‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 31 sur 447 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Une autre partie du champ de bataille.

Entrent SALISBURY, PEMBROKE, BIGOT

et AUTRES.

Salisbury. — Je ne croyais pas que le roi fût si bien fourni d'amis.

Pemeroke. — En avant encore une fois! réveillez l'ardeur des Français, s'ils sont battus, nous sommes battus aussi.

Salisbury. — Ce diable de bâtard, Faulconbridge, en dépit de tout, tient seul le champ de bataille.

Pembroke. — On dit que le roi Jean, trèsmalade, a quitté le champ de bataille.

Entre MELUN blessé, conduit par des 'soldats.

Melun. — Conduisez-moi près des révoltés d'Angleterre.

Salisbury. — Lorsque nous étions heureux, nous portions d'autres noms.

Pembroke. — C'est le comte Melun.

Salisbury. — Blessé à mort.

Melun. — Fuyez, nobles Anglais, vous êtes trahis et perdus ; dégagez-vous de cette impasse de la rébellion, et rappelez à vous la fidélité que vous avez rejetée. Cherchez le roi Jean et tombez à ses pieds ; car si les Français restent les maîtres de ce jour de vacarme, ils ont l'intention de vous récompenser des peines que vous prenez en coupant vos têtes : ainsi l'a juré le Dauphin, et moi avec lui, et beaucoup d'autres avec moi, devant l'autel de saint Edmundsbury, ce riiême autel devant lequel nous vous avons juré une tendre amitié et une éternelle affection.

Salisbury. — Cela est-il possible? cela peut-il être vrai ?

Melun. — N'ai-je pas la hideuse mort devant

les yeux, moi qui n'ai plus qu'un reste de vie qui s'écoule avec mon sang, comme une figure de cire voit sa forme se dissoudre quand elle est placée près du feu ? Quelle chose au monde pourrait me porter à vous tromper maintenant, puisque je vais perdre l'avantage de toute fourberie? Pourquoi donc serais-je faux, puisqu'il est vrai que je vais mourir ici et que je ne vivrai ailleurs que par la vérité? Je vous répète que si Louis est victorieux aujourd'hui, il se parjurera s'il laisse vos yeux contempler encore le lever du soleil à l'orient. Cette nuit même, cette nuit dont l'haleine noire et contagieuse fume déjà autour du cimier enflammé du soleil affaibli, vieilli, épuisé de sa journée, cette nuit exécrable même vous verra rendre votre souffle et payer ainsi l'amende inévitable de la trahison par le prix de vos existences à tous, si Louis reste maître de ce jour. Bappelez-moi au souvenir d'un certain Hubert qui est avec votre roi ; mon affection pour lui, et cette autre considération encore, que mon grandpère était un Anglais, ont stimulé ma conscience à vous révéler tout ceci. En récompense, je vous en prie, emportez-moi d'ici, hors du bruit et des rumeurs du champ de bataille, et déposez-moi en quelque endroit où je puisse recueillir en paix le reste de mes pensées et séparer mon âme de ce corps dans la contemplation et les pieux désirs.

Salisbury. — Nous te croyons. Maudite soit mon âme si je ne chéris pas l'apparition et le caractère de cette très-heureuse occasion qui nous servira de guide pour abandonner le sentier de la coupable désertion. Imitons le flot quand il décroit et se retire, laissons-la notre débordement et notre cours irréguliers, redescendons vers les rives que nous avons franchies, et coulons avec calme et obéissance, vers notre océan, notre grand roi Jean. Mon bras va te donner son appui pour t'emporter d'ici, car je vois dans tes yeux que les cruelles souffrances de la mort approchent. En avant, amis! Une nouvelle désertion sera l'heureuse nouveauté qui rétablira le vieux droit ! {Ils sortent en soutenant Melun.)

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