‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 213 sur 447 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Orléans. — Dans l'intérieur de la ulle.

Entrent TALBOT, BEDFORD, LE DUC DE BOURGOGNE, un capitaine et autres.

Bedford. — Le jour commence à poindre et la nuit, dont le manteau noir comme l'abîme recouvrait la terre, s'est enfuie. Sonnons ici la retraite et cessons notre chaude poursuite. (La retraite sonne.)

Talbot. — Apportez le corps du vieux Salisbury et déposez-le sur la place du marché, au beau milieu de cette ville maudite. J'ai maintenant payé mon vœu à son âme; cette nuit, pour chacune des gouttes de sang qui se sont écoulées de son corps, il est mort au moins cinq Français. Pour que les siècles futurs puissent contempler la ruine qui fut accomplie pour le venger, je ferai ériger dans leur principale église une tombe où son cadavre sera enterré. Sur cette tombe, pour que chacun puisse en lisant être informé, je ferai graver la relation du siège d'Orléans, la manière dont la trahison opéra sa mort lamentable, et quelle terreur il avait été pour la France. Mais, Milord, au milieu de tous nos sanglants massacres, je m'étonne

LE ROI HENRI VI

que nous ne nous soyons pas rencontrés avec Sa Grâce le Dauphin, avec son champion nouveau venu, la vertueuse Jeanne d'Arc, ni avec aucun de ses traîtres alliés.

Bedford. — On croit, Lord Talbot, que lorsque le combat a commencé, réveilles subitement de leur épais sommeil, ils ont sauté par-dessus les murailles pour chercher un refuge dans la campagne.

Le duc de Bourgogne. — Moi-même (autant que j'ai pu le discerner au milieu de la fumée et des épaisses vapeurs de la nuit), je suis sûr d'avoir aperçu le Dauphin et sa donzelle courir à toutes jambes, enlacés l'un à l'autre comme un couple de colombes amoureuses qui ne peuvent vivre séparées ni le jour ni la nuit. Lorsque toutes choses seront ici en ordre, nous leur donnerons la chasse avec toutes nos forces.

Entre un messacer.

Le messager. — - Salut à tous, Messeigneurs. Lequel d'entre cette société princièie dois -je appeler le belliqueux Talbot, si fort renommé pour ses actions dans le royaume de France?

Talbot. — Voici Talbot; qui veut lui parler?

Le messager. — La comtesse d'Auvergne, cette vertueuse Dame, pleine d'une humble admiration pour ta renommée, te fait supplier par moi, puissant Lord, de lui accorder la faveur de visiter le pauvre château où elle se trouve, afin qu'elle puisse se vanter d'avoir contemplé l'homme dont la gloire remplit le monde de son bruit.

Le duc de Bourgogne. — En est-il ainsi? En ce cas, je crois que nos guerres vont tournera une paisible comédie, puisque les Dames demandent à être visitées. Vous ne pouvez pas, Milord, dédaigner ses gentilles avances.

Talbot. — Non, certes, croyez-le bien; car là où l'éloquence de tout un peuple d'hommes n'a pu prévaloir, la douceur d'une femme a su cependant triompher. En conséquence, dis-lui que je lui renvoie de grands remerciements et que j'irai la visiter en toute obéissance. Est-ce que vos Honneurs ne me tiendront pas compagnie?

Bedford. — Non vraiment; ce serait faire plus que n'en ordonne la politesse, et j'ai entendu dire que les hôtes qui ne sont pas invités sont surtout bienvenus quands ils s'en vont.

Talbot. — Eh bien alors, puisqu'il n'y a pas moyen de faire aul renient, j'irai seul mettre à l'épreuve la courtoisie de celle Dame. Venez ici, ca-

pitaine. {Il parle à t oreille de ce capitaine.) Vous comprenez ma pensée?

Le capitaine. — Oui, Milord, et j'agirai en conséquence. [Ils sortent.)

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