SCÈNE II
Londres. — Une antichambre dans le palais.
Entre LE LORD CHAMBELLAN, lisant une lettre.
Le Lord Chambellan, lisant. — « Milord, j'avais, avec tout le soin possible, veillé à ce que les chevaux qu'avait fait demander Votre Seigneurie, fussent bien choisis, bien équipés et bien montés. Us étaient jeunes, bien faits et de la meilleure race du Nord. Au moment où ils étaient prêts à partir pour Londres, un homme de Milord le cardinal, muni d'une commission et d'un plein pouvoir, me les a enlevés, en me donnant cette raison, que si son maître ne devait pas être servi avant le roi, il devait être servi avant un sujet, ce qui nous a fermé la bouche, Milord. » Je crains que ce ne soit en effet ce qu'il veut; bon, qu'il les prenne : il prendra tout, je crois.
Entrent LES DUCS DE NORFOLK et DE SUFFOLK.
Norfolk. — Heureusement rencontré, Milord chambellan.
Le Lord Chambellan. — ■ Bonjour à vos deux Grâces.
Suffolk. — Que fait le roi?
Le Lord Chambellan. — Je l'ai laissé seul, plein de troubles et de tristes pensées.
Norfolk. — Quelle en est la cause?
Le Lord Chambellan. — Il semble que son mariage avec la femme de son frère a hanté de trop près sa conscience.
Suffolk. — Non, c'est sa conscience qui a hanté de trop près une autre Dame.
Norfolk. — C'est cela même ; c'est le fait du cardinal, du cardinal roi : ce prêtre aveugle, pareil au fils aîné de la Fortune, tourne la roue des choses comme il lui plaît. Le roi le connaîtra un jour.
LE ROI Ï1ENRI VIII
Suffolk. — Prions Dieu qu'il le connaisse ! sans cela, lui-même ne se connaîtra jamais.
Norfolk. — Comme il agit pieusement dans toutes ses affaires ! et avec quel zèle ! Voilà que maintenant il a rompu l'alliance entre nous et l'empereur, le grand neveu de la reine ; il fouille dans l'âme du roi, et il en tire doutes, alarmes, tortures de conscience, craintes, désespoirs , et tout cela au sujet de son mariage, et puis pour rendre le roi à la sérénité, il conseille un divorce ; il lui conseille l'abandon de celle qui a été pendue pendant vingt ans à son cou comme un joyau , et qui cependant n'a jamais perdu son lustre, de celle qui l'aime avec cette affection parfaite que les anges ont pour les hommes vertueux, de celle qui bénira encore le roi, lorsque le coup le plus dur de la fortune tombera sur elle : n'est-ce pas là une conduite pieuse ?
Le Lord Chambellan. — Le ciel me garde d'un pareil conseiller! Ce n'est que trop vrai; ces nouvelles sont répandues partout ; toute bouche les raconte, et tout cœur loyal en gémit : tous ceux qui osent regarder dans ces affaires, en voient le vrai but, la sœur du roi de France. Le ciel ouvrira un jour les yeux du roi qui sont si longtemps restés fermés à l'endroit de cet effronté méchant homme.
Suffolk. — Et il nous délivrera de son esclavage.
Norfolk. — Nous avons grandement besoin de prier de tout cœur pour notre délivrance, ou bien cet homme impérieux nous réduira tous de de la condition de princes à celle de pages : toutes nos dignités à tous sont là en tas devant lui, et ce tas il peut le faire monter aussi haut qu'il lui plaît.
Suffolk. — Pour moi, Milords, je ne l'aime, ni ne le crains, voilà mon credo. Comme j'ai été fait sans lui, je me tiendrai debout, s'il plaît au roi; ses bénédiclions et ses malédictions me touchent également, ce sont des souffles de vent auquel je ne crois pas. Je le connaissais autrefois et je le connais maintenant; aussi, je le laisse à celui qui lui a donné cet orgueil, le pape.
Norfolk. — Entrons, et au moyen de quelque autre affaire, tirons le roi de ces tristes pensées qui pèsent trop sur lui : Milord, voulez-vous nous tenir compagnie ?
Le Lord Chambellan. — Excusez-moi; le roi m'a envoyé autre part : en outre, vous verrez que
c'est un moment mal choisi pour l'interrompre. Bonne santé à Vos Seigneuries.
Norfolk. — Merci, mon bon Lord chambellan.
Sort LE LORD CHAMBELLAN. NORFOLK, ouvre une portière, et on aperçoit LE ROI assis cl lisant d'un air pensif '.
Suffolk. — Comme il a l'air triste ! à coup sûr il est très-affligé.
Le roi Hexui. — Qui est là. eh ?
Norfolk — Prions Dieu qu'il ne soit pas en colère.
Le roi Henri. — Qui est là, dis-je? Comment osez-vous vous jeter au travers de mes méditations particulières? Qui suis-je donc, par hasard?
Norfolk. — Un gracieux roi qui pardonne toutes les offenses commises sans mauvai-e intention : l'infraction que nous avons faite à notre respect a pour cause les affaires de l'Etat, affaires qui nous amènent pour connaître votre royal plaisir.
Le roi Henri. — Vous êtes trop hardis: allez, je vous apprendrai à mieux connaître votre temps : est-ce l'heure des affaires temporelles, hein ?
Entrent WOLSEY et CAMPEIUS.
Le roi Henri. — ' Qui est là? mon bon Lord Cardinal ? O mon Wolsey , toi qui apaises ma conscience blessée , tu es un médecin vraiment digne d'un roi. (A Campcius .) Vous êtes le bienvenu dans notre royaume, très-révérend et trèsérudit Messire : disposez de lui et de nous. {A (Valser.) Mon bon Lord , ayez grand soin que je ne passe pas pour un bavard.
Wolsey. — Sire, cela ne se peut. Je désirerais que Votre Grâce consentit à nous entretenir en particulier, seulement une heure.
Le roi Henri, à Norfolk et à Suffolk. — Nous sommes occupés; allez.
Norfolk, à part à Suffolk. — Ce prêtre n'a pas du tout d'orgueil !
Suffolk, à part à Norfolk. — Ce n'est pas la peine d'en parler. Je ne voudrais pas en avoir autant pour la place qu'il occupe : mais cela ne peut continuer.
Norfolk, à part à Suffolk. — Si cela continue, je me déciderai à lui porter une botte.
Suffolk, h part à Norfolk. — Et moi une autre. {Sortent Norfolk et Suffolk.)
Wolsey. — Votre Grâce a donné un exemple de sagesse, au-dessus de tous ceux qui ont été
radis de l'Alighieri. L'œuvre est complète. La critique peut s'exercer sur un tout
Résumons donc, au point de vue de l'art, nos idées et nos impressions. Comme typographie, le Purgatoire et le Paradis sont dignes de l'Enfer, leur aîné.
Quant au dessin, Gustave Doré est en quelque sorte supérieur à lui-même. Des obscurités de l'Enfer, le dessinateur est passé au clair-obscur du Purgatoire, puis aux splendeurs lumineuses du Paradis. Ascension graduée vers la lumière. Du gouffre au rayonnement d'en haut. Les planches du Purgatoire présentent toutes cette teinte crépusculaire que marquent les premières tentatives, l'essor hors de l'ombre. Les hautes montagnes, les crevasses, les gouffres ne se perdent plus dans la nuit, ou bien ne sont plus éclairés seulement par les rouges reflets du feu infernal. C'est un rayon d'en haut qui colore ces cimes abruptes, c'est une lueur lunaire, c'est la réverbération d'un soleil prochain.
Même progrès dans l'attitude des personnages : ce ne sont plus les damnes sans espoir. Les victimes du Purgatoire souffrent encore, mais dans la torsion de leurs membres, dans les convulsions de là douleur, il n'y a plus cette effroyable négation de l'avenir, cette désespérance si bien rendue dans l'Enfer et qui se comprend mieux encore en feuilletant le Purgatoire. On devine des éclaircies dans les âmes comme dans les choses. L'aurore est partout.
Sur l'effroyable tableau des Orgueils vaincus, sur Briarée dont le glaive a transpercé la poitrine, sur Nemrod affolé, sur Arachné o déjà à demi araignée, » tombe un rayon de pâle soleil. Autour des envieux, dont les paupières sont cousues par des fils de fer, règne la lueur promise: ils sont immobiles, mais à la faconde ceux qui attendent. Car si les damnés n'ont que le présent immuable et se renouvelant sans cesse, ceux-là se souviennent du passé et songent à l'avenir. L'avenir, c'est le rayon que le dessinateur poète a jeté sur ses compositions.
Dans les planches du Paradis, la lumière brille, éclate, flamboie. C'est un tourbillon de clarté, une explosion de splendeurs.
a Je vis bien plus de mille splendeurs qui accouraient vers nous, » dit le poète.
De la première à la dernière composition du Paradis, c'est une habile gradation. Des ombres indécises de la nuit sort l'Aurore, pâle d'abord, puis blanchâtre, puis pure et nette, puis le soleil fulgurant et étincelant, l'infinie lumière. Tout corps rayonne, toute chose éclaire. Béatrice s'abîme dans l'éternel foyer, et à sa suite Dante. Le Christ flamboie sur la croix, et le poète ne trouve pas de comparaison pour la décrire. Dante s'abîme devant cet embrasement de charité. L'espace blanc s'étend au-delà des regards, et des formes transparentes le traversent sans que leurs ailes ne s'agitent. C'est un glissement de silhouettes incorporelles, un tournoiement de cercles a étincelant comme le fer qui sort bouillant du feu. »
Admirable est la planche du chant XXXI, soleil resplendissant dont les rayons sont des anges.
Au résumé, admirable est l'œuvre entière du dessinateur , science de crayon, maniement de lumière, oppositions habiles, absence de monotonie, tout est réuni dans cette œuvre qui, au point de vue purement esthétique, est magistrale.
(Gaulois du i3 décembre 1868. — Jules Lermina.)
En tête de ces beaux livres est le second volume fie Dante, illustré par Gustave Doré. Il contient le Purgatoire et le Paradis, et complète ainsi la Divine Comédie. Dans les planches du Purgatoire on retrouve le fougueux et dramatique dessinateur de l'Enfer, avec sa science des grands effets, ses procédés originaux, son art de dompter le bois pour lui faire exprimer tour à tour ou les plus délicieux effets de lumière : rayons de lune argentantle fond des bois, aurores brillant à travers un brouillard diamanté, crépuscules sereins s'endormant sur des eaux profondes : ou les plus formidables horreurs : perspectives creusées dans d'infinies ténèbres, lueurs sinistres rampant aux flancs de rocs décharnés, vagues et muettes solitudes hantées par des fantômes terrifiants. Le Paradis offrait des difficultés inouïes d'interprétation. Qu'on ne s'y trompe pas en effet , le poème du Florentin est une œuvre théologique et scolastique peuplée d'abstractions et d'entités; l'ample manteau de la poésie y recouvre les eccéités et les quiddités du docteur subtil. Un artiste vulgaire aurait pris le parti de matérialiser ces visions, de faire de Béatrice une belle madone et de ces innombrables dignitaires des hiérarchies célestes des anges bien mis et bien corrects, cravatés d'ailes, coiffés de nimbes et irréprochables dans leur dandysme paradisiaque. L'imagerie religieuse moderne n'a pas dautres procédés. M. Doré a audacieusemerit voulu conserver aux scènes et aux personnages de Dante leur transcendante mysticité. Il a essayé d'enfermer l'impalpable dans des contours visibles et de projeter, sur un fond de nuages, le rayonnement des phalanges de Jéhovah. C'est beaucoup d'y avoir réussi quelquefois et de n'avoir pas toujours été vaincu dans cette excursion Hors des voies du possible. Les plus riches bibliothèques pourront donc posséder, complète et revêtue de toutes les splendeurs de l'illustration et de la typographie, la - trilogie du poète qui résume le moyen âge.
(Tribune du i3 décembre 1868. — L. Asseline.)
En nous donnant , il y a cinq ans, l'Enfer , M. Gustave Doré avait pris un engagement que les applaudissements par lesquels ce début fut accueilli lui taisaient un devoir de tenir, celui de commenter de la même façon les deux autres parties de la trilogie dantesque. Cet engagement, l'intrépide artiste s'en est acquitté plus tôt qu'on n'eût pu l'espérer, malgré les miracles de rapidité
auxquels nous a habitués son crayon : le Purgatoire et le Paradis viennent, en effet, de paraître.
Cette grande entreprise de l'illustration de Dante ne serait pas ce que nous aimons à la proclamer, une grande œuvre, qu'elle mériterait les applaudissements de tous les esprits élevés, rien que par la pensée qui l'a inspirée. N'est-ce pas, en effet, par ce temps de matérialisme grossier où le sensualisme déborde dans Iart, quelque chose de bien remarquable et de bien digne d'éloge, que cet effort d'un jeune et vigoureux talent autour du p.us spintuahste des poètes ! Aimer Dante est déjà un mérite; au est-ce donc que chercher à le faire comprendre et goûter? Lors même que M: Gustave Doré n'y eût point réussi, il faudrait lui savoir gré de l'avoir si résolument tenté. Mais nous n'en sommes pas réduits, avec lui, à louer l'intention : ses dessins de 1 Enfer ont conquis tous les suffrages, et nous ne croyons pas que ceux du Purgatoire en obtiennent moins. Ils ne leur sont point inférieurs, en effet ; peut-être même leur sont-ils supérieurs au point de vue du sentiment chrétien. Du moins est-il certain que le sujet était d'une nature plus difficile. Les souffrances de cette région intermédiaire n'ont pas le caractère irrévocable, et partant terrible, de l'autre ;"les individus condamnés à séjourner pour un temps plus ou moins long dans ce pénitencier des âmes, n'ont pas la physionomie titanesque des réprouvés du Tartare chrétien. L'élément pittoresque, dans le Purgatoire, est donc moindre que dans l'Enfer, ou plutôt est moins facile à saisir. Quelle différence, en effet, entre la douleur qui espère et celle qui n'attend pas d'adoucissement! M. Gustave Doré a bien compris cette nuance et l'a bien rendue. Dans l'Enfer , ses figures étaient sinistres, elles ne sont que mélancoliques dans le Purgatoire; là l'atmosphère était écrasante, ici elle n'est que lourde. Le poids que la haine centuplait là-bas, l'amour ici l'allège.
Il ne nous appartient pas d'apprécier ce travail d'artiste -au point de vue particulier de l'art, de louer ou de critiquer ce qui est l'affaire du crayon ; notre compétence ne s'étend pas sur ce terrain. Nous ne croyons point toutefois nous compromettre en proclamant que, tout inégal qu'il peut paraître dans cette illustration de Dante, jamais M. Gustave Doré n'a donné de preuve plus grande de son talent. Quant à l'exécution de ce second volume, elle ne pouvait naturellement pas rester au-dessous du premier, dont nous avons dit ici — et il n'y a que justice à le répéter — que c'est l'un des plus beaux spécimens de l'art typographique de notre temps.
(Correspondant du 25 décembre 1868. — P. Douhaire.)
Après dix ans d'études et de travaux, parfois interrompus, jamais quittés, Gustave Doré a pu mettre la deuxième main à cette grandiose illustration de Dante, qui restera comme son plus beau et son plus durable monument.
Tout le monde connaît le I" volume consacré à l'Enfer. On sait ce que l'artiste-poète. y dépensa, de fougue, de véhémence,, d'âpreté, d'énergie. Il y a des pages où cette main si habile semble s'être mise au service' d'un cerveau visionnaire. Au milieu de ces tortures éternelles, si ingénieusement diversifiées, l'esprit subit parfois une sorte d'hallucination. On se croit enfermé soimême dans les cercles inextricables, si-bien décrits par le chantre infernal. .
. Une impression plus heureuse nous attend, et doucement nous envahit, à mesure que nous tournons les feuillets du nouveau et splendide volume, consacré au Purgatoire et au Paradis.
Le crayon de Doré est coloriste comme un pinceau; il se joue dans la lumière; il éclate, il rayonne, il flamboie. Et voyez par quelles gradations habiles, presque insensibles, à force d'être ménagées, nous allons de la première page, où une aube encore pâle se lève sur les patients du Purgatoire, jusqu'à cette finale apothéose qui nous montre les -él-us,- perdus,- éblouis- dans -lesbéatitudes de la lumière éternelle.
. A .quelle, distance, sommes-nous ici des .vieux, maîtres de la gravure sur bois.' Eile est vraiment incommensurable. Ce sont d'autres procédés, ou, pour mieux dire, c'est un autre monde. La personnalité du graveur s'efface, ou, pour, mieux dire, disparaît devant celle du dessinateur. Le caractère, le trait, le nerf, le style, pour tout dire en un mot, de l'ancienne gravure sur bois n'existent plus. On remplace tout cela par la puissance, la fidélité et la profusion des effets pittoresques, et les vieux maîtres, s'ils revenaient au jour, seraient encore plus étonnés que nous de tout ce qu'on leur ferait voir.
(Nain Jaune. — Louis Enault.)
On sait la fortune qu'obtint le premier volume de ce Dante. \JEnfer a été signalé comme l'œuvre la plus énergique, la plus curieuse, la plus poétique du dessinateur déjà fameux. Le second volume, qui vient de paraître et' qui nous donne le Purgatoire et le Paradis, a toutes les qualités et les ressources si variées qui s'accusaient dans l'Enfer. La diversité des moyens est même plus grande ici, car à côté des planches où se marquent les traits durs et les scènes violentes, nous avons bon nombre de scènes délicates, de tableaux charmants, où sont répandues les teintes vaporeuses du Paradis.
Nous n'entrons pas dans le détail de ces dessins d'une ligne si ferme et d'un relief si coloré. Transcrire à la plume ces gravures sur bois, ce serait une tâché laborieuse, et que nous ne pourrions jamais remplir convenablement. Nous nous bornons à dire' à tous ceux qui aiment les grandes pensées traduites avec grandeur : M. Gustave Doré n'est pas de ces traducteurs qui trahis-
sent, il a suivi son modèle avec audace, avec force, avec bonheur. Tout s-'accorde en cette édition, et elle a été faite amoureusement : une poésie merveilleuse s'y trouve accompagnée de tous les ornements qu'ont pu fournir l'art du dessinateur et celui de l'imprimeur. ,
(Indépendance belge du 23 décembre 1868. — Gustave Frédérix.)
C'est à une irrésistible impulsion que cédait, en 1861 ,
M. Gustave Doré, abordant résolument alors l'interprétation
Î)ittoresque du premier des trois Cantiques. Aujourd nui la tri-' ogie est complétée par la publication des deux derniers, réunis en un volume in-folio, une merveille d'exécution typographique réalisée par la librairie Hachette.
Après avoir inscrit en tête de l'œuvre la sombre et pensive image du Florentin exilé, M. Gustave Doré pénètre avec lui dans cette forêt obscure où s'ouvre l'immortel poème , il traverse sans hésitation le groupe symbolique de la panthère, du lion et de la louve, pour aller à la rencontre de Virgile et bientôt de Béatrice, tous les deux couronnés, l'un du laurier latin, l'autre de l'auréole des bienheureux.
Sans frayeur, il passe le seuil où toute espérance doit être laissée, franchit l'Achéron maudit et entre dans les limbes où soupirent les hommes purs : Orphée, Homère, Socrate, Platon, Ovide et tant d'autres qui moururent justes, avant la date bénie de l'avènement du Christ...
M. Gustave Doré a suivi le poète dans ce long pèlerinage avec une audace de talent, de verve, d'invention, d'imagination à laquelle il nous a maintenant tellement accoutumés qu'on commence, après l'avoir beaucoup admirée, à ne plus lui en savoir gré. Ce retour d'opinion est souverainement injuste et ne durera pas. (Constitutionnel du 16 décembre 1868. — Ernest Chesneau.)
Plus des deux tiers des dessins de M. G. Doré sont consacrés au Purgatoire. Cela se comprend : dans le Paradis, ce ne sont que globes de feu, sphères étoilées, processions infinies, cercles étincelants, degrés éblouissants, clartés qui montent et descendent en chantant des cantiques. Les jassages les plus beaux même, tel que ce chant si fameux où Dante, sous la forme d'un aigle, représente l'empire romain et résume son histoire, sont des allégories à peu près intraduisibles au crayon.
Deux mots dans le Purgatoire sont" plus capables d'inspirer l'artiste que tous ces éblouissements : son la Pia. Mais M. G. Doré a une réputation d'audace heureuse. Etant donné le tercet suivant : « Sous la forme d'une rose blanche se montrait à nous- « la sainte milice que le Christ a épousée avec son sang, » M. Doré a figuré cette rose blanche. Il n'a pas reculé même devant « bien plus de mille splendeurs qui accouraient vers « nous. »
De ces données étranges son crayon a tiré des effets merveilleux.
(Siècle du 22 décembre 1868. — Charles Dubier.) L'édition à laquelle M. Gustave Doré attache son nom est splendide. Il suffira de dire qu'elle appartient à la maison Hachette, et l'on saura que rien n'a été épargné de ce qui pouvait en rehausser l'éclat, soit comme beauté de papier , soit comme luxe de typographie. Quant à l'artiste, ses amis le retrouveront dans le Purgatoire et le Paradis tel qu'il s'est montré dans l'Enfer. Ces mots disent tout.
(Illustration du 28 novembre 1868. — Georges Bell.) La nouvelle édition du Purgatoire et du Paradis est, à proprement parler, un chef-d'œuvre. Il ne nous coûte pas d'avouer que Gustave Doré n'a jamais rien produit de plus achevé.
(Monde du 24 décembre 1868. — Léon Gautier.)
Soixante grands dessins illustrent cet in-folio. Tout cela produit l'effet d'un prestigieux musée qui défile sous les yeux du lecteur, et l'oblige à penser, chose assez peu commune pour une œuvre d'art au temps où nous vivons. En comparant ce second tome au premier, on voit bien vite quelle prodigieuse flexibilité il y a dans le talent de Gustave Doré. Un théologien tout chargé de science et le plus délié des critiques n'eussent pas mieux saisi la différence qu'il y a dans les trois formes du poème terrible d'Alighieri. . ..,' .
Comment donner, le crayon à la main, une idée sensible du Purgatoire ? L'artiste l'a nettement entrevu, ce pays des limbes, où la race d'Adam se dépouille de son enveloppe charnelle pour
tiplié pour ceux qui se purifient, les ombres, les clairs-obscurs et les demi-paysages. On a bien encore un peu la chair de poule en feuilletant ces belles compositions, mais ce n'est plus l'épouvante froide qu'on a éprouvée en parcourant l'Enfer.
Le Paradis est, comme on l'imagine bien, toute une superposition de splendeurs. Gustave Doré y a mis des nuées d anges, de toutes les formes et de tous les grades. Il en a créé à lui tout seul plus que tous les maîtres de l'Ecole espagnole.
Passez en revue les dessins de Gustave Doré si vous voulez avoir une idée réelle et souriante des anges. (Journal des Journaux du 20 décembre 1868. — Ph. Audebrand.)
' Je crois que M. Doré a trouvé le seul moyen d'illustrer les maîtres de la littératuae. Pour traduire exactement leur pensée, il faudrait être l'égal de tous et de chacun, tandis qu'en mettant dans un paysage grandiose des scènes et des personnages à peine indiqués, il donne par à peu près des impressions qui ne sont point indignes des grandes œuvres qu'elles accompagnent.
Parmi les planches du Purgatoire et du Paradis, il y en a d'absolument très-belles; un tournoiement d'âmes, dans les sphères célestes, produit positivement un effet paradisiaque.
(Figaro du 8 décembre 1868. — F. Magnard.)
Tout le monde connaît les magnifiques illustrations de l'Enfer de Dante par Gustave Doré. Jamais les grandes scènes infernales conçues par le génie du poète gibelin n'ont été rendues par le crayon du peintre sous une forme plus énergique et plus saisissante. L'imagination de Doré a complété et dépassé souvent celle de Dante. Tous ces damnés qui se tordent dans le supplice éternel, tous ces monstres étranges et fantastiques qui peuplent les sombres régions, donnent bien une effrayante idée du séjour terrible à l'entrée duquel l'auteur de la Divine Comédie a écrit : Lasciate ogni speran^a.
AujourdTiui, Gustave Doré achève cette immense trilogie où s'étagent les degrés de l'éternité. Le Purgatoire et le Paradis viennent compléter la publication de l'Enfer.
Le sujet se prêtait moins peut-être à ces effets dramatiques si puissants dans le premier acte du voyage de Dante à travers les mondes d'outre-tombe. Il est plus facile de concevoir et de peindre les épouvantables châtiments des âmes déchues que les vagues aspirations des exilés du purgatoire et les radieuses jouissances des élus du paradis.
Le nouveau volume illustré par Gustave Doré a cependant triomphé de cette difficulté. Les formes sont aériennes; la lumière les inonde et les rend transparentes ; les tons et les contours s'effacent dans de molles clartés et dans de lumineux brouillards. Il y a dans le Paradis des tourbillons d'anges et des rayonnements de saints à éblouir la pensée. Toute l'œuvre est d'une inspiration soutenue que rien ne lasse, et certes c'était ur grand problème à résoudre que celui de mettre de la variétt dans l'inévitable monotonie des scènes célestes et mystérieuse: que l'âme de Dante entrevoit dans les hauteurs des cieux.
L'édition est digne de l'œuvre. Rien, en effet, n'est splendidi comme ces deux volumes, qui sont un admirable monumen élevé en l'honneur de Dante.
(France du 28 décembre 1868. — Emile Martin.)
Dans le Purgatoire, M. Doré a montré de nouveau toutes le: qualités qui ont fait le succès de l'Enfer. On y trouve cette inspi ration de Michel-Ange qui lui est familière. Dans le Paradis M. Doré est moins heureux. La difficulté, à la vérité, était plu: grande. La nouvelle œuvre de cet artiste n'en reste pas moin: digne de l'attention de quiconque s'intéresse aux choses de l'art (Avenir national du 28 décembre 1868. — Desonnaz.)
Les lettrés connaissaient seuls, il y a quelques années, 1: Divine Comédie de Dante. Un jeune peintre et dessinateur, don l'imagination est comme une source inépuisable d'inspiration: poétiques, M. Gustave Doré, entreprit d'interpréter l'œuvre d\ grand Florentin. Il commença par l'Enfer, et la critique impar tiale put constater que l'artiste s'était élevé à la hauteur de soi sujet.
Sûr de lui, M. G. Doré, sorti des Cercles de la mort où il étai descendu en compagnie de Dante et de Virgile, a voulu gravi ensuite les échelons qui mènent au Purgatoire et au Paradis Dans ce nouveau voyage, il a montré toute la souplesse de soi talent et toute la variété de son crayon. Scènes terribles, suave: paysages et tableaux mystérieusement grandioses, il a mis di tout cela dans le Purgatoire. L'horreur est moins profonde e moins intense que dans l'Enfer. Du purgatoire, du moins, l'es pérance, speran^a, n'est point bannie. Son regard illumine déj: de lueurs vagues, mais attendries, les scènes d'une désolation qu ne sent plus peser sur elle l'éternité. Les visions les plus étranges et les plus poétiques y sont traduites avec toute la fantaisii du rêve.
Le Paradis complète ce magnifique travail où l'artiste avait 1 lutter contre l'impossible. Ce que le cerveau du poète conçoit ce que son imagination devine ou crée elle-même, en franchissant de son aile toute-puissante les bornes du réel, ces vision: mystiques et surnaturelles planant dans l'infini, au milieu d'irradiations éblouissantes, tout cela atteste, en même temps qui la force créatrice du génie humain, toute sa faiblesse en face di ce monde lumineux qu'il invente, qu'il affirme, qu'il prêtent décrire et représenter.
Rendons justice à M. Gustave Doré, il a donné des corps 1 toutes ces créations angéliques; il a, reprenant la sublime incon séquence du poète, fait apparaître 1 invisible, en lui donnant de: traits saisissables, en donnant au divin la forme humaine. Pouvait-il faire autrement et mieux ? Non, la puissance de l'homme a des limites qu'elle ne peut franchir.
(Nain Jaune du 27 décembre 1868. — Charles Woinez.
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