‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 360 sur 447 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Londres. — Un appartement dans le palais.

Entrent LE ROI EDOUARD, malade et soutenu, LA REINE ELISABETH, DORSET, RIVERS, HASTINGS, BUCKllNGHAM, GREY, et autres.

Le roi Edouard. — Eh bien, c'est cela : allons, j'ai bien travaillé aujourd'hui. Vous, pairs, continuez cette ligue d'union; j'attends chaque jour que mon rédempteur m'envoie une ambassade pour me racheter d'ici ; et maintenant mon âme partira plus en paix pour le ciel, puisque j'ai mis la paix entre mes amis sur la terre. Rivers, et vous Hastings, donnez-vous la main; ne conservez pas de haine cachée, jurez-vous affection.

Rivers. —Parle ciel, mon âme est purgée de tout levain de haine, et je scelle avec ma main la sincérité de l'amitié de mon cœur.

Hastings. — Puissé-je avoir autant de bonheur, que je suis sincère en faisant le même serment!

Le roi Edouard. — Prenez garde de ne pas jouer devant votre roi, de crainte que celui qui est le suprême Roi des rois ne confonde votre fausseté cachée, et ne vous détruise l'un par l'autre.

Hastings. — Puissé-je prospérer, autant qu'est parfaite l'amitié que je jure!

Rivers. — Et moi, autant qu'il est vrai que j'aime Hastings de tout mon cœur!

Le roi Edouard. — Madame, vous n'êtes pas exemptée de cette réconciliation, ni vous, mon fils Dorset, ni vous, Buck'mgham; vous avez tous comploté les uns contre les aulres. Femme, aimez Lord Hastings, donnez-lui votre main à baiser, et ce que vous faites, faites-le sans feinte aucune.

La reine Elisabeth. — La voici, Hastings; je ne veux plus me rappeler notre ancienne haine; je le jure par mon bonheur et celui des miens !

Le roi Edouard. — Dorset , embrassez-le ; Hastings, aimez le Lord marquis.

Dorset. — Je jure que de mon côté ce pacte d'amitié sera inviolable.

Hastings. — Je le jure aussi. {Il embrasse Dorset.)

Le roi Edouard. — Maintenant, royal Buckingham, scelle cette réconciliation en embrassant les alliés de ma femme ; rendez-moi heureux par votre cordiale entente.

Buckingham, à la reine. — S'il arrive à Buckinghain de tourner sa haine contre Votre Grâce, s'il lui arrive de ne pas aimer votre personne et celles des vôtres en toute loyale affection, que Dieu m'en punisse parla haine de ceux dont j'attendrai le plus d'amour! Lorsque j'aurai le plus besoin d'employer un ami, et quand je serai le plus assuré qu'il m'est ami, puisse-t-il se montrer faux, pervers, traître, et plein de fourberie! Voilà ce que je demande au ciel pour moi, lorsque mon amour pour vous et les vôtres se refroidira. (// embrasse Rivers et les autres.)

Le roi Edouard. — Ton serment est pour mon cœur malade un agréable cordial , royal Buckingham. Il ne manque maintenant que notre frère Glocester pour achever cette bienheureuse réconciliation.

Buckingham. — Et voici le noble duc qui vient tout juste à point.

Entre GLOCESTER.

Glocester. - — Bonjour à mon Souverain roi et à la reine ; et vous, princes et pairs, que cette heure vous soit heureuse!

Le roi Edouard. — Heureuse comme nous l'ont été les heures précédentes de ce jour-ci, en vérité. Glocester, nous avons accompli des actes de charité; nous avons changé la guerre en paix, et la haine en loyale affection, entre ces pairs qui ne cessaient de se poursuivre d'une colère toujours croissante.

Glocester. — Un heureux travail, mon trèssouverain Seigneur. Parmi cette piincière assemblée, si quelqu'un, par suite de faux rapports, ou de suppositions erronées, me tient pour ennemi ; si follement, ou par colère, j'ai commis quelque chose qui ne puisse être supporté

La Reine Elisabeth. Oh ! qui pourrait m'empêclier de gémir et de pleurer, de gronder ma fortune, et de me torturer moi-même? (Acte IF, se. n.)

LE ROI RICHARD III

par tel ou tel ici présent, je désire me réconcilier et faire avec lui pacte d'amitié. C'est la mort pour moi que d'être en inimitié avec quelqu'un; je hais cela, et je désire l'affection de tous les honnêtes gens. De vous d'abord, Madame, je sollicite une paix sincère que j'achèterai par mes loyaux services; — je vous demande la paix à vous, mon noble cousin Buckingham, si jamais quelque mésintelligence s'est glissée entre nous deux; — je vous la demande à vous, Lord Rivers, et à vous, Dorset, qui si souvent avez jeté sur moi des regards de colère que je ne méritais pas ; — je vous la demande à vous, Lord Woodville, et à vous, Lord Scales, — et à vous tous vraiment, ducs, comtes, Lords, gentilshommes. Je ne connais pas d'Anglais vivant pour lequel mon âme ait plus de haine que n'en a l'enfant qui est né la nuit dernière : je remercie mon Dieu pour mon humilité.

La reine Elisabeth. — Ce jour-ci sera désormais pour nous tous un jour de fête dans l'avenir : ô que je voudrais que Dieu consentit à mettre fin à toutes les querelles! Mon souverain Seigneur, je supplie Votre Altesse de reprendre en laveur notre frère Clarence.

Glocester — Comment, Madame, vous ai-je donc offert mon amitié pour être ainsi raillé en cette royale présence ? Qui ne sait pas que le noble duc est mort? {Tous tressaillent.) Vous lui faites outrage en vous moquant de son cadavre.

Le roi Edouard . — Qui ne sait pas qu'il est mort! et qui sait donc qu'il l'est?

La reine Elisabeth. — O ciel qui vois tout, quel monde est-ce là!

Buckinguam. — Est-ce que j'ai le visage aussi pâle que les autres, Lord Dorset?

Dorsët. — Oui, mon bon Lord, et il n'est personne en cette assemblée dont les joues n'aient perdu leur rougeur.

Le boi Edouard. — Clarence est-il mort? l'ordre avait été révoqué.

Glocester. — Oui, mais lui, le pauvre homme, est mort de votre premier ordre, et celui là fut porté par un Mercure ailé, tandis que le contreordre a été porté par quelque cul-de-jatte qui a marché trop lentement pour le voir enterrer. Dieu fasse que certains qui sont moins nobles et moins loyaux, moins proches par le sang quoique plus proches des pensées du sang, et qui échappent encore au soupçon, ne méritent pas mieux le châtiment que ne le méritait |e malheureux Clarence 1

Entre STANLEY.

Stanley, s' agenouillant. — Une faveur, mon souverain, pour prix de mes services !

Le roi Edouard. — Paix, je t'en prie, mon âme est pleine de douleur.

Stanley. — Je ne me relèverai que si Votre Altesse m'accorde cette faveur.

Le roi Edouard. — Alors dis tout de suite ce que tu demandes.

Stanley. — Grâce, mon Souverain, pour la vie d'un de mes serviteurs qui a tué aujourd'hui un gentilhomme querelleur, qui faisait récemment partie de la maison du duc de Norfolk.

Le roi Edouard. — Quoi, j'aurais une langue pour condamner mon frère à mort, et cette langue accorderait le pardon à un manant ? Mon frère n'avait tué personne, sa faute était toute en pensée, et cependant sa punition a été la cruelle mort. Qui m'a supplié pour lui ? Qui, lors de ma colère, s'est agenouillé à mes pieds et m'a rappelé à la réflexion? Qui m'a parlé de la fraternité du sang? Qui m'a parlé de l'amour fraternel ? Qui m'a rappelé comment le pauvre être avait déserté le puissant Warwick et combattu pour moi? Qui m'a rappelé que sur le champ de bataille de Tewkesbury, alors qu'Oxford me tenait sous lui, il me délivra, et me dit : « Cher frère, vis, et sois roi? » Qui m'a rappelé que lorsque nous couchions tous deux en pleine campagne , presque gelés à mort, il m'enveloppait dans ses propres vêtements, et exposait sa personne légèrement vêtue à la nuit glaciale? La brutale colère avait arraché criminellement de mon souvenir tous ces services, et pas un seul de vous n'eut la bonne pensée de me les remettre en mémoire. Mais lorsque vos cochers ou vos valets de chambre ont commis un meurtre dans l'ivresse, et détruit la précieuse image de notre cher rédempteur, vous tombez aussitôt à genoux en criant pardon, pardon! et moi il faut que j'aie l'injustice de vous l'accorder : mais pour mon frère , personne n'a voulu parler, et moi-même, ingrat que je suis, je ne me suis pas parlé pour lui, la pauvre âme ! Les plus fiers de vous tous lui ont été redevables de bienfaits durant sa vie, et cependant aucun de vous n'a voulu parler pour sa vie. O Dieu, je crains que ta justice ne s'appesantisse pour ce malheur sur moi et sur vous, sur les miens et les vôtres 1 Venez, Hastings, aidez -moi à rejoindre ma chambre. Ah ! pauvre Clarence ! (Sor-

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