‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 138 sur 447 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Falstaff. Je suis venu, j'ai vu et j'ai vaincu.

Le prince Jean. Cette capture fait plus d'honneur

prince rejettera ses compagnons comme on rejette les mots grossiers ; leur souvenir servira à Sa Grâce de patron et de mesure pour juger les mœurs des autres hommes, et c'est ainsi que le mal passé se changera en utilité présente.

Le roi Henri. — Il est bien rare que l'abeille dépose son rayon de miel dans une charogne morte. Qui vient ici? Westmoreland?

Entre WESTMORELAND.

Wistmoreland. — Bonne santé à mon Souverain et qu'un nouveau bonheur s'ajoute à celui que je vais lui apprendre ! Le prince Jean, votre fils, baise la main de Votre Grâce : Mowbray, l'évèque Scroop, Hastings, et tous les autres, ont subi les rigueurs de vos lois. 11 n'y a plus maintenant une épée rebelle hors du fourreau, et la paix promène de toutes parts ses branches d'olivier. Vo-

courtuisie qu'à votre mérite.

(Acte IV, se. m.'

tre Altesse pourra lire ici plus à loisir la manière dont cette action a été conduite, ainsi que chacun des épisodes de cette affaire en particulier. Le roi Hesri. — O Westmoreland, tu es un oiseau d'été qui, perché sur l'épaule de l'hiver, ne cesse de chanter que les jours grandissent. — Voyez, voici d'autres nouvelles.

Entre HARCOURT.

Harcourt. — Le ciel garde Votre Majesté d'ennemis, et lorsqu'il s'en élèvera contre vous, puissent-ils tomber comme ceux dont je viens vous parler! Le comte de Northumberland et le Lord Bardolph, avec de nombreuses forces d'Anglais et d'Ecossais, ont été défaits par le shériff du Yorkshire : ce paquet-ci, plaise à Voire Altesse, contient avec amples détails l'ordre exact du combat et la manière dont il s'est passé.

LE ROI HENRI IV

Le roi Henri. — Et pourquoi ces bonnes nouvelles me rendraient-elles malade? La fortune ne viendra-t-elle donc jamais avec ses deux mains pleines, sans écrire ses plus belles paroles en lettres détestables? Ou bien elle vous donne un estomac et pas de nourriture, et c'est le cas des pauvres qui sont en santé; ou bien elle, vous donne un festin et vous enlève l'estomac, et c'est le cas des riches qui ont l'abondance et qui ne peuvent en jouir. En ce moment où ces heureuses nouvelles devraient me donner joie, voilà que ma vue m'abandcn ic et que mon cerveau est pris de vertige. Hélas de moi ! Venez près de moi, voilà que je suis très-malade. (Il s'évanouit.)

Le prince Humphroy. — Que Votre Altesse reprenne courage !

Clarence. — O mon royal père !

Westmoreland. — Mon souverain Seigneur, revenez à vous, rouvrez les yeux !

Warwick. — Prenez patience, princes : vous savez que ces accès sont très-fréquents chez Son Altesse. Éloignez-vous de lui, donnez-lui de l'air, il va revenir à lui tout de suite.

Clarence. — Non, non, il ne pourra longtemps supporter ces souffrances; les soucis incessants et les labeurs de son âme ont rendu si mince le mur qui devrait tenir enfermée sa vie, qu'elle regarde au travers et le brisera.

Le prince Humphroy. — Les propos du peuple m'alarment : car on a remarqué qu'il est né des enfants sans père, et des monstres, jeux détestables de la nature : les saisons ont changé de caractère, comme si l'année avait trouvé quelques mois endormis et avait sauté pardessus.

Clarence. — La rivière a éprouvé trois flux, sans qu'il y ait eu aucun reflux dans l'intervalle, et les vieillards, chroniques babillardes du temps, disent qu'il en fut ainsi un peu avant que notre arrière-grand-père, Edouard, tombât malade et mourût.

Warwick. — Parlez plus bas, princes, car le roi revient à lui.

Le prince Humphroy. — Cette apoplexie sera certainement sa fin.

Le roi Henri. — Je vous en prie, soulevezmoi et emportez-moi dans quelque autre chambre : doucement, je vous prie. (Ils emportent le roi dans une partie intérieure de la chambre et le placent sur un lit.) Qu'on ne fasse pas de bruit, mes aimables amis, à moins que quelque main dis-

crète et amicale ne berce mon esprit fatigué d'un léger murmure de musique.

Warwick. — Faites venir des musiciens dans la chambre voisine.

Le roi Henri. — Placez la couronne ici, sous mon oreiller.

Clarence. — Son œil est creux et il change beaucoup .

Warwick. — Moins de bruit, moins de bruit!

Entre LE PRINCE HENRI.

Le prince Henri. — Qui a vu le duc de Clarence ?

Clirince. — Je suis ici, frère, accablé de tristesse.

Le prince Henri. — Qu'y a-t-il donc? il pleut au dedans et il ne pleut pas au dehors ! Comment va le roi?

Le prince Humphroy. — Extrêmement mal.

Le prince Henri. — A-t-il appris déjà les bonnes nouvelles? Dites-les-lui.

Le prince Humphroy. — C'est en les apprenant que son état s'est si fort aggravé.

Le prince Henri. — S'il est malade de joie, il se rétablira sans médecine.

Warwick. — Pas tant de bruit, Messeigneurs : mon doux prince, parlez bas; le roi votre père est disposé à dormir.

Clarence. — Retirons-nous dans l'autre chambre.

Warwick. — Plairait-il à Votre Grâce de venir avec nous?

Le prince Henri. — Non, je vais m'asseoir ici, et veiller le roi. (Tous sortent excepté le Prince Henri.) Pourquoi la couronne, qui est une compagne si importune, se trouve-t-elle sous son oreiller? O brillante inquiétude! Souci doré, qui tiens ouvertes toutes grandes les portes du sommeil pendant bien des nuits anxieuses! il dort tout à l'heure avec toi, mais non pas cependant d'un sommeil aussi profond et de moitié aussi doux que celui dont le front ceint d'un bonnet grossier ronfle toute la nuit durant. O Majesté 1 lorsque tu pèses sur celui qui te porte, il te ressent comme on ressent une riche armure portée dans la chaleur du jour et qui brûle en même temps qu'elle protège. Près de l'ouverture par où passe son souffle, se trouve un brin de plume qui ne bouge pas : s'il soupirait, ce duvet léger et impondérable s'agiterait nécessairement. Mon gracieux Seigneur ! mon père ! Ce sommeil est pro-

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