‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 212 sur 447 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Anglais escaladent les remparts , en criant Saint- Georges! Talbot! et tous entrent dans la ville.)

La sentinelle. — Aux armes ! aux armes ! l'ennemi donne l'assaut.

Les Français sautent en chemises sur les remparts. Entrent de divers côtés LE BATARD D'OR- LÉANS , LE DUC D'ALENÇON et RENÉ D'AN- JOU à demi équipés.

Le duc d'Alençon. — Eh bien! qu'est-ce là, Messeigneurs ! quoi, comme ça, sans être habillés?

Le bâtard d'Orléans. — Sans être habillés I oui, et heureux de l'avoir échappé si belle.

René d'Anjou. — Il n'était que temps, je crois, de nous éveiller et de quitter nos lits, lorsque nous avons entendu ces cris d'alarmes à nos portes.

Le duc d'Alençon. — De tous les faits d'armes que j'ai vus, depuis mes débuts militaires, je n'en ai jamais vu d'aussi aventureux et d'aussi désespéré que celui-là.

Le bâtard d'Orléans, — Je crois que ce Talbot est un diable d'enfer.

René d'Anjou. — S'il ne vient pas de l'enfer, les cieux, à coup sûr, le favorisent.

Le duc d'Alençon. — Voici venir Charles ; je m'émerveille de sa promptitude.

Le bâtard d'Orléans. — Bah! la sainte Jeanne était sa sentinelle.

Entrent CHARLES et LA PUCELLE.

Charles. — Est-ce là ta fourberie, Dame trompeuse? as-tu commencé, pour nous amorcer, par nous faire obtenir un petit gain, afin que notre perte pût être dix fois aussi grande?

La Pucelle. — Pourquoi Charles se montret il impatient avec son amie? Voulez-vous que mon pouvoir soit le même à toutes les heures ? Dois-je toujours vaincre, quand je dors comme quand je veille, ou bien allez-vous me blâmer et rejeter cette faute sur moi? Imprévoyants soldats! si vous aviez fait bonne garde, ce malheur soudain ne serait pas arrivé.

Charles. — Duc d'Alençon, c'est votre faute à vous, qui étant cette nuit capitaine de la garde, n'avez pas mieux rempli cette charge si pleine de responsabilité.

Le duc d'Alençon. — Si tous vos quartiers avaient été aussi sûrement gardés que celui dont j'avais le commandement, nous n'aurions pas été ainsi honteusement surpris.

Le bâtard. — Le mien était sûr.

René d'Anjou. — Et, le mien aussi, Monseigneur.

Charles. — Quant à moi, j'ai employé la plus grande partie de la nuit à passer et à repasser dans son quartier à elle et dans le mien pour faire relever les sentinelles : comment donc et par quelle voie ont-ils pu pénétrer?

La Pucelle. — Messeigneurs, ne vous demandez pas plus longtemps comment et par quelle route ce fait s'est produit : il est sûr qu'ils ont trouvé quelque point faiblement gardé par où ils ont fait brèche. Maintenant il ne nous reste d'autre parti à prendre que de rassembler nos soldats épars et dispersés, et d'arrêter de nouvelles mesures pour leur nuire.

Alarme. Entre un soldat anglais, criant Talb. t! Talbot! Ils s'enfuient en laissant leurs habits derrière eux.

Le soldat anglais. — J'aurai le courage de prendre ce qu'ils ont laissé. Le cri de Talbot me vaut une épée, car je me suis fait une charge de nombreuses dépouilles en me servant de son nom pour toute arme. (27 sort.)

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