ACTE IV, SCENE III
permet pas. Que vous dirai-je? Faisons un tout petit, tout petit mouvement et tout est fini. Que la trompette sonne donc la charge et que retentisse la fanfare, car notre approche va répandre une .telle terreur sur le champ de bataille que les Anglais vont se coucher de crainte et se rendre.
Entre GRANDPRÉ.
Gkandpré. — Pourquoi attendez-vous si longtemps, Messeigneurs de France? Ces charognes insulaires qui n'ont plus que les os, sont là-bas faisant le plus vilain effet sur cette plaine et sous cette clarté du matin. Leurs étendards déchirés sont piteusement déployés, et notre air en passant les agite avec mépris. Le robuste Mars semble avoir fait banqueroute dans leur armée affamée, et ose à peine hasarder un regard à travers un casque rouillé. Leurs cavaliers ressemblent à des ligures de candélabres qui portent des torchères : leurs pauvres rosses dont la peau et les flancs tombent, dont les yeux pâles et éteints suintent la chassie, dont les bouches pâles mâchent lourdement leur double mors sali de l'herbe qu'elles ont broyée, restent inertes et sans mouvement, et leurs exécuteurs, ces roquins de corbeaux, volent au-dessus d'eux, impatients de leur heure. Aucune description ne pourrait trouver de mots pour exprimer la vie propre à cette armée, tant cette vie ressemble à l'absence de vie.
Le Connétable. — Ils ont dit leurs prières et ils attendent la mort.
Le Dauphin. — Leur envoyons-nous des vivres et des uniformes neufs, et des fourrages pour leurs chevaux à jeun, avant de les combattre?
Le Connétable. — Je n'attends plus que mon guidon ; mais en avant, au combat ! je vais prendre la bannière d'un trompette pour ne pas attendre. Allons, allons, en avant ! Le soleil est déjà haut et ï.ous perdons nos heures. {Ils sortent.)