‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 234 sur 447 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Un champ de bataille.

Alarmes. Combats. Le fils de Talbot est enveloppé, TALBOT vient à son secours.

Talbot. — Saint Georges et victoire! au combat, soldats, au combat! Le régent a faussé parole à Talbot et nous a laissés à la rage des épées françaises. Où est John Talbot? îvpose-toi et reprends haleine; c'est moi qui t'ai donné la vie et c'est moi qui t'arrache à la mort.

John Talbot. — O toi qui es deux fois mon père, je suis deux fois ton fils : la vie que tu m'avais donnée une première fois était perdue et finie, si la vaillante épée n'était venue en dépit de la destinée donner un nouveau délai à ma fin inévitable,

Talbot. — Lorsque ton épée a fait jaillir le feu du cimier du Dauphin, le cœur de ton père s'est senti échauffé de l'orgueilleux désir de la victoire au front hautain Alors ma vieillesse deplomb, revivifiée par une passion juvénile et une rage belliqueuse, a repoussé Alençon, Orléans, Bourgogne, et t'a délivré des menaces de l'orgueil de la Gaule. Ce colérique bâtard d'Orléans, qui t'a tiré du sang, mon garçon, et qui a eu la virginité de ton premier combat, je l'ai bien vite abordé, et après un échange de coups, j'ai fait jaillir quelques gouttes de son sang bâtard; alors, pour l'humilier, je lui ai parlé ainsi : i Je fais couler ton sang souillé, bas, illégitime, faible et misérable compensation pour le sang pur de mes veines que tu as tiré à Talbot, mon brave enfant. » A ce moment je me proposais de détruire le bâtard,

LE ROI HENRI VI

lorsqu'un puissant secours lui arriva. Parle, sollicitude de ton père; n'es-tu pas fatigué, John? Comment te trouves-tu ? Ne veux-tu pas consentir à laisser le combat et à fuir, maintenant que tu es un des fils de la chevalerie? Fuis, afin de venger ma mort quand je ne serai plus ; le secours d'un bras de plus ou de moins ne peut guère me sauver. Oh c'est une trop grande folie, je le reconnais bien, de hasarder toutes nos existences dans un seul petit bateau! Si je ne meurs pas aujourd'hui de la rage des Français, je mourrai demain d'extrême vieillesse. Ils ne gagnent rien, en me tuant, si je reste ; ils ne font que raccourcir ma vie d'un jour: mais avec toi, ta mère meurt, ainsi que l'honneur de notre maison, la vengeance de ma mort, ta jeunesse et le renom de l'Angleterre : voilà ce que nous hasardons, et bien plus encore, si tu restes; mais si tu fuis, tout cela est sauvé.

John Talbot. — L'épée d'Orléans ne m'a pas causé de souffrance, mais vos paroles font jaillir le sang viral de mon cœur : avant que le jeune Talbot fuie des côtés du vieux Talbot pour acheter cet avantage, le salut d'une vie misérable, par une telle honte, le meurtre d'une brillante renommée, que le lâche cheval qui me porte tombe et meure ! et que je sois égalé aux enfants des paysans de France pour être un modèle de honte et un objet d'opprobre ! Par toute la gloire que vous avez conquise, si je fuis, je ne suis pas le fils de Talbot : ne me parlez donc plus de fuir, cela ne sert à rien ; si je suis le fils de Talbot, je dois mourir aux pieds de Talbot.

Talbot. — Eh bien alors, Icare que tu es, suis ton désespéré Cretois de père ; ta vie m'est chère : puisque tu veux combattre, combats aux côtés de ton père, et mourons fièrement après avoir bien montré qui nous sommes. (Ils sortent.)

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