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ACTE III

Exeter. — Une contrainte sanglante ; car, quand bien même vous cacheriez la couronne dans vos cœurs, il irait l'en arracher : aussi vientil au milieu d'une furieuse tempête, escorté du tonnerre et du tremblement de terre, comme un Jupiter, afin de vous contraindre, si vous n'accordez pas satisfaction à sa demande. Il vous ordonne, par les saintes entrailles du Seigneur, de rendre la couronne et d'avoir pitié des pauvres âmes pour lesquelles cette guerre affamée ouvre déjà ses vastes mâchoires, et il fait retomber sur votre tète la responsabilité des larmes des veuves, des cris des orphelins, du sang des morts, des gémissements des filles qui pleureront les maris, les pères et les fiancés qui seront engloutis dans cette querelle. Voilà sa réclamation, sa menace et tout mon message, à moins cependant que le Dauphin, que je suis expressément chargé de complimenter aussi, ne soit présent.

Le roi Charles. — Pour ce qui est de nous, nous considérerons plu; à loisir sa réclamation : demain vous porterez à notre frère d'Angleterre notre réponse définitive.

Le dauphin. — Pour ce qui est du Dauphin, c'est moi qui tiens ici sa place: que lui envoie Angleterre?

Exeter. — Dédain et défi ; il ne vous juge digne que de mince estime, de mépris, ou de tel autre sentiment par lequel peut, sans s'abaisser, vous apprécier le puissant prince qui vous envoie ce message. Ainsi parle mon roi; et si Son Altesse, voire père, n'adoucit pas par l'octroi général de toutes ses demandes l'amertume de la raillerie

que vous lui avez adressée, il vous appellera à lui en donner une si chaude réparation que les caves et les voûtes souterraines de la France, gronderont votre faute et vous retourneront votre moquerie avec l'écho de ses canons.

Le dauphin. — Dites-lui que si mon père lui rend une réponse favorable, c'est contre ma volonté, car je ne désire qu'une querelle avec Angleterre; c'est à celte fin que je lui ai envoyé ces balles de Paris comme un cadeau assorti à sa jeunesse et à sa frivolité.

Exetek. — Il fera trembler en punition de cette insulte votre Louvre parisien, fût-il la maîtresse cour de la puissante Europe ; et soyez assurés que vous trouverez une différence, — la même que nous, ses sujets, nous avons découverte avec admiration, — entre les promesses de ses vertes années et les qualités dont il fait preuve aujourd'hui : maintenant il pèse le temps jusqu'à la plus petite seconde, et cela, vos propres pertes vous l'apprendront, s'il reste en France.

Le roi Charlfs. — Demain vous connaîtrez à fond nos intentions.

Exeter. — Dépèchez-nous avec toute rapidité, de crainte que notre roi ne vienne s'informer en personne de la cause de notre retard ; car il est déjà débarqué dans ce pays.

Le roi Charles. — Vous serez bientôt dépêché avec de belles conditions; une nuit, c'est un petit répit et un bien court délai pour répondre à des matières de cette importance. {Fanfares. Ils sortent.)

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