‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 187 sur 447 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Le champ de bataille.

Alarmes ; escarmouches. Entrent PISTOL, eu

SOLDAT FRANÇAIS et LE PAGE.

Pistol. — Rends-toi, chien !

Le soldat français. — Je pense que vous êtes le gentilhomme de bonne qualité*.

I . Toute la partie du dialogue que nous soulignons est en mauvais français dans l'original.

LE ROI HENRI V

Pistol. — Qualité! colite ; explique-moi ça; es-tu un gentilhomme ? Quel est ton nom ? Parle !

Le soldat français. — O Seigneur Dieu !

Pistol. — O signieur Dew doit être un gentilhomme. Fais bien attention à mes paroles, O signieur Deiv, et tiens-les en mémoire. O signieur Dew, tu meurs de la pointe de ma colichemarde, à moins , O signieur, que tu ne me donnes une belle rançon.

Le soldat français. — Oh ! prenez miséricorde ! ayez pitié de moy !

Pistol. — Un moy d'or n'est pas assez ; je veux quarante moys, ou je tirerai ta rançon de ta gorge en gouttes de sang rouge.

Le soldat français. — Est-il impossible d'échapper la force de ton bras ?

Pistol. — Brass, du cuivre, chien! damné bouc libertin des montagnes , tu m'offres du cuivre ?

Le soldat français. — O pardonnez-moy !

Pistol. — Que me dis-tu là? est-ce que cela vaut une tonne de moys? Viens ici, enfant; demande en français à cet esclave quel est son nom.

Le page. — Escoutez: comment êtcs-vous appelé ?

Le soldat français. — Monsieur Le fer.

Le page. — Il dit que son nom est M. Fer.

Pistol. — M. Fer ! je le ferrerai, je le ferraillerai, et je le frotterai ; dis-lui ça en français.

Le page. — Je ne sais pas les mots français pour dire ferrer, ferrailler et frotter.

Pistol. — Ordonne-lui de se préparer ; car je vais lui couper la gorge.

Le soldat français. — Que dit-il, Monsieur?

Le page. — Il me commande de mus dire que vous faites vous prest ; car ce soldat icy est disposé tout à cette heure de couper votre gorge.

Pistol. — Oui, coupe le gorge, par ma foi, pesant, à moins que tu ne me donnes des écus, de beaux écus, tu vas être mutilé par cette mienne épée.

Le soldat français. — Oh, je vous supplie, pour l'amour de Dieu, me pardonner! Je suis le gentilhomme de bonne maison: gardez ma vie, et je vous donnerai deux cents écus.

Pistol. — Quelles sont ses paroles?

Le page. — Il vous prie d'épargner sa vie : il est gentilhomme de bonne maison, et, pour sa -ançon il vous donnera deux cents écus.

Pistol. — Dis-lui que ma furie s'abattra, et que je prendrai les écus.

Le soldat français. — Petit Monsieur, que ditil?

Le page. — Encore qu'il est contre son jurement de pardonner aucun prisonnier ; néanmoins pour les écus que vous Vavez promis, il est content de vous donner la liberté, le franchisement .

Le soldat français. — Sur mes genoux, je vous donne mille remerciments ; et je m'estime heureux que je suis tombé entre les mains d'un chevalier, je pense, le plus brave, vaillant et très-distingué Seigneur d'Angleterre.

Pistol. — Traduis-moi cela, enfant.

Le page: — Il vous présente à genoux mille remerciments, et il s'estime heureux d'être tombé entre les mains d'un homme qui, pense-t-il, est le plus brave, le plus valeureux et le plus digne Seigneur d'Angleterre.

Pistol. — Quoique je sois un buveur de sang, je veux montrer quelque clémence. Suis-moi. (77 sort.}

Le page. — Suivez vous le grand capitaine. {Sort le soldat français.) Je n'ai jamais vu une aussi forte voix sortir d'une poitrine aussi vide de courage : mais le proverbe est vrai : « le vase vide est le plus sonore. * Bardolph et Nym avaient dix fois plus de courage que ce diable hurleur de la vieille comédie dont chacun peut rogner les ongles avec un poignard de bois, et ils sont tous deux pendus, et celui-là le serait s'il avait le courage de commettre un vol sans prendre ses précautions. Il faut que je reste avec les laquais, avec le bagage de notre camp : les Français pourraient faire un fameux butin à nos dépens s'ils savaient l'état des choses, car il n'y a que des enfants pour garder nos bagages. (Il sort.)

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