‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 292 sur 447 · PRÉCEPTEUR · texte numérisé non relu

PRÉCEPTEUR

Rutland. — Ah ! où fuirai-je pour échapper à

leurs mains? Ah, maître! voyez le sanguinaire Clifford qui vient !

Entrent CLIFFORD et des soldats.

Clifford. — Arrière, chapelain ! ta prêtrise te sauve la vie. Quant au mai-mot de ce duc maudit, de ce père qui tua mon père, il mourra.

Le précepteur. — Et moi, Milord, je lui tiendrai compagnie.

Clifford, — Soldats, qu'on l'entraîne!

Le précepteur. — Ah! Clifford, n'assassine pas cet enfant innocent, de crainte d'être haï à la fois de Dieu et des hommes! {Il sort, ent? acné par les soldats.)

Clifford. — Comment donc! est-il mort déjà, ou est-ce la crainte qui lui fait fermer les yeux? je vais les ouvrir.

Rutland. — C'est ainsi que le lion en arrêt regarde le malheureux qui tremble sous ses griffes meurtrières : c'est ainsi qu'il marche, insultant à sa proie, ainsi qu'il s'avance pourdéchirer ses membres.— Ah, noble Clifford, tue-moi avec ton épée, et non avec ces regards menaçants et cruels ! Mon bon Clifford, écoute-moi avant de me faire mourir : je suis un trop petit objet pour ta colère ; venge-toi sur des hommes et laisse-moi vivre.

Clifford. — Tu parles en vain, pauvre enfant; le sang de mon père a bouché le passage par où tes paroles pourraient entrer.

Rutland. — Alors que le sang de mon père le rouvre : c'est un homme, mesure-toi avec lui, Clifford.

Clifford. — Si je tenais ici tes frères, leurs vies et la tienne ne seraient pas une vengeance suffisante pour moi. Non, quand bien même j'ouvrirais les tombeaux de tes ancêtres, et que je suspendrais à des chaînes leurs cercueils pourris, cela n'apaiserait pas ma colère et ne soulagerait pas mon cœur. Quand je vois une personne de la maison d'York, c'est comme si une furie tourmentait mon âme, et je vivrai en enfer, tant que je n'aurai pas déraciné leur race maudite et que j'en aurai laissé un vivant. Par conséquent.... (Il lève la main.)

Rutland. — Oh! laisse-moi prier avant de recevoir la mort! C'est toi que je prie; bon Clifford, aie pitié de moi!

Clifford. — J'aurai la pitié que pourra le donner la pointe de ma rapière.

Rutland. — Je ne t'ai jamais fait de mal : pourquoi veux-tu m'assassiner?

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