ACTE I, SCÈNE I
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Richard. Parle pour moi, toi, et dis-leur ce que j
(Acte I, se. i.)
parents, tes amis, vous me remettrez plus d'existences qu'il n'y eut de gouttes de sang dans les veines de mon père.
Cliffoed. — Ne reviens pas là-dessus davantage, Warwick,si tu ne veux pas qu'en place de paroles, je t'envoie un messager qui vengera sa mort avant que je sorte d'ici.
Waryyick. — Pauvre Clifford ! comme je méprise ses impuissantes menaces !
York. — Voulez-vous que nous vous montrions nos titres à la couronne? sinon, nos épées plaideront pour eux sur le champ de bataille.
Le roi Henri. — Quel titre as-tu à la couronne, traître? ton père était, comme toi, duc d'York; ton grand-père, Roger Mortimer, était comte des Marches : je suis le (ils de Henri le cinquième, qui fit courber la tète au Dauphin et à la France, et qui s'empara de leurs villes et de leurs provinces.
Warwick. — Ne parle pas de la France, puisque tu l'as perdue tout entière.
Le roi Henri. — C'est le Lord protecteur qui l'a perdue et non pas moi : lorsque je fus couronné, je n'avais que neuf mois.
Richard. — Vous êtes d'un âge assez avancé maintenant, et il me semble cependant que vous perdez encore. Mon père, arrachez la couronne de la tète de l'usurpateur.
Edouard. — Faites cela, mon cher père; placez-la sur votre tête.
Montacue, à York. — Mon bon frère, si tu m'aimes et si tu honores les armes, terminons celte querelle par le combat, et ne restons pas à chicaner ainsi.
Richard. — Faites retentir tambours et trompettes, et le roi s'enfuira.
York. — Paix, mes fils!
LE ROI HENRI VI
Le roi Henri. — Paix, toi-même! et donne au roi Henri permission de parler.
Warwick. — Plantagenet parlera le premier : Lords, écoutez-le, et soyez silencieux et attentifs aussi, car celui-là qui l'interrompra mourra.
Le roi Henri. — Penses-tu que je vais abandonner le trône royal où se sont assis mon grand père et mon père? Non, auparavant la guerre dépeuplera mon royaume, et ces drapeaux, si souvent portés en France, et déployés maintenant en Angleterre à la grande douleur de notre cœur, nous serviront de linceul. — Pourquoi semblez-vous abattus, Lords? Mon titre est bon et vaut mieux que le sien.
Warwick. — Prouve cela , Henri , et tu seras roi.
Le roi Henri. — Henri le quatrième prit la couronne par conquête.
York. — Il la prit par rébellion contre son roi.
Le roi Henri, a part. — Je ne sais que dire ; mon titre est faible. [Haut.) Dis-moi, un roi ne peul-il pas adopter un héritier?
York. — Quoi, en ce cas?
Le roi Henri. — S'il le peut, je suis alors roi légitime : car Richard, sous les yeux de nombreux Lords, résigna la couronne à Henri le quatrième, dont mon père fut l'héritier, comme je suis le sien.
York. — Il s'éleva contre Richard, son souverain , et il lui fit résigner sa couronne par force.
Warwick. — Et supposez, Milords, que cette résignation eût été faite sans contrainte : auraitelle pu, selon votre opinion, changer l'ordre de succession à la couronne?
Exeter. — Non, car il ne pouvait résigner sa couronne qu'au plus proche héritier, qui avait seul droit de succéder et de régner.
Le roi Henri. — Es-tu contre nous, duc d'Exeter?
Exeter. — C'est lui qui a le bon droit, veuillez me pardonner.
York. — Pourquoi chuchotez-vous, Milords, et ne répondez-vous pas?
Exeter. — Ma conscience me dit qu'il est le roi légitime.
Le roi Henri, h part. — Tous vont se révolter conire moi et passer de son coté.
Northumberland. — Plantagenet, malgré tous
les droits que tu exposes, ne crois pas que Henri va être ainsi déposé.
Warwick. — Il sera déposé en dépit de tous.
Northumberland. — Tu te trompes : ce n'est pas le pouvoir que tu possèdes dans les comtés du sud, dans l'Essex, le Norfolk, le Suffolk et le Kent, ce pouvoir qui te rend à ce point présomptueux et orgueilleux, qui peut élever le duc, en dépit de moi.
Clifford. — Roi Henri, que ton titre soit légitime ou non, Lord Clifford jure de combattre pour ta défense : puisse cette terre s'entr'ouvriret m'engloutir vivant, le jour où je m'agenouillerai devant celui qui a tué mon père !
Le roi Henri. — O Clifford, comme tes paroles font revivre mon cœur !
York. — Henri de Lancastre, résigne ta couronne.— Que murmurez-vous, ou que conspirezvous, Lords ?
Warwick. — Faites droit à ce prince, le duc d'York , ou bien je vais remplir la chambre de gens armés, et écrire son titre avec le sang de l'usurpateur sur le trône royal où le duc est maintenant assis. (Il frappe du pied et des soldats entrent.}
Le roi Henri. — Milord de Warwick, écoutez un mot seulement : laissez-moi régner ma vie durant.
York. — Confirme mes droits à la couronne, à moi et à mes héritiers, et tu régneras en paix tant que tu vivras.
Le roi Henri. — J'y consens : Richard Plantagenet, possède le royaume après mon décès.
Clifford. — Quel tort ne faites-vous pas au prince, votre fils !
Warwick. — Quel bien ne fait-il pas à l'Angleterre et à lui-même !
Westmoreland. — Vil, timide Henri, si prompt à désespérer !
Clifford. — Quel outrage tu t'es fait et quel outrage tu nous fais 1
Westmoreland. — Je ne puis rester pour entendre ces conditions.
NORTHUMBERLAND. Ni moi.
Clifford. — Venez, cousin ; allons apprendre ces nouvelles à la reine.
Westmoreland. — Adieu, roi dégénéré, roi au lâche cœur, dont le sang refroidi n'obéit pas à la moindre étincelle d'honneur!
Northumberland. — Sois une proie pour la