‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 192 sur 447 · ACTE IV, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VU

Pistol. Quelles sont ses ] Le pagl-. Il vous prie d'éparg

pitaine Gower : comment appelez- vous la -s ille où naquit Alexandre le Gros ?

Gower. — Alexandre le Grand.

Fluellen. — Parbleu, je vous prie de me dire si gros n'est pas la même cliose que grand. Le gros, ou le grand, ou le puissant, ou le gigantesque, ou le magnanime, tout cela revient absolument au même, sauf qu'il y a dans la phrase quelques légères variations.

Gowek. — Je crois qu'Alexandre le Grand était né en Macédoine ; son père était appelé Philippe de Macédoine, s'il m'en souvient bien.

Flukllfn. — Je crois en effet que c'est en Macédoine qu'Alexandre' est né. Je vous dis, capitaine, que si vous regardez dans les cartes du monde, vous trouverez, je vous l'assure, en comparant la Macédoine et Monmoutb, que les situations, voyez-vous, sont absolument semblables. Il y a

(Acte IV, se. iv.)

une rivière en Macédoine, et il y a aussi une rivière à Monmouth; on l'appelle Wye à Blonmouth; mais le nom de l'autre rivière m'est sorti de la tzervelle : mais cela ne fait rien, cela se ressemble comme un de mes doigts ressemble à l'autre, et il y a des saunions dans toutes les deux. Si vous observez bien la vie d'Alexandre, vous trouverez que la vie d'Harry de Monmouth s'accorde passablement bien avec elle, car il y a des ressemblances en toutes choses. Alexandre, Tieu le sait et vous le savez, dans ses rages, et ses furies, et ses emportements, et ses colères, et ses humeurs, et ses déplaisirs, et ses indignations, et aussi parce que sa tzervelle était un peu brouillée, eh bien, voyez-vous, dans son ivresse et son courroux, il tua le plus gcr de ses amis, Clytus.

Gower. — Notre roi ne lui ressemble pas en cela; il n'a jamais tué aucun de ses amis.

LE ROI HENRI V

Fluellen. — Cela n'est pas bien, faites-y attention, de m'arréter les mots dans la bouche, avant que j'aie fini et complété ce que j'avais à dire. Je ne parle que par similitudes et comparaisons : de même qu'Alexandre tua son ami Clytus étant ivre et sans connaissance, ainsi Harry Monmouth étant de sang-froid et en pleine raison, congédia le gros chevalier à la grosse bedaine : il était plein de plaisanteries, de facéties, de drôleries et de moqueries ; j'ai oublié son nom.

Gower. — Sir John Falstaff.

Fluellen. — C'est lui-même ; je vous dis qu'il est né à Monmouth de pravcs hommes.

Gower. — Voici venir Sa Majesté.

Alarme. — Entrent LE ROI HENRI avec une partie de ses forces; WARWICK, GLOCESTER, EXETER et autres.

Le roi Henri. — Je n'avais pas été en colère depuis mon arrivée eu France, jusqu'à ce moment. Héraut, prends une trompette; galope jusqu'à ces cavaliers qui sont là-bas sur cette colline; ordonne-leur de descendre s'ils veulent combattre avec nous, ou bien de vider les lieux ; ils offensent notre vue. S'ils ne veulent faire ni l'une ni l'au'u'e chose, nous irons les trouver et nous les ferons décamper plus rapides que les cailloux lancés par les anciennes frondes assyriennes : en outre, nous égorgerons ceux que nous tenons, et pas un de ceux que nous prendrons n'éprouvera notre clémence: va, et dis-leur cela.

Exeter. — Voici venir le héraut de France, mon Suzerain.

Glocester. — Son regard est plus humble qu'il ne l'était d'habitude.

Entre MONTJOIE.

Le roi Henri. — Eh bien, héraut, qu'est-ce que cela signifie ? Ne sais-tu pas que j'ai engagé mes os pour ma rançon? Viens-tu encore me demander i-ançon ?

Mont-joie. — Non, grand roi : je viens vers toi solliciter de ta charité la permission de parcourir ce champ de carnage pour reconnaître nos morts afin de les ensevelir, pour trier nos nobles d'entre nos simples soldats ; car beaucoup de nos princes, — ô mallicureux jour 1 — sont trempés et noyés dans un sang mercenaire, tandis que de leur côté nos morts vulgaires baignent leurs membres de paysans dans du sang de princes; leurs coursiers blessés s'agitent ayant du sang jusqu'au fanon, et

frappant de leurs sabots ferrés contre leurs maîtres morts, avec une rage sauvage, les tuent ainsi deux fois. O grand roi, donnez-nous permission de parcourir ce champ en toute sécurité et de disposer de leurs cadavres.

Le roi Henri. — Je le le dis sincèrement, héraut, je ne sais pas si la journée est ou n'est pas à nous ; car de nombreux détachements de vos cavaliers se montrent et galopent encore sur le champ de bataille.

Montjoie. — La journée vous appartient.

Le roi Henri. — Dieu en soit loué et non notre force ! Comment s'appelle ce château qui s'élève ici près ?

Montjoie. — On l'appelle Azincourt.

Le roi Henri. — Alors nous appellerons celte bataille, la bataille d' Azincourt, livrée le jour des Saints Crépin et Crépinien.

Fluellen. — Votre grand -père de fameuse mémoire, plaise à Votre Majesté, ainsi que votre grand oncle Edouard, le noir prince de Galles, ainsi que je l'ai lu dans les chroniques, livrèrent une prave pataille, ici, en France.

Le roi Henri. — Oui, Fluellen.

Fluellen. — Votre Majesté dit très-vrai : si Votre Majesté se le rappelle, les Gallois firent un pon service dans un jardin où poussaient des poireaux, en portant des poireaux à leurs chapeaux de Monmouth, ce qui, Votre Majesté le sait, est aujourd'hui un signe d'honorable service : et je crois que Votre Majesté ne dédaigne pas de porter un poireau le jour de la Saint- Tavid.

Le roi Henri. — Je le porte comme un souvenir d'honneur; car je suis Gallois, vous savez, mon bon compatriote.

Fluellen. — Toute l'eau de la Wye ne suffirait pas à laver de votre corps le sang gallois de Votre Majesté, je puis vous dire cela : Tieu le parusse et le préserve aussi longtemps qu'il plaira à sa grâce et à sa majesté aussi !

Le roi Henri. — Merci , mon bon compatriote.

Fluellen. — Je suis le compatriote de Votre Majesté ; le sache qui voudra, peu m'importe par Chesu : je le confesserai au inonde entier. Je n'ai pas à craindre d'être honteux de Votre Majesté, louanges en soit à Tieu, tant que Votre Majesté restera honnête homme.

Li; roi Henri. — Dieu nie conserve tel ! — Nos hérauts, allez avec lui, et rapportez-nous le compte exact des morts des deux côtés. (Sortent

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