‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 16 sur 447 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

En France. Une plaine devant Angers.

Alarmes et combats. Entre le BÂTARD avec la tête de L'ARCBIDUC D'AUTRICHE.

Le bâtard. — Surmavie, cette journée devient étonnamment chaude ; il y a quelque démon de

LE ROI .TE AN

l'air qui plane dans le ciel et qui verse ici la destruction. Tête d'Autriche, repose ici, tandis que Philippe va souffler un moment.

Entrent LE ROI JEAN, ARTHUR et HUBERT.

Le roi Jean. — Hubert, garde cet enfant. Philippe, de l'ardeur : ma mère est assiégée dans sa tente et prise, je le crains.

Le bâtard. — Monseigneur, je l'ai délivrée; son altesse est en sûreté ; ne craignez rien : mais, en avant, mon Suzerain ! car il ne faut que peu de peines pour amener cette lutte à une heureuse fin. (Ils sortent.)

alarmes, combats, retraite. Entrent LE ROI JEAN, ÉLÉONORE, ARTHUR, LE RÂTARD, HU- BERT, Seigneurs, etc.

Le roi Jean, h Éléonore. — Il en sera ainsi; Votre Majesté se tiendra en arrière sous cette forte garde. (AJrthur.) Neveu, n'aie pas l'air triste; ta grand'mère t'aime, et ton oncle veut être pour toi aussi tendre que l'était ton père.

Arthur. — Oh ! cela fera mourir ma mère de chagrin!

Le roi Jean, au bâtard. — Cousin, vite en Angleterre; précédez-nous en toute hâte, et avant notre arrivée, voyez à secouer les sacs des abbés thésauriseurs; mettez en liberté les écus à l'ange emprisonnés; il faut que les grasses panses pacifiques nourrissent maintenant les affamés ; exécutez nos ordres avec la dernière rigueur.

Le bâtard — Ni cloche, ni livre, ni cierge d'excommunication ne me feront reculer lorsque l'or et l'argent me feront signe d'avancer. Je laisse Votre Altesse. Grand'mère, si je puis jamais me rappeler d'être saint, je prierai pour votre heureux salut; là-dessus je vous baise les mains.

Éléonore. — Adieu, gentil cousin.

Le roi Jean. — Cousin, adieu. {Sort le bâtard.)

Éléonore. — Viens ici, mon mignon petit-fils; écoute, un mot. (Elle prend Arthur a part.)

Lr roi Jean. — Viens ici, Hubert. O mon aimable Hubert, nous te devons beaucoup ; entre ces murailles de chair vit une âme qui te regarde comme son créancier et qui entend payer ton affection avec usure : mon excellent ami, le serment que lu m'as volontairement fait, vit, tendrement

caressé dans ce cœur-ci. Donne-moi ta main. J'avais une chose à dire, mais elle sera mieux placée à un autre moment. Parle ciel, Hubert, j'ai presque honte de te dire en quelle estime je te tiens. Hubert. — Je suis extrêmement obligé à Votre Majesté.

Le roi Jean. — Mon bon ami, tu n'as encore aucune raison de parler ainsi, mais cette raison viendra, car le temps ne se traînera jamais assez lentement pour qu'il n'amène pas une heure où je pourrai te faire du bien. Le soleil brille aux cieux, et le jour orgueilleux, escorté de tous les plaisirs du monde, est trop folâtre et trop plein de frivolités pour m'accorder audience. Ahl si la cloche de minuit, de sa langue de fer et de sa bouche de bronze, avait sonné une heure à l'oreille assoupie de la nuit; si la place où nous sommes était un cimetière, et si tu étais possédé du ressentiment de mille injures; ou bien, si cet esprit morose, la mélancolie, avait pétri ton sang et l'avait alourdi, épaissi, ce sang qui dans un tout autre état d'âme court de haut en bas dans les veines en les chatouillant, et donne permission à cet idiot, le rire, de faive clignoter les yeux des gens et de plisser leurs joues d'une joie imbécile, état d'âme ennemi de mes projets; ou bien encore, si tu pouvais me voir sans yeux, m' entendre sans oreilles et me répondre sans langue, en te servant de la seule pensée,, sans le secours des yeux, des oreilles et du son dangereux des paroles , en dépit de la vigilance du jour qui nous espionne de sa clarté, je verserais mes pensées dans ton sein : mais hélas, je ne le ferai pas. Cependant, je t'aime bien et je crois, sur mon âme, que tu m'aimes beaucoup.

Hubert. — Tant, que quelque chose que vous m'ordonniez d'entreprendre, quand bien même ma mort serait attachée à cette action, par le ciel, je la ferais 1

Le roi Jean. — Ne sais-je pas que tu la ferais? Mon bon Hubert, Hubert, Hubert, tourne ton œil sur ce jeune garçon là-bas : je vais te dire, mon bon ami, c'est un véritable serpent sur mon chemin, et partout où mon pied se pose, je 1 rencontre devant moi : me comprends-tu? Tu es son gardien.

Huiifrt. — Et je devrai le garder de manière ce qu'il ne puisse pas nuire à Voire Majesté?

Le roi Jean. — La mort.

Hubert. — Monseigneur!

Le roi Jean. — Une tombe.

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