ACTE IV, SCÈNE I
La reine Marguerite, s'i
plus respe table, accordez au mien le béuéfice de la pr (Acte IV, se. iv.)
dit, véritable berceau de mort ! tu as pondu au monde un basilic dont l'ail est meurtrier pour celui qui ne peut l'éviter.
Stanley. — Venez, Madame, venez, on m'a envoyé vous chercher en toute hâte.
Anne. — Et moi, j'y vais en toute répugnance. Oh ! plût à Dieu que le cercle de métal d'or qui doit entourer mon front fût de l'acier chauffé à blanc qui me brûlât jusqu'au cerveau! Plaise à à Dieu que je sois ointe avec un poison mortel, et que je meure avant que les hommes puissent crier : Dieu sauve la reine !
La reine Elisareth. — Hélas ! pauvre âme, je n'envie pas ta gloire ; pour complaire à ma tristesse, je ne désire pas te voir malheureuse.
Anne. — Non! et pourquoi pas? Quand celui qui est maintenant mon époux, m'aborda comme je suivais le cercueil de Henri, alors que
ses mains étaient à peine lavées du sang de cet ange, mon premier époux, et de celui de ce saint dont je suivais en pleurant le convoi, voici quel fut mon souhait, en regardant Richard en face : « Sois maudit, lui dis-je, pour m'avoir faite, moi si jeune, une si vieille veuve; lorsque tu te marieras, que le chagrin hante ton lit, et que ton épouse (s'il est une femme assez folle pour t'épouser) soit aussi misérable par ta vie, que tu m'as faite misérable par la mort de mon cher Seigneur! » Las ! avant que j'eusse pu répéter cette malédiction, oui, en aussi peu de temps que cela, mon cœur de femme fut grossièrement captivé par ses paroles de miel, et je tombai sous le coup de la propre malédiction de mon àme, malédiction qui depuis a refusé le repos à mes yeux ; car dans son lit, jamais la bienfaisante rosée du sommeil n'a pu tomber une heure sur moi,
LE ROI RICHARD III
sans que les rêves effrayants qui le tourmentent ne m'aient réveillée. D'ailleurs, il me hait à cause de mon père Warwick, et sans doute sous peu il se débarrassera de moi ,
La reine Elisabeth. — Hélas ! pauvre âme ! je compatis à tes plaintes.
Anne. — Pas plus que je ne compatis aux vôtres du plus profond de mon âme.
La beine Elisabeth. — Adieu, malheureuse qui vas souhaiter la bienvenue à la gloire 1
Anne. — Adieu, pauvre âme qui prends congé d'elle !
La duchesse d'York, a Dorset. — Rends-toi auprès de Richmond, et que la bonne fortune te conduise! {A Anne.) Toi, rends-toi auprès de Richard, et que les bons anges t'accompagnent ! {A la reine Elisabeth.') Toi, rends-toi au sanctuaire, et que les bonnes pensées te tiennent compagnie ! Moi, je vais me rendre à ma tombe, où puissent la paix et le repos se coucher avec moi. J'ai connu quatre-vingts années d'étonnants chagrins, et j'ai vu chacune de mes heures de joie faire naufrage dans une semaine de douleurs. .
La heine Elisabeth. — Arrêtez encore; jetez avec moi un dernier regard sur la Tour. Vieilles pierres, ayez pitié de ces tendres enfantelets que l'envie a renfermés entre vos murailles! Dur berceau pour de si petits et de si gentils êtres, rude et brutale nourrice, toi qui pour de jeunes princes es une compagne si vieille et si morose, traite bien mes enfants ! c'est ainsi que le chagrin affolé dit adieu'à tes vieilles pierres. (Ils sortent.)