‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 164 sur 447 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

En France. -^ Un appartement clans le palais du roi de France.

Fanfares, Entrent LE ROI CHARLES avec sa suite, LE DAUPHIN, LE DUC DE BOUR- GOGNE, LE CONNÉTABLE et autres.

Le roi Charles. — Ainsi les Anglais arrivent sur nous avec tout ce qu'ils ont de forces, et il est plus qu'important que nous leur répondions royalement par notre défense : par conséquent, les ducs de Bretagne et de Berry, de Brabant et d'Orléans partiront en toute diligence, et vous les accompagnerez, prince Dauphin, pour remplir nos places de guerre d'hommes courageux, et les renforcer de nouveaux moyens de défense; car Angleterre s'avance sur. nous avec une rapidité aussi terrible que la rapidité des eaux à l'appel d'un gouffre. Il nous convient d'être aussi piévoyants que nous autorise à l'être la crainte puisée dans les leçons que l'Anglais fatal et trop dédaigné a récemment laissées dans nos campagnes.

Le nAurum. — Mon très-redouté père, il est en effet très-convenable que nous armions contre l'ennemi, car même lorsque la guerre n'est pas

menaçante, et qu'il n'y a aucune querelle connue en question, un royaume ne doit jamais se laisser assez émousser par la paix, pour se dispenser de maintenir ses défenses, d'assembler ses milices, de prendre toutes ses précautions, et d'agir enfin comme si la guerre était sous le vent. Je dis donc qu'il est convenable que nous allions tous visiter les parties faibles et malades de la France, mais nous pouvons faire cela sans montrer plus de crainte que si nous entendions dire que l'Angleterre est occupée à danser une mauresque de la Pentecôte : car, mon bon Suzerain, elle est gouvernée par un roi si léger, son sceptre est tenu d'une façon si fantasque par un jeune homme si vain, si extravagant, si frivole, si capricieux qu'elle ne peut inspirer la crainte.

Le connétable. — Oh ! chut, prince Dauphin ! vous vous méprenez beaucoup sur ce roi : que Votre Grâce questionne les ambassadeurs qui lui ont été récemment envoyés, et ils vous diront avec quel grand air il a écouté leur ambassade, comme il est bien fourni de nobles conseillers, comme il est modéré dans la discussion, et en même temps quelle constance terrible il montre une fois ses résolutions prises, et vous reconnaîtrez alors que ses extravagances passées n'étaient que le masque du Romain Brutus couvrant la discrétion d'un manteau de folie, comme les jardiniers cachent sous des ordures ces plantes même qui pousseront les premières et qui seront les plus délicates.

Le dauphin. — Bon, il n'en est pas comme vous le dites, Monseigneur le grand connétable ; mais quelque chose que nous pensions, peu importe : en cas de défense, il vaut mieux supposer l'ennemi plus fort qu'il ne parait; de cette façon on prend mieux tous ses moyens de défense, car une prévoyance trop légère et trop indolente vous fait ressembler à un avare qui gâte son habit pour épargner un peu de drap.

Le hoi Chaules. — Croyons que le roi Harry est fort, et vous, princes, armez-vous solidement pour lui résister. Ses pères se sont engraissés à nos dépens, et il descend de cette race sanglante qui nous a poursuivis dans nos sentiers familiers : témoin notre trop mémorable honte, lorsque la bataille de Crécy fut fatalement livrée et que tous nos princes furent capturés par les mains de cet homme au nom sinistre, Edouard, le noir prince de Galles, tandis que son' père le montagnard, debout sur une colline, tout droit, la tète couronnée par le soleil d'or, contemplait son hé-

roïque rejeton, et souriait de le voir mutiler l'œuvre de la nature et effacer les effigies qui avaient été frappées depuis vingt ans par Dieu et des pères français. Celui-là est un rejeton de cette race victorieuse : craignons sa grandeur native et la destinée de sa famille.

Entre un messager.

Le messager. — Des ambassadeurs d'Harry, roi d'Angleterre, sollicitent leur admission auprès de Votre Majesté.

Le roi Charles. — Nous leur accorderons une audience immédiate. Allez et amenez-les. {Sortent le messager et quelques Seigneurs.)\ousyoyez, mes amis, que cette chasse est chaudement poursuivie.

Le dauphin. — Retournez la tête et arrêtez la poursuite ; car les chiens poltrons prodiguent d'autant plus leurs aboiements qu'ils voient courir plus vite devant eux ce qu'ils ont l'air de menacer. Mon bon Souverain, arrêtez court les Anglais, et montrez-leur de quelle monarchie vous êtes le chef : l'estime de soi, mon Suzerain, n'est pas un si vil péché que la dépréciation de soi.

Rentrent les seigneurs avec EXETER et sa suite.

Le roi Charles. — Vous venez de la part de notre frère d'Angleterre?

Exeter. — De sa part, et voici les compliments qu'il fait présenter à Votre Majesté. Il vous ordonne, au nom du Dieu tout-puissant, de vous dépouiller et de faire abandon de ces gloires empruntées qui, de par le don du ciel et la loi de la nature et des nations, appartiennent à lui et à ses héritiers, c'est-à-dire de la couronne et de toutes ces nombreuses et puissantes dignités que la coutume et le temps ont attachées à .cette couronne de France. Pour que vous sachiez bien que sa réclamation n'est ni équivoque, ni mal fondée, ni tirée des paperasses vermoulues des jours depuis longtemps évanouis, ni ramassées dans la poussière de l'ancien oubli, il vous envoie cette mémorable généalogie, vraiment démonstrative dans toutes ses branches. (// lui remet un papier.') Il désire que vous parcouriez ci t arbre généalogique, et lorsque vous aurez reconnu qu'il descend directement du plus renommé de ses fameux ancêtres, Edouard III, il vous ordonne de résigner votre couronne et votre royaume, illégalement usurpé sur lui, qui en est le véritable possesseur par droit de naissance.

Le roi Charles. — Ou autrement, qu'advien • dra-t-il?

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