ACTE IV, SCENE I
Pjstol. Connais-tu Fluellen?
Le roi Henri. Oui.
Pistol. Dis-lui que je lui casserai son poireau suv la tête le jour de la Saint-David.
(Acte IV, se. i.)
n'en souffrent tes adorateurs? où sont tes revenus ? où sont tes profits ? O cérémonial, montre-moi seulement ta valeur véritable ! qu'est-ce que tu as qui te rende digne d'adoration ? Y a-t-il en toi autre chose qu'une situation, une condition, une forme, qui créent chez les autres hommes le respect et la crainte? Tu apportes moins de bonheur, puisque tu engendres la crainte, que n'en possèdent ceux qui craignent. Que bois tu trop souvent, en place du doux hommage, si ce n'est la flatterie empoisonnée ? O puissante grandeur, sois malade, et puis ordonne à ton cérémonial de te guérir ! Penses tu que la fièvre brûlante s'en ira sous le vent de titres soufflés par l'adulation ? Cédera-t-elle la place devant les génuflexions et les profondes révérences ? Pourrais-tu, en même temps que tu commandes au genou du mendiant, commander aussi à sa santé? Non, ô rêve orgueilleux, qui joues si
subtilement avec le repos des rois, je suis un roi qui te connais bien, et je sais que ni le chrême de l'onction, ni le sceptre, ni le globe, ni l'épée, ni la masse, ni la couronne impériale, ni la robe tissue d'or et de perles, ni la politesse bourrée de titres par laquelle on s'adresse au roi, ni le trône sur lequel il s'assied, ni ces flots de splendeurs qui baignent les hauts rivages de ce monde: je sais, dis-je, 6 trois fois pompeux cérémonial, que rien de tout cela, déposé dans la couche d'un roi, ne peut le faire dormir aussi profondément que le misérable esclave qui, le corps rempli et l'âme vide, s'en va prendre son repos, rassasié du pain gagné par sa misère. Jamais celui-là ne contemple l'horrible nuit, enfant de l'enfer ; mais depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, il sue comme un esclave sous l'œil de Phœbus, et puis sommeille toute la nuit
LE ROI HENRI V
dans les Champs-Elysées; quand le jour, vient à la suite de l'aurore, il se lève et aide Hypérion à atteler son coursier, et ainsi fait-il chaque jour tout le long de l'année, et ainsi se dirige-t-il avec un travail profitable vers son tombeau : sauf le cérémonial, un tel pauvre diable, qui consacre ses journées au travail et passe ses nuits dans le sommeil, a certes l'avantage et la supériorité sur un roi. Le serf, membre d'une société en paix, jouit de cette paix ; mais son opaque cervelle se doute peu des veilles qu'il en a coûté au roi pour maintenir cette paix dont il goûte mieux que le roi, lui paysan, les douces heures.
Entre ERPINGHAM.
Erpingham. — Monseigneur, vos nobles, jaloux de votre absence, vous cherchent à travers votre camp.
Le koi Henri. — Mon boa vieux chevalier, rassemble-les tous dans ma tente; j'y serai avant toi.
Erpingham. — Je vais le faire, Monseigneur. (Il sort.)
Le roi Henri. — O Dieu des batailles! fais d'acier les cœurs de mes soldats; écarte d'eux la crainte ; enlève-leur en ce moment la faculté de compter, si le nombre de leurs ennemis doit leur faire perdre courage. O Seigneur, ne te souviens pas aujourd'hui, — oh non, pas aujourd'hui, — de la faute que fit mon père en usurpant la couronne ! J'ai fait enterrer de nouveau le corps de Richard, et j'ai versé sur lui plus de larmes de contrition que la violence n'en fit sortir de gouttes de sang. J'entretiens toute l'année cinq cents pauvres pour que deux lois par jour ils lèvent vers le ciel leurs vieilles mains afin d'implorer le pardon du sang versé, et j'ai bâti deux chapelles, où des prêtres solennels et graves chantent perpétuellement pour l'âme de Richard. Je ferai davantage, quoique tout ce que je puis faire ne soit d'aucune valeur, puisqu'il faut que ma pénitence s'ajoute à tout cela pour implorer le pardon.
Entre GLOCESTFR.
Gi.ocester. — Mon Suzerain 1
Le roi Henri. — La voix de mon frère Glocester? — Oui, je connais l'objet de ton message: je pars avec toi. Le joui-, mes amis, et toutes choses m'appellent.
(Ils sortent.)