SCÈNE III
Londres. — Un appartement dans le palais. Entrent PIERRE et autres avec des pétitions.
Premier pétitionnaire. — Mes maîtres, restons ici sans bouger ; Milord le protecteur va passer tout à l'heure par ici, et alors nous pourrons lui remettre nos pétitions couchées par écrit.
Second pétitionnaire. — Morbleu, que le Seigneur le protège, car c'est un brave homme I Jésus le bénisse !
Premier pétitionnaire. — Le voilà qui vient, je crois, et la reine avec lui : je serai le premier pour sûr.
Entrent SUFFOLK et LA REINE MARGUERITE.
Second pétitionnaire. — Recule-toi, imbécile! c'est le duc de Suffolk et non Milord le protecteur.
Suffolk.. — Qu'y a-t il, mon ami? Est-ce que tu me veux quelque chose ?
Premier pétitionnaire. — Je vous en prie, pardonnez-moi, Milord! je vous prenais pour Milord le protecteur.
La reine Marguerite, lisant la suscription. — A Milirit le protecteur. Est ce que vos pétitions sont pour Sa Seigneurie? Laissez-les-moi voir : quelle est la tienne ?
Premier- pétitionnaire. — La mienne, plaise à
tions en reproduisant ici une lettre que M. Guizot nous a fait l'honneur de nous adresser :
« Vous avez entendu dire, messieurs, que, depuis plusieurs années, je me donne le paternel plaisir de raconter l'histoire de France à mes petits-enfants, et vous me demandez si je n'ai pas dessein de publier ces études de famille sur la grande vie de notre patrie. Telle n'avait pas été d'abord ma pensée; c'était de mes petits-enfants, et d'eux seuls, que je me préoccupais. J'avais à cœur de leur faire vraiment comprendre notre histoire et de les y intéresser en satisfaisant à la fois leur intelligence et leur imagination, en la leur montrant à la fois claire et vivante. Toute histoire, celle de la France surtout, est un vaste et long drame où les événements s'enchaînent selon des lois déterminées, et dont les acteurs jouent des rôles qu'ils n'ont pas reçus tout faits ni appris par cœur, et qui sont les résultats, non-seulement de leur situation native,- mais de leur propre pensée et de leur propre volonté. Il y a, dans l'histoire des peuples, deux séries de causes à la fois essentiellement diverses et intimement unies; les causes naturelles, qui président au cours général des événements, et les causes libres, qui viennent y prendre place. Les hommes ne font pas toute l'histoire : elle a des lois qui lui viennent ae plus haut ; mais les hommes sont, dans l'histoire, des êtres actifs et libres qui y produisent des résultats et y exercent une influence dont ils sont responsables. Les causes fatales et les causes libres, les lois déterminées des événements et les actes spontanés de la liberté humaine, c'est là l'histoire tout entière. C'est dans la reproduction fidèle le ces deux éléments que consistent la vérité et la moralité le ces récits.
« Je n'ai jamais été plus frappé de ce double caractère de .'histoire qu'en la racontant à mes petits-enfants. Quand 'ai commencé avec eux ces leçons, ils y prenaient d'avance un vif intérêt, et ils m'écoutaient avec un bon vouloir sérieux ; mais quand ils ne saisissaient pas bien le lien pro- .ongé des événements, ou quand les personnages historiques ae devenaient pas, pour eux, des êtres réels et libres, dîmes de sympathie ou de réprobation, quand le drame ne ie développait pas devant eux clair et animé, je voyais leur ittention inquiète ou languissante; ils avaient besoin à la ois de lumière et de vie ; ils voulaient être éclairés et émus, nstruits et amusés
« En même temps que la difficulté de satisfaire à ce double désir se faisait vivement sentir à moi, j'y découvrais plus de moyens et plus de chances de succès que je ne l'a vais prévu d'abord pour faire comprendre à mes jeunes auditeurs l'histoire de France dans sa complication et sa grandeur. Quand Corneille a dit :
.... aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années,
il a dit vrai pour l'intelligence comme pour la valeur. Quand une fois ils sont bien éveillés et donnent vraiment leur attention, les jeunes esprits sont plus sérieux et plus capables qu'on ne le croit de tout comprendre. Pour bien expliquer à mes petits-enfants le lien des événements et l'influence des personnages historiques, j'ai été conduis quelquefois à des considérations très-grandes et à des études é» aaractères assez approfondies. J'ai presque toujours été, en pareil cas, non-seulement bien compris, mais vivement goûté. J'en ai fait l'épreuve dans le tableau du règne et le portrait du caractère de Charlemagne; les deux grands desseins de ce grand homme, qui a réussi dans l'un et échoué dans l'autre, ont été, de la part de mes jeunes auditeurs, l'objet d'une attention très-soutenue et d'une compréhension trèsnette. Les jeunes esprits ont plus de portée qu'on n'est enclin à le présumer, et peut-être les hommes feraient-ils bien quelquefois d'être aussi sérieux dans leur vie que les enfants le sont dans leurs études.
«Pour atteindre le but que je me proposais, j'ai toujours pris soin de rattacher mes récits ou mes réflexions aux grands événements ou aux grands personnages de l'histoire. Quand on veut étudier et décrire scientifiquement un pays, on le parcourt dans toutes ses parties et en tout sens; on visite les plaines comme les montagnes, les villages comme les cités, les recoins obscurs comme les lieux célèbres ; ainsi procèdent un géologue, un botaniste, un archéologue, un statisticien, un érudit. Mais quand on veut surtout connaître les principaux traits d'une contrée, ses contours fixes, ses formes générales, ses aspects spéciaus, ses grands chemins, on monte sur les hauteurs; on se pîs® aux points d'où l'on saisit le mieux l'ensemble et la pfej» sionomie du pays. Ainsi il faut procéder dans l'histoire^ quand on ne veut ni la réduire au squelette d'un abrégé M l'étendre aux longues dimensions d'un travail ë'^u^iâa.
Les grands événements et les grands hommes sont les points fixes et les sommets de l'histoire ; c'est de là qu'on peut la considérer dans son ensemble et la suivre dans ses grandes voies. En la racontant à mes petits-enfants, je me suis quelquefois attardé dans quelque anecdote particulière où je trouvais le moyen de mettre en vive lumière l'esprit dominant du temps ou les mœurs caractéristiques des populations; mais, sauf ces rares exceptions, c'est toujours dans les grands faits et les grands personnages historiques que je me suis établi pour en faire, dans mes récits, ce qu'ils ont été dans la réalité, le centre et le foyer de la vie de la France.
« Je n'avais pris d'abord, en donnant ces leçons, que de tourtes notes de dates et de noms propres. Quand on m'a donné lieu de croire qu'elles pouvaient avoir pour d'autres enfants que les miens, et même, m'a-t-on dit, pour d'autres que des enfants, quelque utilité et quelque intérêt, j'ai entrepris de les rédiger telles que je les avais développées à mes jeunes auditeurs. Je vous enverrai, messieurs, quelques portions de ce travail, et si, en effet, il vous paraît opportun d'étendre le cercle auquel il a été d'abord destiné, je vous confierai très-volontiers le soin de sa publication.
« Recevez, messieurs, l'assurance de mes sentiments les plus distingués,
GUIZOT
. Val-Richer, décembre 1870. •
Quel admirable enseignement pour la jeunesse que « la grande vie de noire pairie » racontée dans cette langue claire, ferme et imagée, avec cette sûreté de méthode, cette justesse d'appréciation, cette attention scrupuleuse à ne rien laisser qui ne puisse être facilement compris!
Ce sont là des qualités précieuses pour les lecteurs de tout âge; aussi l'auteur prévoit-il que ses leçons auront
quelque utilité « même pour d'autres que pour des enfants. Les femmes, les gens du monde, les érudits eux-même tiendront à lire un livre où ils retrouveront, au milieu d'u: récit exact et vivant, la science profonde et la hauteur d vues de l'historien de la Civilisation en Europe et en Franct de l'homme d'État auquel, durant bien des années, ni dans notre pays n'a contesté le premier rang.
Nous nous sommes donc empressés d'accepter l'honneu d'éditer une œuvre utile à des lecteurs si divers et appelé à répandre tant d'idées justes et fécondes, et nous tiendror à ce qu'elle soit publiée avec tout le soin qu'elle mérite.
CONDITIONS
ET MODE DE PUBLICATION
L'Histoire de France racontée à mes petits-enfants forme trois volumes grand in-8, imprimés par M. Raçon, dont goût et l'habileté sont bien connus, et illustrés de plus cent gravures d'après de magnifiques dessins dans Iesqut M. A. de Neuville a montré sous un nouvel aspect son taie aussi correct que dramatique. Ct s gravures représentero des scènes et des personnages historiques, des portraits, d costumes, des monuments; les éléments en seront puis aux meilleures sources.
Les trois volumes se composeront de 80 à 100 livraison chaque livraison, illustrée d'au moins une grande gravui contient 16 pages et est protégée par une couverture.
Le prix de la livraison est de 50 centimes.
Il paraît une livraison par semaine.
Les lomes I et II sont en vente.
Chaque volume se vend séparément, broché, 18 fr. — I chement relié, avec fers spéciaux, dos en maroquin, pie on toile, tranches dorées, 25 fr.
HACHETTE et C"
l'ypograpnie Laliurc, rue de Fleurus, 9, ;'t Paria