ACTE I, SCEINE III
bien, quoique je ne t'aie jamais vu avant cette heure.
(Acte I, se. h.)
Premier serviteur. — Scélérats, c'est ainsi que vous répondez au Lord protecteur?
Premier gardien, de f intérieur. — Le Lord Dieu le protège ! Voilà comment nous lui répondons. Nous ne pouvons faire autrement qu'il ne nous est ordonné.
Glocester. — Qui vous a donné des ordres? et quelle est la volonté qui passe avant la mienne? Il n'y a d'autre protecteur du royaume que moi. Brisez ces portes, je vous y autorise : allons-nous nous laisser railler par des valets et des gens de rien?
Les gens de GLOCESTER se précipitent sur les portes de la Tour; WOODVILLE, le lieutenant delà Tour, parle de r intérieur.
Woodville, de Fintérieur. — Quel est ce bruit? Quels traîtres avons-nous ici ?
Glocester. — Lieutenant, est-ce vous dont j'entends la voix? Ouvrez les portes; c'est Glocester qui voudrait entrer.
Woodville, de l'intérieur. — Prenez patience, noble duc, je ne dois pas ouvrir; le cardinal de Winchester le défend. J'ai de lui exprès commandement de ne laisser entrer ni vous ni aucun des vôtres.
Glocester. — Cœur tremblant de Woodville, est-ce que tu places plus haut que moi l'arrogant Winchester, cet altier prélat que Henri, notre feu Souverain , ne put jamais souffrir ? Tu n'es l'ami ni de Dieu ni du roi ; ouvre les portes, ou je vais te mettre dehors promptement.
Les serviteurs. — Ouvrez les portes au Lord protecteur, ou nous allons les briser si vous n'obéissez pas promptement.
LE ROI HENRI Vf.
Les serviteurs <feGLOCESTER.se précipitent de nouveau sur les portes de la tour. Entre L'ÉVÊQUE DE WINCHESTER avec ses serviteurs en livrée brune.
L'évêque de Winchester. — Qu1 est-ce donc, ambitieux Humphroy? que veut dire cela?
Gi.ocester. — Tonsuré de prêtre, est-ce toi qui ordonnes de me fermer les portes ?
L'évêque de Winchester. — 'Oui, c'est moi, abusif trahisseur, et non protecteur du roi et du royaume.
Glocester. — Arrière, conspirateur manifeste, toi qui as comploté pour assassiner notre défunt Souverain; loi qui donnes des indulgences aux catins pour pécher : je m'en vais te faire berner sous ton chapeau de cardinal, si tu persistes dans ton insolence.
L'évêque de Winchester. — Non, recule, toi ; je ne bougerai pas d'un pouce : que ce point de terre soit Damas, et toi, sois Cain le maudit. Tu peux tuer ton frère Abel, si tu le veux,
Glocester. — - Je ne te tuerai pas, mais je te chasserai, et je me servirai pour t'emporter d'ici, de ta robe écarlate,' comme on se sert de langes pour emporter un enfant.
L'évêque de Winchester. — Fais, si tu l'oses, je te défie en face!
Glocester. — Comment, je suis bravé et défié en face ! Dégainez, amis, pour savoir à qui ap-~ partiendra cette place privilégiée : habits bleus contre habits bruns. Prêtre, prenez garde à votre barbe ; je vous la tirerai, et je vous souffletterai solidement : je foulerai sous mes pieds ton chapeau de cardinal; en dépit du pape et des dignités de l'Église, je te traînerai ici, de long en large, par les oreilles.
L'évêque de Winchester. — Glocester, tu auras à répondre de cela devant le pape.
Glocester. — Oie de Winchester! Je crie, moi, une corde, une corde ! Allons, chassez-les d'ici ; pourquoi les y laissez- vous? Je vais te chasser d'ici, loup revêtu de la peau de l'agneau. Arrière, habits bruns ! Arrière, hypocrite en robe écarlate !
Ici GLOCESTER et ses serviteurs attaquent Vautre parti. Au milieu du tohu-bohu, entrent LE LORD MAIRE de londres et ses officiers.
Le lord maire. — Fi, Milords, osez-vous, vous
qui êtes les magistrats suprêmes, troubler outrageusement ainsi la paix publique !
Glocester. — Paix, maire ! tu connais peu les affronts que j'ai reçus : voici Beaufort qui n'a d'égards ni pour Dieu, ni pour le roi, et qui a détourné la Tour de son usage pour son profit particulier.
L'évêque de Winchester. — Et voilà Glocester, l'ennemi des citoyens, l'homme qui perpétuellement pousse à la guerre et jamais à la paix , qui impose vos bourses indépendantes de taxes énormes , qui cherche à renverser la religion , parce qu'il est protecteur du royaume ; il voudrait retirer les armes de la Tour pour se couronner roi et supprimer le prince.
Glocester. — Je te répondrai, non par des mots, mais par des coups. {Nouvelle rixe.)
Le lord maire. — 11 ne me reste plus, dans cette lutte tumultueuse, qu'à faire une proclamation publique : avance, officier, et parle aussi haut que tu pourras.
L'officier, lisant. — « Nous commandons et ordonnons, au nom de Son Altesse, à tous hommes ici assemblés en armes aujourd'hui contre la paix de Dieu et du roi, de se rendre à leurs logis respectifs, et de ne porter, employer, ou manier désormais d'épée, d'arme, ou de poignard, sous peine de mort. »
Glocester. — Cardinal, je ne veux pas être un violateur de la loi : mais nous nous retrouverons et nous nous ouvrirons amplement nos âmes.
L'évêque de Winchester. — Glocester, nous nous retrouverons ; à tes dépens, sois-en sûr. J'aurai le sang de ton cœur pour l'affaire d'aujourd'hui.
Le lord maire. — Je vais faire crier : aux bâtons! si vous ne vous en allez pas. Ce cardinal est plus altier que le diable.
Glocester. — Maire, adieu; tu ne fais que ton devoir.
L'évêque de Winchester. — Abominable Glocester ! garde bien ta tète ; car je prétends l'avoir avant longtemps. (Sortent, chacun de son calé, Glocester et têvêque de Winchester avec leurs serviteurs )
Le lord maire. — Veillez à faire évacuer la place, et puis nous partirons. Bon Dieu, quel orgueil vous ont ces nobles! moi, je ne me bats pas une fois en quarante ans. (Ils sortent.)