‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 336 sur 447 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Londres. — Un appartement dans le palais.

Fanfares. LE ROI EDOUARD assis sur son trône. A ses côtés LA REINE ELISABETH avec le prince enfant porté par une nourrice; CLA- RENCE, GLOCESTER, HASTINGS, et autres, l'entourent.

Le roi Kuouard. — Une fois encore, nous nous

asseyons sur le trône royal d'Angleterre acheté pour la seconde fois par le sang des ennemis. Que de vaillants adversaires n'avons -nous pas fauchés dans tout l'épanouissement de leur orgueil, comme on .fauche le blé d'automne ! Trois ducs de Somerset, trois fois renommés comme des champions redoutables et d'une valeur indiscutable, deux Clifford, le père et le fils, et deux Northumberland ; deux hommes plus braves que ces derniers n'éperonnèrent jamais leur coursier au signal de la trompette : avec eux, les deux braves ours, Warwick et Montague, qui tenaient dans leurs chaînes le lion royal, et faisaient trembler la forêt lorsqu'ils rugissaient. C'est ainsi que nous avons balayé loin de notre trône tout sujet de crainte, et que nous nous sommes donné la sécurité pour marchepied. Venez ici, Bess, et laissez-moi baiser mon enfant. Jeune Ned, c'est pour toi que tes oncles et moi-même nous avons veillé sous nos armures durant les nuits d'hiver, marché à pied sous les brûlantes chaleurs de l'été ; tout cela pour que tu puisses jouir en paix de la couronne, et recueillir la moisson de nos labeurs.

Glocester, à part. — Si vos yeux étaient fermés pour toujours, je saurais bien flétrir sa moisson sur pied, car on ne se doute pas encore dans le monde de ce que je suis. C'est pour soulever que cette épaule a été formée si épaisse , et elle soulèvera certains poids , ou je me romprai les reins. Ouvre les voies, ma tète, et ce bras exécutera.

Le roi Edouard. — Clarence et Glocester, aimez ma bien-aimée reine, et embrassez votre royal neveu, mes deux frères.

Clarence. — Je scelle sur les lèvres de ce doux enfant la fidélité que je dois à Votre Majesté.

Le roi Edouard. — Merci, noble Clarence, merci, mon digne frère.

Glocester. — Et moi, pour témoigner de l'amour que je porte à l'arbre d'où tu es sorti, je donne à son fruit cet affectueux baiser. {A part.) Pour dire la vérité, c'est ainsi que Judas baisa son maître , et qu'il cria : tout bien soit avec vous! lorsqu'en pensée il disait : tout mal soit avec vous!

Le roi Edouard. — Maintenant je suis assis sur mon trône, comme le désirait mon Ame, en possession de la paix de ma patrie et de l'affection de mes frères.

Clarence. — Qu'est-ce que Votre Grâce veut qu'on fasse de Marguerite? René, son père, a en-

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