‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 290 sur 447 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

maison d'York, et meurs dans les fers pour cet acte sans virilité !

Clifford. — Puisses-tu être vaincu dans une guerre terrible, ou vivre dans la paix, abandonné et méprisé ! (Sortent JYorthumberland, Clifford et Wcstmoreland .)

Warwick. — Tourne -toi de ce côté, Henri, et ne fais pas attention à eux.

Exeter. — Ils cherchent à se venger, et par conséquent ils ne céderont pas.

Le roi Henri. — Ali, Exeter !

Warwick. — Pourquoi soupirez-vous, Monseigneur ?

Le roi Henri. — Ce n'est pas pour moi, Lord Warwick, mais pour mon fils que je vais déshériter contre la nature. Mais qu'il en soit ce qu'il pourra! (A York.) Je le cède ici pour toujours la couronne, à toi et à tes descendants, à condition que tu prêteras le serment de faire cesser celte guerre civile, et pendant que je vivrai, de m'honorer comme ton roi et ton souverain, et de ne jamais chercher à me renverser par trahison, ou par rébellion armée, pour régner toi-même.

York. — Je prête volontiers ce serment et je le tiendrai. (7/ descend du trône.)

Warwick. — Longtemps vive le roi Henri ! Plantagenet, embrasse-le.

Le roi Henri. — Et puissiez-vous longtemps vivre, toi et tes fils audacieux!

York. — Maintenant York et Lancastre sont réconciliés.

Exeter. — Maudit soit celui qui cherchera à les rendre ennemis ! {Fanfare. Les Lords s'avancent.)

York. — Adieu, mon gracieux Lord ; je vais me rendre à mon château.

Warwick. — Moi, je garderai Londres avec mes soldats.

Norfolk. — Moi, je retourne dans le Norfolk avec mes hommes.

Montacue. — Et moi à la mer, d'où je suis venu. (Sortent York et ses fils, Warwick, Norfolk, Montague, soldats et gens de la suite des Lords.)

Le roi Henri. — Et moi, je m'en retourne à la cour, avec le chagrin et la douleur.

Exeter. — Voici venir la reine dont les regards trahissent la colère : je vais me dérober. (Il fait un mouvement pour partir.)

Le roi Henri. — Exeter, j'en vais faire autant. (// fait un mouvement pour partir.)

Entrent LA REINE MARGUERITE et LE PRINCE DE GALLES.

La reine Marguerite. — Non, ne me fuis pas; je te suivrai.

Le roi Henri. — Sois patiente, ma gentille reine, et je resterai.

La reine Marguerite. — Qui pourrait être patiente dans de telles extrémités ? Ah misérable homme ! que je voudrais être morte vierge, et ne l'avoir jamais vu, et ne t'avoir jamais donné de fils, puisqu'il m'a fallu connaître que tu étais capable de te montrer un père aussi dénaturé ! A-t-il mérité de perdre ainsi les droits de sa naissance? Si tu avais eu seulement pour lui la moitié de mon amour, si tu avais ressenti les souffrances que j'ai ressenties pour lui un certain jour, si tu l'avais nourri, comme je l'ai nourri de mon sang, tu aurais laissé ici le plus précieux du sang de ton cœur, avant de faire ton héritier de ce sauvage duc et de déshériter ton fils unique.

Le prince Edouard. - — Père, vous ne pouvez pas nie déshériter : si vous êtes roi, pourquoi ne vous succéderais-je pas?

Le roi Henri, — Pardonne-moi, Marguerite; pardonne moi, mon doux fils; le comte de Warwick et le duc m'y ont forcé.

La reine Ma3guerite. — Ils t'3' ont forcé ! tu es roi et tu te laisses forcer? j'ai honte de t'entendre parler. Ah misérable timoré! tu t'es ruiné toi-même, tu as ruiné ton fils et moi, et tu as cédé à la maison d'York un tel terrain que tu ne régneras que par sa permission. Les substituer à la couronne, lui et ses héritiers, qu'est-ce sinon construire ton sépulcre el t'y glisser doucement bien avant ton heure? Warwick est chancelier et gouverneur de Calais; l'énergique Falconbridge commande le détroit, le duc est créé protecteur du royaume, et cependant tu crois être en sûreté? c'est la sûreté que trouve le tremblant agneau lorsqu'il est environné des loups Si j'avais été là, moi qui suis une faible femme, les soldats m'auraient fait sauter sur leurs piques avant que j'eusse consenti à cet acte. Mais tu as fait passer ta vie avant ton honneur, et puisque tu as fait ce choix, je me sépare de ta table , Henri, et de ton lit, jusqu'à ce que soit rappelé cet acte du Parlement par lequel mon fils est déshérité. Les Lords des comtés du nord qui ont abjuré tes couleurs, suivront les miennes s'il les voient une fois déployées, et elles seront dé-

LE ROI HENRI VI

ployées à ta plus humiliante honte et à la complète ruine de la maison d'York. Je te laisse sur ces paroles. Viens, mon fils, partons; notre armée est prête ; Viens, nous allons la rejoindre.

Le roi Henri. — Arrête, gentille Marguerite, et écoute-moi parler.

La reine Marguerite. — Tu n'as déjà que trop parlé; va-t'en.

Le roi Henri. — Mon gentil fils Edouard , veux-tu rester avec moi ?

La reine Marguerite. — Oui, pour être assassiné par ses ennemis.

Le prince Édouarb. — Lorsque je reviendrai victorieux du champ de bataille, je verrai Votre Grâce : jusque-là je suivrai ma mère.

La reine Marguerite. — Viens, mon fils, partons ! nous ne pouvons nous retarder ainsi. (Sortent la reine Marguerite et le prince de Galles.)

Le roi Henri. — Pauvre Reine ! Comme son amour pour moi et son fils l'ont fait éclater en termes de rage ! Puisse-t-elle tirer vengeance de ce duc haïssable dont l'âme hautaine, ailée d'ambition, veut me ravir ma couronne, et comme un aigle à jeun, se gorger de ma chair et de celle de mon fils ! La défection de ces trois Lords tourmente mon cœur : je vais leur écrire et leur adresser de belles prières; venez, cousin, vous serez mon messager.

Exeter. — Et je l'espère, je parviendrai à les réconcilier tous. (Ils sortent.)

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