ACTE V, SCÈNE VII
démon placé pour tyranniser une vie condamnée sans rémission.
Entre LE BATARD.
Le bâtard. — Oh 1 je suis hors d'haleine de la violence de ma course et de mon désir empressé de voir Votre Majesté.
Le roi Jean. — Oh ! cousin, tu es venu pour fermer mes yeux : le câble de mon cœur est rompu et brûlé, et toutes les voiles par lesquelles ma vie naviguait sont réduites à un fil, à un tout petit cheveu ; mon cœur ne tient plus qu'à une pauvre corde qui ne résistera que juste le temps de te laisser dire les nouvelles que tu apportes, et puis tout ce que tu vois ne sera plus qu'une motte d'argile, la matière de l'ébauche d'un roi détruit.
Le bâtard. — Le Dauphin arrive en toute hâte ici, où Dieu sait comment nous ferons pour lui résister; car en une seule nuit, la meilleure partie de mon armée, comme je me retirais avec l'avantage des armes, a été, sans qu'on pût s'y attendre, dévorée dans les sables par une marée imprévue. (Le roi meurt )
Salisbury. — Vous racontez ces nouvelles de mort à une oreille toute aussi morte. — Mon Seigueur! mon Suzerain ! — Tout à l'heure un roi, maintenant cela.
Lf. prince Henri. — Telle sera ma carrière et telle ma fin. Quelle sécurité y a-t-il dans le monde, quel espoir, quel appui, lorsque nous voyons celui qui était tout à l'heure un roi n'être plus qu'un morceau d'argile?
Le bâtard. — Es-tu donc parti? Je ne resterai derrière toi que pour faire pour toi l'office de vengeur, et puis mon âme ira te servir au ciel, comme elle t'a servi sur la terre. Et maintenant, maintenant, vous astres seigneuriaux qui rentrez dans vos légitimes sphères, où sont vos forces? Allons, montrez que votre retour à la loyauté est sincère et venez immédiatement avec moi chasser hors des portes chancelantes de notre patrie agonisante la ruine et une honte éternelle. Attaquons vile, ou nous allons être attaqués sur le champ; le Dauphin brûle à nos talons.
Salisbuhy. — Il semble alors que vous n'an savez pas autant que nous. Le cardinal Pen-
dolphe, qui se repose ici dans l'intérieur de cet abbaye, est arrivé il y a une demi-heure, et de la part du Dauphin nous a porté des offres de paix que nous pouvons accepter avec honneur et avec avantage ; le Dauphin propose d'abandonner cette guerre.
Le bâtard. — Il l'abandonnera bien plus vite lorsqu'il verra que nous sommes décidés à nous défendre énergiquement.
Salisbury. — Mais c'est déjà fait jusqu'à un certain point, car il a dépêché de nombreux fourgons sur le bord de la mer, et il a remis sa cause et ses querelles à l'arbitrage du cardinal, avec lequel nous partirons ce soir, si vous le jugez convenable, vous-même, moi et les autres Lords pour consommer heureusement celte affaire.
Le bâtard. ■ — Et vous, mon noble prince, vous ainsi que les autres Seigneurs dont l'absence n'est pas nécessaire, vous suivrez les funérailles de votre père.
Le prince Henri. — Son corps doit être enterré à Worcester, car c'est le vœu qu'il a exprimé.
Le bâtard. — Qu'il y soit donc enterré, et puisse votre douce personne soutenir heureusement l'éclat de sa lignée et la gloire du royaume! Devant elle je m'agenouille en toute soumission et je lui fais don pour toujours de mes fidèles services et de mon obéissance.
Salisbury. — Et nous vous offrons de même notre affection qui demeurera à jamais sans tache.
Le prince Henri. — J'ai une âme sensible qui voudrait vous remercier et ne sait comment le faire autrement que par mes larmes.
Le bâtard. — Oh! ne payons au temps que la douleur nécessaire , puisque nous sommes avec lui en avance de chagrins. Cette Angleterre ne fut jamais, et ne sera jamais foulée aux pieds d'un conquérant, à moins qu'elle n'aide d'abord à se blesser elle-même. Maintenant que ses Seigneurs sont rentrés dans leurs foyers, que les quatre coins du monde nous assaillent et nous soutiendrons leur choc : nulle ruine ne peut nous atteindre, si l'Angleterre se reste seulement fidèle à elle-même. (Ils sortent.)
PERSONNAGES DU DRAME
EDMOND DE LANGLEY, duc d'York, j
JEAN DE GAND, duc de Lancastre, j °ndeS d" r<U-
HENRI, surnommé BOLINGBROKE, duc de Hereford, fils
de JEAN DE GAND, par la suite le roi HENRI IV. LE DUC D'AUMERLE, fils du duc d'York.
THOMAS MOWBRAY, duc 'de Norfolk.