‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 415 sur 447 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

certain de la bouche d'un mourant; lorsque vous serez prodigue de votre affection et de vos confidences, tâchez de les bien placer , car lorsque ceux que vous faites vos amis et à qui vous donnez vos coeurs, aperçoivent le moindre ébranlement dans votre fortune, ils se retirent de vous comme l'eau et vous ne les retrouvez jamais que là où ils ont le pouvoir [de vous noyer. O vous tous, bonnes gens, priez pour moi! Il faut maintenant que je vous quitte; la dernière heure de ma longue vie pénible est arrivée. Adieu, et lorsque vous voudrez raconter quelque chose de triste, dites comment j'ai péri. J'ai terminé, et que Dieu me pardonne ! {Sortent Buckingham et sa suite.)

Premier monsieur. — Oh, c'est un spectacle qui arrache la pitié! Monsieur, je le crains, un tel fait appellera de trop nombreuses malédictions sur les tètes de ses auteurs.

Second monsieur. — Si le duc est innocent , cela produira de grands désastres ; et cependant, je puis vous donner avis d'un malheur menaçant qui, s'il arrive, sera plus grand que celui-là.

Premier monsieur. — Les bons anges l'éloignent de nous ! Quel peut être ce malheur ? vous ne doutez pas de ma loyauté, Monsieur?

Second monsieur. — Ce secret est si important, qu'il demande une loyauté robuste pour le tenir caché.

Premier monsieur. — Confiez- le-moi; je ne suis pas grand parleur.

Second monsieur. — J'ai confiance ; vous le saurez donc, Monsieur. N'avez-vous pas entendu dans ces derniers jours courir un murmure de séparation entre le roi et Catherine?

Premier monsieur. — Oui, mais ce bruit était sans fondement ; car lorsque le roi l'eut appris, tout en colère, il envoya commander au Lord maire d'arrêter cette rumeur et de faire taire les langues qui avaient osé la répandre.

Second monsieur. — Mais cette calomnie, Monsieur, se trouve maintenant une vérité ; car voilà qu'elle reparaît plus grande, et tenez pour certain que le roi tentera la chose. Soit le cardinal, soit quelqu'un de son entourage, a, par malice contre la bonne reine, fait naître dans l'esprit du roi un scrupule qui la perdra : comme confirmation, je vous dirai en outre cjue le cardinal Campeius est arrivé tout récemment, et tous pensent pour cette affaire.

Premier monsieur. — C'est le fait du cardinal; et il a lancé cette affaire tout simplement pour

se venger de l'empereur, qui n'a pas voulu lui accorder sur sa demande l'archevêché de Tolède.

Second monsieur. — Je crois que vous avez touché juste : mais n'est-il pas cruel qu'elle doive pâtir pour cela? Le cardinal veut que sa volonté soit faite, et elle devra tomber.

Premier monsieur. — C'est lamentable. Nous sommes ici trop en public pour discourir de cela ; allons y penser plus en particulier. (Ils sortent.)

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