvage insipide, joint à leurs repas de poisson, leur refroidit tellement le sang qu'ils en contractent des manières de fleurs blanches masculines; lorsqu'ils se marient, ils engendrent des filles, et ils sont généralement des sots et des lâches, ce que seraient aussi quelques-uns de nous, n'était réchauffement. Une bonne bouteille de Xérès vous a une double opération; cela vous descend dans le cerveau, vous y sèche toutes les sottes, lourdes et acres vapeurs qui l'enveloppent, vous le fait ouvert, prompt, inventif, plein de conceptions légères, ardentes et délectables, qui, communiquées à la voix, à la langue qui leur donne forme, sortent en saillies excellentes. I.a seconde propriété de votre excellent Xérès est d'échauffer le sang, qui, étant auparavant froid et lent, laissait le foie blanc et pâle, ce qui est signe de pusillanimité et de lâcheté : mais le Xérès l'échauffé et le fait courir du centre aux extrémités. Il illumine le visage, qui, pareil à un phare, ordonne à tout le reste de ce petit royaume, l'homme, d'avoir à s'armer, et alors toute la bourgeoisie des esprits vitaux et les autres petits esprits intérieurs se rassemblent autour de leur capitaine le cœur, qui, puissant et enflé de son armée, accomplit n'importe quel acte de courage; et cette valeur vient du Xérès. Il s'ensuit que l'habileté dans les armes n'est rien sans le Xérès; car c'est lui qui la met en œuvre et le savoir n'est qu'un simple monceau d'or gardé par un diable, jusqu'à ce que le Xérès s'en empare et lui donne vie et emploi. De là vient que le prince Harry est vaillant; car ce sang-froid dont il a naturellement hérité de son père, il l'a, "comme on fait d'une terre maigre, stérile et nue, labouré, cultivé et ensemencé par l'excellent travail du boire sec et par un bon engrais de fertile Xérès ; en sorte cju'il est devenu très-chaud et très-vaillant. Si j'avais mille fils, le premier principe humain que je leur enseignerais serait d'abjurer tout breuvage insipide et de s'adonner au Xérès.

Entre BARDOLPH.

Falstaff. — Eh bien, Bardolph, quelles nouvelles?

Bardolph. — L'armée est licenciée tout entière et partie.

Falstaff. — Qu'ils s'en aillent. Je vais passer

LE ROI HENRI IV

par le Gloucestershire, et là je rendrai visite à maître Robert Shallow esquive : c'est une cire que j'ai déjà pétrie entre mon index et mon pouce, et sous peu je lui donnerai mon sceau. Partons. (Us sortent.)

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