SCÈNE II
Une plaine pies de Tamworth.
Entrent, avec tambours et drapeaux, BICH- MOND, OXFORD, SIR JAMES BLUNT, SIR WALTF.R HERBERT et autres, et leurs troupes, en marche.
Ricumond. — Compagnons d'armes et très-affectionnés amis broyés sous le joug de la tyrannie, c'est ainsi que sans obstacle nous avons marché jusqu'au cœur du pays ; et ici nous recevons de notre beau père Stanley quelques lignes pleines de bel espoir et d'encouragement. Le sanglier usurpateur, scélérat et sanguinaire, qui a ravagé vos moissons d'été et vos vignes fertiles, qui fait son auge dans vos entrailles ouvertes et boit votre sang chaud comme de l'eau de vaisselle, cet immonde pourceau est maintenant dans le centre de celte île, près de la ville de Leicester, à ce que nous apprenons. De Tamworth à Leicester il n'y a qu'un jour de marche. Au nom du ciel, allons en avant avec joie, mes courageux amis, pour récolter la moisson de la paix perpétuelle, par celle unique sanglante épreuve de la guerre cruelle!
Oxford. — La conscience de tout homme vaut mille épées pour combattre contre ce sanglant homicide.
Herbert. — Je ne doute pas que ses amis ne se tournent de notre coté.
Blunt. — Il n'a d'autres amis que ceux que lui donne la crainte, et ceux-là, dans son plus pressant péril, s'enfuiront près de nous.
Richmoxd. — Tout cela est à notre avantage. Ainsi, marchons, au nom du ciel : l'espérance légitime est rapide et vole avec les ailes de l'hirondelle ; l'espérance fait des rois des dieux, et des hommes de basse sorte des rois. (Ils sortent.)
SCÈLNE III.
Le champ de Boswortli.
Entrent LE ROI RICHARD et ses forces, LE DUC DE NOBFOLK, LE COMTE DE SUBREY, et
autres.
Le roi Richard. — Dressons nos tentes ici même, dans ce champ de Bosworth. Milord de Surrey, pourquoi avez- vous l'air si triste?
Slrrey. — Mon cœur est dix fois plus joyeux que mon visage.
Le roi Richard. — Milord de Norfolk !
Norfolk. — Me voici, très-gr,.cieux Suzerain.
Le roi Richard. — Norfolk, nous allons avoir des coups, eh, n'est-ce pas ?
Norfolk. — Nous allons à la fois en donner et en recevoir, mon très-affectionné Seigneur.
Le roi Richard. — Allons, dressez ma tente ! je dormirai ici celte nuit. (Les soldats dressent la tente du roi.) Mais où dormirai-je demain ? Bah ! peu importe ! Quelqu'un a-t-il compté le nombre des traîtres?
Norfolk. — Six ou sept mille hommes composent le plus haut chilfre de leurs forces.
Le roi Richard. — Eh bien, notre armée est trois fois plus forle : en outre, le nom de roi est une tour fortifiée qui manque à la faction adverse. — Dressez ma tente ici! — Venez, nobles gentilshommes : allons reconnaître les avantages du terrain ; appelez quelques hommes de solide expérience : ne négligeons aucune mesure, ne faisons aucun retard; car, demain, Milords, sera une chaude journée. (Ils sortent.)
Entrent de l'autre côté de la plaine, RICHMOND, SIR WILLIAM BRANDON, OXFORD, et autres Lords. Quelques soldats dressent la tente de
RlCH.UOND.
Richmond. — Le soleil fatigué s'est couché
LE ROI RICHARD III
dans l'or, et par les traces brillantes de son char enflammé, nous donne présage d'une belle journée pour demain. Sir William Brandon, vous porterez mon étendard. — Placez sous ma tente de l'encre et du papier. Je m'en vais dresser le plan et les dispositions de notre combat , assigner sa charge à chaque chef, et diviser en justes fractions notre petite armée. Milord d'Oxford, — vous, Sir William Brandon, — et vous, Sir Walter Herbert, restez avec moi. Le comte de Pembroke est resté avec son régiment : mon bon capitaine Blunt, portez au comte mes souhaits de bonne nuit , et priez-le de venir sous ma tente à la deuxième heure du matin. Faites encore pour moi une autre chose, mon bon capitaine : où Lord Stanley a-t-il établi ses quartiers, savez-vous?
Blunt. — A moins que je ne me sois beaucoup mépris sur ses couleurs, et je suis bien sûr que je ne l'ai pas fait, son régiment se trouve à un demi-mille au moins, au sud de la puissante armée du roi.
Richmond. — Si cela est possible sans péril, mon aimable Blunt, trouve quelque bon moyen de lui parler, et remets-lui de ma part ce billet très -pressé.
Blunt. — Sur ma vie, Milord, je vais essayer, et maintenant Dieu vous donne un bon repos cette nuit !
Richmond. — Bonne nuit, mon bon capitaine Blunt. Venez, gentilshommes; allons tenir conseil sur nos affaires de demain : entrons dans ma tente; l'air est perçant et froid. {Ils se retirent sous la tente.')
Entre sous sa tente LE ROI RICHARD, avec NORFOLK, RATCLIFF et CATESBY.
Le roi Richard. — Quelle heure est-il ?
Catesby. — L'heure du souper, Monseigneur ; il est neuf heures.
Le roi Richard. — Je ne souperai pas ce soir. Donnez-moi de l'encre et du papier. Eh bien, ma visière est-elle plus aisée à mettre qu'elle ne l'était, et toutes les pièces de mon armure sont-elles sous ma tente?
Catesby. — Oui, mon Suzerain, et toutes choses sont prêtes.
Le roi Richard. — Mon bon Norfolk, rendstoi à ton poste; fais soigneuse garde, choisis des sentinelles sûres.
Norfolk. — J'y vais, Monseigneur.
Le roi Richard. — Sois levé demain avec l'alouette, gentil Norfolk.
Norfolk. — Je vous le promets, Monseigneur. (Il sort.)
Le roi Richard. — Ratcliff!
Ratcliff. — Monseigneur?
Le roi Richard. — Envoie un poursuivant d'armes au régiment de Stanley ; ordonne-lui de conduire ici ses forces avant le lever du soleil , s'il ne veut pas que son fils Georges tombe dans la cave obscure de la nuit éternelle. — Remplissez-moi une coupe de vin. — Donnez-moi un sablier.— Qu'on selle le cheval blanc Surrey, pour le combat de demain. Prenez soin que les manches de mes lances soient solides et ne soient pas trop pesants. Ratcliff
Ratcliff. — Monseigneur ?
Le roi Richard. — As-tu vu le mélancolique Lord Northumberland?
Ratcliff. — Thomas, comte de Surrey, et lui, environ vers l'heure d'entre chien et loup, parcouraient l'armée de régiment en régiment, en encourageant les soldats.
Le roi Richard. — Bon, je suis satisfait. Donne moi une coupe de vin. Je ne me sens pas cette vivacité d'esprit, ni celte gaieté d'âme qui m'étaient habituelles. - Pose cela ici. — L'encre et le papier sont-ils prêts ?
Ratcliff. — Oui, Monseigneur.
Le roi Richard. — Commande à ma garde de veiller soigneusement; laisse-moi. Ratcliff, viens sous ma tente vers le milieu de la nuit, pour m'aidera m'armer. Laisse-moi, dis-je. {Sortent Ratcliff et Catesby. Le roi Richard se retire sous sa tente.)
La tente de RICHMOND s'ouvre et le montre entouré de ses officiers. Entre STANLEY.
Stanley. — Que la fortune et la victoire s'abattent sur ton heaume !
Richmond. — Que tout le soulagement que peut donner la sombre nuit soit ton lot, mon noble beau -père! Dis -moi, comment se porte notre affectionnée mère?'
Stanley. — Je suis chargé de tenir, pour te bénir, la place de ta mère qui prie continuellement pour le bonheur de Richmond. Mais assez là-dessus. Les heures du silence commencent à toucher à leur ternie, et les ténèbres éclaircies se dissipent à l'Orient. Bref, — car c'est le conseil d'être brefs que nous donne la situation présente, — prépare ta