‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 34 sur 447 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Le verger de l'abbaye de Svrinstead.

Entrent le prince HENRÎ, SALISBURYe; BIGOT.

Le prince Henri. — Il est trop tard; son sang entier est infeclé;, et son cerveau même , que quelques uns regardent comme la fragile habitation de l'âme, par les vaines réflexions qu'il laisse échapper, fait présager la fin de la vie mortelle.

Entre PEMBROKE.

Pembkoke. — Son Altesse parle encore, et elle est persuadée que si on l'apportait au grand air,

cela apaiserait l'incendie du cruel poison qui la dévore.

Le prince Henri. — Qu'on l'apporte ici, dans le jardin. (Sort Bigot.) Est-il toujours furieux?

Pfmbroke. — Il est plus patient que lorsque vous l'avez laissé; même, tout à l'heure, il chantait.

Le prince Henri. — Oh! vanité de la maladie! Les sensations extrêmes, lorsqu'elles se prolongent, finissent par ne plus être senties. La mort, après avoir fait la conquête des membres extérieurs, les laisse insensibles, et, maintenant, elle dirige son siège contre l'àme qu'elle assaille et blesse de légions innombrables d'étranges fantômes qui, dans leur foule et leur empressement pour ce dernier assaut, se confondent pèle-méle II est étrange que la mort puisse chanter. Hélas! je suis l'oiseau né de ce cygne pale et défaillant qui entonne un hymne lugubre à sa propre mort et qui, de son organe fragile, tire le chant qui beixe pour V.èternel repos son âme et son corps.

Salisbury. — Ayez bon espoir, prince, car vous êtes né pour rétablir l'ordre dans ce chaos qu'il laisse après lui si informe et si barbare.

Rentre BIGOT avec des gens de la suite portant LE ROI JEAN sur un fauteuil.

Le roi Jean. — Oui, parbleu! maintenant mon âme a ses coudées franches; elle n'a pas besoin, pour sortir, de portes ni de fenêtres. Il y a dans ma poitrine un été si chaud que toutes mes entrailles s'émietlent en poussière. Je suis un dessin fait à la plume sur un parchemin et je me raccornis sous l'action de ce feu.

Le prince Henri. — Comment se porte Votre Majesté?

Le roi Jean. — Mal; empoisonné, mort, abandonné, perdu! Nul de vous ne voudra donc ordonner à l'hiver de venir et de mettre ses doigts glacés dans ma gorge, ou faire couler les rivières de mon royaume à travers ma poitrine brûlante, ou commander au nord de baiser de ses vents âpres mes lèvres desséchées afin de me soulager par le froid ; je ne vous demande pas beaucoup, je ne vous demande qu'un froid soulagement et vous êtes assez avares et assez ingrats pour me le refuser.

Le prince Henri. — Oh! s'il y avait dans mes larmes quelque vertu qui pût vous soulager!

Le roi Jean. — Le sel qui est en elles est chaud. J'ai en moi un enfer, et le poison y est comme un

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