ACTE I, SCENE IV
Stanley, s' agenouillant . Une faveur, mon souverain, pour prix de mes : Le roi Edouard. Paix, je t'en prie, mon âme est pleine de douleur. Stanley. Je ne me relèverai que si Votre Altesse m'accorde cette faveur.
(Acte II, se. i.)
Premier meurtrier, — Où est ta conscience, maintenant?
Second meurtrier. — Dans la bourse du duc de Glocester.
Premier meurtrier. — En sorte que lorsqu'il ouvre sa .bourse pour nous donner notre récompense, ta conscience décampe.
Second meurtrier. — Peu importe ; qu'elle s'en aille où elle voudra ; elle ne trouvera pas grand monde, elle ne trouvera même personne pour l'héberger.
Premier meurtrier. — Mais si elle te revient?
Second meurtrier. — Je n'aurai pas affaire à elle, c'est une dangereuse chose, elle fait d'un homme un lâche. In homme ne peut voler sans qu'elle l'accuse ; un homme ne peut jurer sans qu'elle le réprimande ; un homme ne peut coucher avec la femme de son voisin sans qu'elle
le dévoile : c'est un esprit pudibond et rougissant qui se mutine dans le cœur d'un homme. Elle vous accable d'obstacles : elle m'a fait rendre une fois une bourse d'or que j'avais trouvée par hasard ; elle réduit à la mendicité quiconque l'héberge ; elle est chassée de toutes les villes et cités comme une personne dangereuse ; et tout homme qui veut bien vivre, met tous ses efforts à se confier à lui-même et à vivre sans elle.
Premier meurtrier. — Mordieu! elle est tout à l'heure à mon coté qui me persuade de ne pas tuer le duc.
Second meurtrier. — Mets-moi ce diable- là sous clef dans ton âme, et ne le crois pas ; il ne veut s'insinuer en toi que pour t'arracher des soupirs.
Premier meurtrier. — Je suis solidement charpenté, il ne peut me vaincre.
Second meurtrier. — Voilà qui est parlé comme
LE ROI RICHARD III
un brave garçon qui respecte sa réputation. Allons, nous mettons-nous à la besogne?
Premier meurtrier. — Frappe-le sur la caboche avec la poignée de ton épée, et puis jetons-le dans le tonneau de Malvoisie qui est dans la chambre voisine.
Second meurtrier. — Oh! excellente idée! et nous ferons de lui une rôtie.
Premier meurtrier. — Doucement ! il s'éveille. Frapperai-je ?
Second meurtrier. — Frappe !
Premier meurtrier. — Non, nous allons nous expliquer avec lui.
Clarence, s1 éveillant. — Où es-tu, gardien? donne-moi une coupe de vin.
Premier meurtrier. — Vous aurez assez de vin tout à l'heure, Milord.
Clarence. — Au nom de Dieu, qui es-tu?
Premier meurtrier. — Un homme comme vous.
Clarence. — Mais non pas royal comme moi.
Premier meurtrier. — De même que vous n'êtes pas loyal comme nous.
Clarence. — Ta voix est comme un tonnerre, mais tes regards sont humbles.
Premier meurtrier. — C'est que ma voix est à cette heure celle du roi, tandis que mes regards sont à moi.
Clarence. — Comme tes paroles sont obscures, et comme elles sont sinistres! vos yeux me menacent : pourquoi êtes-vous pâles? qui vous a envoyés ici? dans quel but êtes-vous venus ici?
Les deux meurtriers. — Pour, pour, pour....
Clarence. — Pour m' assassiner?
Les deux meurtriers. — Oui, oui.
Clarence, — Vous avez à peine le cœur de me le dire, vous ne pouvez donc avoir le cœur de le faire. En quoi vous ai-je offensés, mes amis?
Premier meurtrier. — Ce n'est pas nous que vous avez offensés, c'est le roi.
Clarence. — Je serai réconcilié avec lui.
Second meurtrier. — Jamais, Milord; en conséquence, préparez-vous à mourir.
Clarence. — Avez-vous donc été choisis entre des milliers d'hommes pour tuer l'innocent? Quelle est mon offense? où est le témoignage qui m'accuse? quel est le jury légal qui a rendu son verdict en face du juge au front sévère? et qui donc a prononcé la cruelle sentence de mort contre le pauvre Clarence? Avant que je sois convaincu de crime par la procédure de la loi, me
menacer de mort est chose très-illégale. Je vous enjoins, sur l'espérance que vous avez d'être rachetés par le sang précieux du Christ répandu pour nos péchés, de partir et de ne pas porter les mains sur moi ; l'acte que vous entreprenez est damnable.
Premier meurtrier. — C'est par ordre que nous faisons ce que nous allons exécuter.
Second meurtrier. — Et celui qui l'a commandé est le roi.
Clarence. — Vassal en proie à l'erreur! le grand Roi des rois t'ordonne, dans la table de sa loi, de ne pas commettre de meurtre; veux-tu donc mépriser son édit pour exécuter celui d'un homme ? Prends garde ; car il tient la vengeance dans sa main, pour la lancer sur les têtes de ceux qui violent sa loi.
Second meurtrier. — Et c'est cette vengeance même qu'il lance sur toi, pour parjure et pour meurlre : tu avais prêté le serment sacré de combattre pour la cause de la maison de Lancastre.
Premier meurtrier. — Et comme un traître au nom de Dieu, tu as violé ce vœu, et de ta lame traîtresse tu as percé les entrailles du fils de ton Souverain.
Second meurtrier. — Que tu avais juré d'aimer et de défendre.
Premier meurtrier. — Comment peux-tu nous rappeler à l'observation de la redoutable loi de Dieu, alors que tu l'as violée à un tel degré?
Clarence. — Hélas! pour qui donc ai-je commis cet acte détestable? c'est pour Edouard, mon frère, c'est pour ses intérêts ; ce n'est pas pour cela qu'il vous envoie m'assassiner, car il est aussi coupable que moi de ce crime. Si Dieu veut se venger de cet acte, sachez bien qu'il peut le faire ouvertement; n'enlevez pas sa vengeance à son bras puissant ; il n'a pas besoin de moyens indirects et illégitimes pour détruire ceux qui l'ont offensé.
Premier meurtrier. — Qui donc t'avait pris alors pour ministre sanguinaire, lorsque le jeune et brave Plantagenet, ce prince adolescent qui grandissait avec tant de vaillance, fut frappé à mort par toi?
Clarence. — L'amour de mon frère, le diable, et ma colère.
Premier meurtrier. — L'amour de ton frère, notre obéissance, et tes crimes, nous amènent ici maintenant pour t' égorger.
Clarence. — Si vous aimez mon frère, ne me