ACTE V, SCÈNE III
vous; je suis à vous tout à l'heure : très-aimable Monsieur, asseyez-vous. Monsieur le page, mon bon Monsieur le page, asseyez-vous : grand bien vous fasse ! Ce que nous ne vous donnerons pas en victuailles, nousle remplacerons enboissons: mais il vous faut nous excuser; le cœur y est et cela suflit. (// sort.)
Shai.low. — Soyez gai, M. Bardolph, et vous aussi, mon petit soldat, soyez gai.
Silence, chantant:
Soyez gai, soyez gai, ma femme est comme toutes
les autres ; Car les femmes sont des mégères, qu'elles soient
cou! tes ou longues ; Il fait joyeux dans la salle quand toutes les barbes
s'y remuent, Et fêtent le joyeux mardi gras.
Soyez gai, soyez gai.
Falstaff. — Je ne pensais pas que M. Silence fût un homme de cet entrain-là.
Silence. — Qui, moi ! j'ai été gai comme cela deux fois et une avant aujourd'hui.
Rentre DAVY.
Davy, à Bardolph. — Voici un plat de pommes Rambonrg pour vous. (Il pose le plat devant Bardolph . )
Shallow. — Davy !
Davy. — Votre Honneur? je suis à vous à l'instant. (à Bardolph.') Un verre de vin, Monsieur ?
Silence, chantant :
Un verre de vin pétillant et clair
Pour que je boive à la santé de ma maîtresse;
Un cœur joyeux vit longtemps.
Falstaff. — Bien dit, M. Silence.
Silence. — Et nous serons joyeux , nous aussi; voici venir le bon moment de la soirée.
Falstaff. — A vous, santé et longs jours, maître Silence !
Silence, chantant :
Remplissez le verre et passez-le-moi.
Je vous ferai raison à un mile de profondeur.
Sballow. — Honnête Bardolph, sois le bienvenu : si tu as besoin de quelque chose et que tu ne le demandes pas, va-t'en au diable. Tu es le bienvenu, toi aussi, mon gentil petit filou, vraiment
le bienvenu. Je vais boire à M. Bardolph et à tous les cavaleros de Londres.
Davy. — J'espère voir Londres une fois avant de mourir.
Bardolph. — Si je pouvais vous y voir, Davy....
Shallow. — Par la messe, vous casseriez le cou à une bouteille ensemble, eh ! n'est-ce pas, M. Bardolph?
Bardolph. — Oui, Monsieur, et dans un grand verre.
Shallow. — Je te remercie. Le drôle s'accrochera à toi, je t'en réponds ; il ne renardera pas, il est bien dressé.
Bardolph. — Et je le serrerai de près, Monsieur.
SnAixow. — Parbleu, c'est parler comme un roi. Ne vous laissez manquer de rien; soyez gai. (On frappe à la porle.)Yoyez qui est là à la porte ; eh! qui frappe? (Sort Davy.)
Falstaff, à Silence qui vient de vider un verre. — Parbleu, maintenant vous m'avez fait droit.
Silence, chantant:
Faites-moi droit,
Et nommez-moi chevalier.
Samingo.
N'est-ce pas comme cela ?
Falstaff. — C'est comme cela.
Silence. — Est ce comme cela ? Eh bien, dites au moins qu'un vieillard peut faire quelque chose.
Rentre DAVY.
Davy. — Plaise à Votre Honneur, il y a là un certain Pistol qui vient de la cour avec des nouvelles.
Falstaff. — Delà cour? faites-le entrer.
Entre PISTOL.
Eh bien! Pistol, qu'ya-t-il?
Pistol. — Sir John, Ditu vous bénisse!
Falstaff. — Quel vent vous mène ici , Pistol?
Pistol. — Ce n'est pas le mauvais vent, qui ne mène personne au bien. Mon doux chevalier, tu es maintenant un des plus considérables personnages du royaume.
Silence. — Par Notre-Dame, je crois qu'il en est un des plus considérables, si l'on excepte le bonhomme Puff de Barson.