‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 233 sur 447 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

vaist'enseigner comment tu peux échapper en faisant bonne diligence; allons, ne tarde pas, pars.

John Talbot. — Mon nom est Talbot, je suis votre fils et je fuirais? Oh I si vous aimez ma mère, ne déshonorez pas son honorable nom en faisant de moi un bâtard et un esclave ! Le monde dira : il n'était pas du sang de Talbot, celui qui bassement a fui, alors que restait le noble Talbot.

Talbot. — Fuis, afin de venger ma mort, si je suis tué.

John Talbot. — Celui qui fuirait ainsi ne reviendrait certes jamais.

Talbot. — Si nous restons tous deux, nous sommes tous deux sûrs de mourir.

John Talbot. — Alors laissez-moi rester; et vous, mon père, fuyez. Grande serait votre perte, grand doit donc être votre soin de vous-même ; mon mérite est inconnu, et si je meurs, on ne se sentira d'aucune perte. I es Français tireront peu d'orgueil de ma mort; mais ils en tireront un grand de la vôtre ; en vous perdant, nous perdons toutes nos espérances. Une fuite ne peut tacher l'honneur que vous avez gagné, mais elle tacherait le mien à moi qui n'ai encore accompli aucun exploit. Si vous fuyez, chacun jurera que c'est par tactique; moi, si je décampe, on dira que c'est par peur. Il n'y a pas à espérer que je tienne jamais ferme, si à la première heure de mes débuts je recule et je fuis. J'implore la mort ici, à genoux, plutôt que de garder la vie par une infamie.

Talbot. — Toutes les espérances de ta mère vont-elles donc se trouver couchées dans une tombe? "

John Talbot. — Oui, plutôt que de faire insulte au ventre de ma mère.

Talbot. — Par ma bénédiction paternelle, je t'ordonne de marcher.

John Talbot. — Pour combattre, oui; mais non pas pour fuir l'ennemi.

Talbot. — Tu peux sauver en ta personne une partie de ton père.

John Talbot. — La partie que j'en sauverais serait un déshonneur pour moi.

Talbot. — Tu n'eus jamais de renommée et tu ne peux en perdre.

John Talbot. — Si, j'ai la renommée de votre nom; ma fuite va-t-elle l'insulter?

Talbot. — L'ordre de ton père te rendra pur de cette tache.

John Talbot. — Vous ne pourrez me servir de

témoin, une fois que je serai mort ; si la mort est tellement inévitable, alors fuyons tous deux

Talbot. — Et je laisserais ici mes compagnons combattre et mourir? Ma vie ne fut jamais souillée d'une telle honte.

John Talbot. — Et ma jeunesse serait coupable d'une action si blâmable? Je ne puis pas plus être séparé de vous que vous ne pouvez vous couper vous-même en deux : restez, partez, faites ce que vous voudrez; je ferai ce que vous ferez; car. si mon père meurt, je ne vivrai pas.

Talbot. — Alors, je prends ici congé de toi, mon beau fils, né pour voir ta vie s'éclipser dans cette après-midi. Viens, nous vivrons et nous mourrons ensemble, et nos deux âmes fuiront ensemble de France au ciel. {Ils sortent.)

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