‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 285 sur 447 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

berté? En ce cas, York, déchaîne tes pensées longtemps emprisonnées, et que ta parole soit à la hauteur de ton cœur. Endurerai-je la vue de Somerset? Roi déloyal ! pourquoi as-tu brisé promesse avec moi, sachant à quel point je souffre peu les insultes ? T'appellerai je roi ? non, tu n'es pas roi, tu n'es pas fait pour gouverner et régir des multitudes, toi qui n'oses pas, qui ne peux pas arrêter un traître. La couronne ne convient pas à ta tête; ta main est faite pour tenir un bâton de pèlerin, et non pour honorer un sceptre imposant et royal. C'est mon front, dont la sérénité et la colère peuvent, comme la lance d'Achille, tuer et guérir tour à tour, que doit ceindre cette couronne d'or. Voici une main qui peut tenir un sceptre, et aussi lancer des décrets qu'elle saura faire exécuter. Cède la place; par le ciel, tu ne gouverneras pas plus longtemps celui que le ciel créa pour te gouverner.

Somerset. — O monstrueux traître ! Je t'arrête, York, comme coupable de trahison capitale envers le roi et la couronne : obéis, traître audacieux; agenouille-toi pour obtenir grâce.

York. — Tu voudrais que je m'agenouillasse? Ia^se moi d'abord apprendre de ceux-ci s'ds supporteraient qi e je courbasse le genou devant un homrt,e. Maraud, va me chercher mes fils pour qu'ils soient ma caution. (Sort un assistant.} Je sais qu'avant de më laisser aller en prison, ils engag' ront leurs épées pour mon affranchissement.

La reine Marguerite. — Appelez ici ClifJbrd ; ordonnez-lui de venir sur le champ, pour dire si 1er enfants bâtards d'Yo-ik seront une garantie pour leur traître père. (Sort Suckingham .)

York. — O Napolitaine souillée de sang, proscrite de Naples, fléau sanglant de l'Angleterre ! les fils d'York, tes supérieurs par la naissance, seront la garantie de leur père ; et malheur à ceux qui refuseront mes garçons pour ma garantie! Voyez, les voici, et je vous réponds que leur caution sera bonne.

La reive Marguerite. — Et voici venir Cliffbrd pour refuser leur caution.

Entrent d'un côté EDOUARD et RICHARD PLAN- TAGENETacec des troupes; de l'autre le vieux CL1FFORD et le jeune CL1FFORD également avec des troupes.

Clifford, s' agenouillant. — Santé et bonheur à Monseigneur le roi !

York. — Je te remercie, Clifford : dis, quelles

nouvelles m'apportes tu? Voyons, ne nous effraye pas avec tes regards irrités : nous sommes Ion souverain, Cliffbrd; agenouille toi de nouveau : nous te pardonnons pourt'ètre ainsi mépris.

Clifford. — Voici mon roi, York: je ne me suis point mépris ; mais c'est toi qui te méprends beaucoup en pensant que je me suis mépris. Qu'on l'emmène à Redlam; est ce que cet homme est devenu fou?

Le roi Henri. — Oui, Cliffbrd ; une humeur folle et ambitieuse le pousse à s'élever contre son roi.

Clifford. — C'est un traître; qu'on le conduise à la Tour et qu'on lui tranche sa factieuse caboche.

La reine BIarguerite. — Il est arrêté, mais il ne veut pas obéir; ses fils, dit-il, donneront garantie pour lui.

York. — Ne l'a donnerez-vous pas, mes fils?

Edouard. — Oui, mon noble père, si nos paroles peuvent suffire.

Richard. — Et si nos paroles ne peuvent y suffire, nos épées y suffiront.

Clifford. — Qu'est-ce? quelle race de traîtres avons nous là ?

York. — Regarde-toi dans un miroir et appelle ainsi ton image; je suis ton roi et tu es un traître au cœur déloyal. Appelez ici au poteau mes deux braves ours, afin que par le seul cliquetis de leurs chaînes, ils puissent effrayer ces chiens cruels en arrêt ; ordonnez à Salisbury et à Warwick de venir à moi.

Tambours. Entrent WARWICK et SALISBURY avec leurs forces.

Clifford. — Sont-ce là tes ours ? Nous harcèlerons tes ours à mort, et nous garrotterons leur gardien dans leurs chaînes, si lu oses les mener à l'arène du combat.

Richard. — J'ai vu souvent un dogue ardent et présom; tueux se retourner et mordre, parce qu'on lui faisait obstacle ; mais dès qu'il avait senti la cruelle patte de l'ours, il serrait sa queue entre ses jambes et criait : et c'est là lil ligure même que vous allez faire, si vous essayez de vous mesurer avec Lord Warwick.

Clifford. — Hors d'ici, amas de mauvaises passions ! niasse ignoble et difforme ! être aussi contrefait de manières que de corps 1

York. — Allons, nous allons vous échauffer tout à l'heure de la belle façon.

LE ROI HENRI VI

Cliif.ird. — Prenez garde de vous brûler à votre propre feu.

Le roi Henri. — Eh quoi, Warwick, est-ce que ton genou a désappris à se plier? Honte à tes cheveux blancs, vieux Salisbury, guide trompeur et fou de ton fils au cerveau malade ! Comment ! vas-tu à ton lit de mort jouer le ruffian et chercher le malheur avec tes lunettes ? Oh ! où est la foi ? où est la loyauté? si elles sont bannies des tètes blanches, où trouveront-elles un refuge sur la terre ? Vas-tu donc aller creuser une tombe pour déterrer la guerre, et souiller par le sang ta vieillesse honorable ? N'as-tu pas d'expérience, malgré ton âge? et si tu en as, pourquoi lui fais-tu violence ? Fi donc ! courbe par obéissance devant moi, ton genou que le grand âge fait courber vers la tombe.

Salisbury. — Monseigneur, j'ai débattu en moimême les titres de ce duc très-renommé, et, en conscience, je tiens Sa Grâce pour le légitime héritier du trône royal d'Angleterre.

Le roi Henri. — Ne m'as-tu pas juré allégeance ?

Salisbury. — Oui.

Le roi Henri. — Peux-tu te dégager avec le ciel de ton serment ?

Salisbury. — C'est un grand péché de jurer un péché ; mais c'en est un plus grand de tenir un serment mauvais. Est-il quelqu'un qui puisse être tenu par un serment aussi solennel qu'il soit d'accomplir un acte de meurtre, de voler un homme, de forcer la chasteté sans tache d'une vierge, de frustrer l'orphelin de son héritage, d'arracher à la veuve ses droits établis par la coutume, sans avoir d'autres raisons pour commettre de tels actes que l'obligation d'un serment solennel ?

La reine Marguerite. — Un traître subtil n'a pas besoin de sophiste.

Le roi Henri. — Appelez Buckingham et ordonnez-lui de s'armer.

York. — Appelle Buckingham et tous les amis que tu as ; je suis résolu à mourir ou à régner.

Clifford. — Je te garantis la première de ces alternatives, si par hasard les rêves disent vrai.

Warwick. — Tu ferais mieux d'aller au lit et d'y rêver de nouveau, afin de te préserver contre la tempête du champ de bataille.

Clifford. — Je suis résolu à une plus grande tempête qu'aucune de celles que tu peux soulever aujourd'hui, et ton casque l'apprendra bien, si je puis te reconnaître aux insignes de ta maison.

Warwick. — Par le blason de mon père, le cimier du vieux Nevil, l'ours rampant ai taché au poteau noueux, je porterai haut mon panache au jourd'hui, — comme le cèdre qui, gardant ses feuilles en dépit de toutes les tempêtes, s'élève au sommet d'une montagne, — afin de l'effrayer rien que par sa vue seule.

Clifford. — Et de ton casque, moi, j'arracherai ton ours et je le foulerai aux pieds avec un plein mépris en dépit du gardien qui protège l'ours.

Le jeune Clifford. — Et maintenant, aux armes, mon père victorieux, afin d'éteindre la rébellion et ses complices.

Richard. — Fi donc ! par charité pour vousmême , craignez de prononcer des paroles de haine; car vous souperez ce soir avec Jésus- Christ.

Le jeune Clifford. — Etre ignoble, marqué de la colère divine, c'est plus que tu n'en pourrais dire de toi-même.

Richard. — Si vous ne soupez pas au ciel, vous souperez sûrement en enfer. (Ils sortent de divers côtés.)

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