‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 25 sur 447 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

<rt qui peux t'enorgueillir d'une pure et princière beauté!

(Acte IV, se. m.)

langue parle faussement, ne parle pas véridiquement ; qui ne parle pas selon la vérité, ment.

Pembroke. — Mettez-le en pièces.

Le bâtard. — Tenez-vous en paix, vous dis-je. •

Salisbury. — Ne vous en mêlez pas ou je vous rosse, Faulconbridge.

Le bâtard.. — Tu ferais mieux de rosser d'abord le diable, Salisbury: si tu me regardes seulement de travers, si tu remues le pied, ou si tu permets à ton humeur trop emportée de me faire insulte, je te tue raide. Remets bien vite ton épée au fourreau, sinon je m'en vais vous moudre, toi et ta broche, de façon à vous faire croire que le diable lui-même est venu de l'enfer.

Bigot. — Que prétends tu faire, illustre Faulconbridge? seconder un scélérat et un meurtrier?

Hubert. — Lord Bigot, je ne suis ni un meurtrier ni un scélérat.

Bigot. — Qui a tué ce prince ?

Hubert. — Il n'y a pas une heure que je l'ai laissé en bonne santé : je l'honorais, je l'aimais, et aussi longtemps que je vivrai je pleurerai la perte de sa douce personne.

Salisbury. — Ne vous liez pas à cette eau hypocrite de ses yeux, car la scélératesse n'est pa= sans de pareils larmoiements, et lui, qui s'y est depuis longtemps exercé, sait les faire prendre poulies larmes de la pitié et de l'innocence. Venez avec moi vous tous dont les âmes abhorrent les fétides odeurs des charniers : car je suis suffoqué par ces exhalaisons de crimes.

Bigot. — En route pour Bury où est le Dauphin!

Pembroke. — Dites au roi que c'est là qu'il peut nous faire demander. [Sortent les Lords?)

Le bâtard. — VoiJà un joli monde ! — Aviezvous connaissance de ce beau chef-d'œuvre? Si

LE ROI JEAN

c'est toi qui a co mis cet acte de mort, tu es damné, Hubert, sans recours possible au pardon de l'infinie et inépuisable clémence divine.

Hubert. — Écoulez-moi seulement, Monseigneur.

Le bâtard. — Va, je vais te dire une chose: tu es un damné aussi noir.... non, rien n'est aussi noir que toi Tu es plus profondément damné que le prince Lucifer; il n'y a pas un démon d'enfer aussi hideux que le damné que tu seras, si tu as tué cet enfant.

Hubert. — Sur mon âme....

Le bâtard. — Si tu as consenti seulement à cet acte très-cruel, n'espère que dans le seul désespoir; si tu as besoin d'une corde, le plus petit fil qu'araignée tira jamais de son ventre servira pour t'étrangler; un roseau deviendra une poutre pour te pendre, et si tu veux te noyer, tu n'auras qu'à mettre un peu d'eau dans une cuillère et ce peu d'eau sera tout un seau, et il y en aura assez pour étouffer un scélérat pareil à toi. Je te soupçonne très- fortement.

Hubert. — Si par acte, par consentement ou pensée criminelle, je suis coupable d'avoir dérobé le doux souffle qui était enfermé dans cette belle argile, puisse l'enfer n'avoir pas assez de souf-

frances pour me torturer! Je l'ai laissé bien portant.

Lk bâtard. — Va, emporte-le dans tes bras. — Je suis, ma foi, abasourdi et je perds mon chemin au milieu des buissons et des dangers de ce monde. Avec quelle facilité tu emportes avec toi toute l'Angleterre! Avec ce brimborion de royauté défunte, tout ce que ce royaume possédait de vie, de droit et de vérité s'est enfui vers le ciel, et maintenant voilà l'Angleterre qui va se tirailler et se disputer et mordre à belles dents le droit sans héritier de la puissance orgueilleuse. Maintenant, pour cet os décharné de la majesté, la guerre canine hérisse ses poils courroucés et grogne au visage aimable delà paix : maintenant, les forces étrangères et les mécontentements nationaux se réunissent en une même entente et comme un corbeau suspendu au-dessus d'une bête morte, l'énorme anarchie attend la décadence imminente de la pompe usurpée. Heureux maintenant ceux dont le manteau et la ceinture pourront résister à cette tempête. — Emportez cet enfant et suivez-moi promptement ; je vais me rendre auprès du roi ; nous allons avoir mille affaires sur les bras et le ciel lui même regarde ce pays avec courroux. (Ils sortent.)

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