‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 167 sur 447 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

En France. — Devant Harfleur.

Entrent LE ROI HENRI , EXETER, BEDFORD, GLOCESTER et des soldats avec des échelles pour l'escalade.

Le roi Henri. — Une fois encore, une fois encore à la brèche, mes chers amis, ou bien tapissons jusqu'à leur faîte les remparts de nos morts anglais ! Dans la paix, rien ne convient à l'homme autant que la modestie tranquille et l'humilité; mais lorsque la tempête de la guerre souffle à nos oreilles, il nous faut alors imiter l'action du tigre; roidir nos nerfs, faire appel à notre sang, déguiser la belle nature sous un masque de rage aux traits cruels : donc, prêtez à vos yeux un terrible regard, qu'ils guettent à travers les sabords de la tète comme des canons d'airain ; que les sourcils les dominent aussi terriblement qu'un rocher miné domine et surplombe sa base rongée que lave l'océan sauvage et dévastateur. Allons, montrez les dents et ouvrez les narines toutes grandes; retenez votre souffle et bandez tous vos esprits à leur plus grande puissance! En avant, en avant, très-

nobles Anglais qui avez dans vos veines le sang de pères qui ont fait leur preuve dans la guerre, de pères qui, pareils à autant d'Alexandres, ont combattu dans ces régions depuis le matin jusqu'au soir, et n'ont rengainé leurs épées que lorsqu'ils n'avaient pi us à les employer ! Ne déshonorez pas vos mères ; attestez que ce sont bien ceux que vous appeliez pères, qui vous ont engendrés! Servez de modèles aujourd'hui aux hommes d'un sang moins noble, et apprenez-leur comment on se bat ! Et vous, braves Yeomen, dont les membres furent fabriqués en Angleterre, montrez nous ici la vigueur des contrées qui vous nourrissent; forcez-nous à jurer que vous êtes dignes de votre race, ce dont je ne doute pas, car il n'est pas un seul de vous, si vil et si bas soit il, dont les yeux n'étincellent d'une noble flamme. Je vous vois dans l'attitude des lévriers tenus en laisse, frémissants au moment d'être lâchés. Le gibier est lancé : écoutez votre courage, et, dans cet assaut, que votre cri soit : « Dieu pour Harry! Angleterre et saint Georges ! » [Ils sortent. Alarmesle canon tonne.)

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