‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 284 sur 447 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Le Kent. ■ — La campa

litre Dartford et Blackeath.

Le camp du ROI d'un roté; de l'autre entre YORK avec sa suite, tambours battants et drapeaux déployés; ses troupes sont à quelque distance.

York — C'est ainsi que York vient d'Irlande pour réclamer son droit et arracher la couronne à la tète du faible Henri. Sonnez à pleines volées, cloches; brûlez clairs et brillants, feux de joie, pour fêter le roi légitime delà grande Angleterre. Ah, sancta majestas ! qui ne t'achèterait cher? Que

ceux-là obéissent qui ne savent pas commander; cette main-ci ne fut faite que pour s'appuyer sur l'or: je ne puis donner à mes paroles leur légitime réalisation, à moins que cette main n'agite une épée ou un sceptre, Aura-t-elle un sceptre? — Ai-je une âme? — Oui, elle aura un sceptre, sur lequel je rétablirai les fleurs de lis de France.

ZVtfre BUCKINGHAM.

Yobk. — Qui vient ici? Buckingham qui vient me troubler? Le roi l'a envoyé, à coup sûr : il me faut dissimuler.

Buckingham. — York, si tes intentions sont

LE ROI HENRI VI

droites, je te présente mes meilleures salula- j tions.

York. — Humphroy de Buckingham, j'accepte tes salutations. Viens-tu comme messager, ou viens-tu de toi-même?

Buckingham. — Je viens comme messager de Henri, notre redouté Suzerain, pour connaître la raison de ces armements en pleine paix; pour savoir pourquoi, étant un sujet tout comme moi, tu te permets, contre ton serment et la loyale obéissance que tu as jurée, de lever sans sa permission une si grande armée, et pourquoi tu oses amener tes forces si près de la cour.

York, à part. — Je puis à peine parler tant ma colère est grande. Oh! j'arracherais des rochers et je me bâtirais avec des cailloux, tant ces expressions abjectes m'irritent! Comme Ajax , fils de Télamon , que ne puis- je en ce moment faire passer ma fureur sur des bœufs et des moutons ! Je suis beaucoup mieux né que le roi ; je suis plus roi que lui, plus royal dans mes pensées ; mais il me faut maintenir le beau temps encore un peu, jusqu'à ce que Henri soit plus faible et que je sois plus fort. (A haute voix.) Buckingham, je t'en prie, pardonne moi, de t'avoir fait attendre ma réponse; mon âme est troublée par une profonde mélancolie. La raison pour laquelle j'ai conduit ici cette armée, est d'éloigner du roi l'orgueilleux Somerset, qui est séditieux envers Sa Grâce et envers l'état.

Buckingham. — C'est une trop grande présomption de ta part; mais si ta levée d'armes n'est pas à autre fin, le roïa déjà cédé à ta demande; le duc de Somerset est à la Tour.

York. — Sur ton honneur, est-ce qu'il est prisonnier?

Buckingham. — Sur mon honneur, il est prisonnier.

York. — En ce cas, Buckingham, je licentie mes troupes Soldats, je vous remercie tous; dispersez ■ vous : venez me retrouver demain au champ de Saint-Georges, vous aurez votre solde et tout ce que vous pouvez désirer. Que mon souverain, le vertueux Henri, commande à l'aîné de mes fils, et à tous mes fils, parbleu ; je les lui enverrai comme otages de ma féauté et de mon affection, avec autant de plaisir que j'en ai à vivre. Terres et biens, cheval et armure, tout ce que j'ai est à sa disposi tion pourvu que Somerset meure.

Buckingham. — York, je te fais compliment de

cette soumission déférente : nous allons nous rendre ensemble à la tente de Son Altesse.

Entre LE ROI HENRI avec sa suite.

Le roi Henri. — Buckingham, York n'a donc pas de mauvaises intentions contre nous, puisqu'il marche ainsi bras dessus bras dessous avec toi?

York. — York se présente devant Votre Altesse en toute soumission et humilité.

Le roi Henri. — Alors que signifient ces forces que tu amènes?

York. — Ces forces avaient pour but de déplanter d'ici Somerset, et de combattre ce monstrueux rebelle, Cade, qui, je l'ai appris depuis, a été délait.

Entre IDEN avec la tête de CADE.

Iden. — Si un homme aussi peu façonné et d'aussi humble condition que moi peut paraître en présence d'un roi, j'oserai présenter à Votre Grâce la tète de Cade, que j'ai tué en combat.

Le roi Henri. — La tète de Cade! Grand Dieu, comme tu es juste! O laisse-moi voir son visage maintenant qu'il est mort, lui qui de son vivant me donna de si terribles injuiétudss. Dis-moi, mon ami, es-tu l'homme qui l'a tué ?

Iden. — Oui, n'en déplaise à Votre Majesté.

Le roi Henri. — Comment t'appelles-tu, et quelle est ta cond tion?

Iden. — Alexandre Iden, voilà mon nom; un pauvre esrjuire du Kent qui aime son roi.

Buckingham. — Sous votre plaisir, Monseigneur, il ne serait pas mal à propos qu'il fût créé chevalier pour son bon service.

Le roi Henri. — Iden, agenouille- toi. (Iden s'agenouille.) Relève toi chevalier. Nous te donnons pour récompense mille marcs, et nous voulons que désormais tu fa-ses partie de notre suite.

Iden. — Puisse Iden vivre assez pour reconnaître une telle générosité, et ne vivre qu'autant qu'il sera fidèle à son Suzerain! (lise lève.)

Le roi Henri. — Vois, Buckingham ! Somerset vient avec la reine. Va, avertis la reine de le cacher au duc.

Entrent LA REINE MARGUERITE et SO- MERSET.

La reine Marguerite. — Y eût-il cent mille York, il ne cachera pas sa tête, mais il restera résolument et l'affrontera en face.

York. — Qu'est-ce donc? Somerset est en h-

Page 1