MF V
Griff.th. Elle est endo peur de l'éveiller.
bonne fill?, restons assis tranquillement, <le (Acte IV, se. a.)
LE ROI HENRI VIII
La reine Catherine. — Oh ! Monseigneur, les temps et les titres ont singulièrement changé pour moi depuis que vous m'avez vue pour la première fois. Mais, je vous en prie, que me voulez-vous ?
Capucius. — Noble Dame, je viens d'abord présenter mes devoirs à Votre Grâce, puis je viens vous rendre cette visite de la part du roi, qui s'afflige beaucoup de votre état de faiblesse, vous envoie par moi ses compliments royaux, et vous supplie de tout cœur d'avoir bon courage.
La reine Catherine. — Oh, mon bon Seigneur, cette consolation vient trop tard; c'est comme un pardon après l'exécution. Ce noble remède administré à temps m'eût guérie, mais maintenant aucune consolation n'a d'effet sur moi, sauf la prière. Comment va Son Altesse?
Capucius. — Le roi est en bonne santé, Madame.
La reine Catherine. — Le ciel l'y maintienne toujours ! et puisse t-il toujours prospérer, lorsque j'habiterai avec les vers et que mon pauvre nom sera banni du royaume 1 Patience, cette lettre que je vous ai fait écrire, a-t elle été déjà envoyée?
Patience. — Non, Madame. {Elle lui remet la lettre.)
La reine Catherine. — Seigneur, je vous supplie très-humblement de remettre cette lettre à Monseigneur le roi.
Capucius. — Très-volontiers, Madame.
La reine Catherine. — Dans cette lettre, j'ai recommandé à ses bontés, cette image de nos chastes amours, sa jeune fille : puissent les bénédictions du ciel tomber sur elle en rosées abondantes ! Je le conjure de lui donner une vertueuse éducation , — elle est jeune, d'une nature noble et modeste, et j'espère qu'elle grandira en mérites, — et de l'aimer un peu en considération de sa mère qui l'aima lui, le ciel sait avec quelle tendresse. Ma suivante prière est que Sa noble Grâce prenne quelque pitié de mes malheureuses femmes qui si
longtemps m'ont suivie fidèlement dans la bonne comme dans la mauvaise fortune : il n'en est aucune, j'ose le déclarer (et à cette heure je ne voudrais pas mentir), qui pour la vertu et la vraie beauté de l'âme, pour l'honnêteté et la décence de la conduite, ne mérite un excellent époux, voire un noble, et à coup sûr ils seront heureux, ceux qui les posséderont. Ma dernière prière concerne mes serviteurs; ils sont les plus pauvres, mais leur pauvreté n'a jamais pu les éloigner de moi; — qu'on leur paye dûment leurs gages, et quelque chose en plus pour qu'ils se souviennent de moi : s'il eût plu au ciel de me donner une plus longue vie et des ressources plus grandes, nous ne nous serions pas ainsi séparés. C'est là tout le contenu de la lettre, et, mon bon Seigneur, je vous en prie, par l'amour que vous portez à ce qui vous est le plus cher au monde, si vous souhaitez la paix chrétienne aux âmes qui ont fui cette terre, soyez l'ami de ces pauvres gens, et insistez auprès du roi pour qu'il me fasse cette dernière justice.
Capucius. — Par le ciel, je le ferai, ou puisséje perdre la forme d'un homme I
La reine Catherine. — Je vous remercie, honnête Seigneur. Rappelez-moi à Son Altesse en toute humilité : dites- lui que celle qui l'a si longtemps importuné est maintenant en train de passer hors de ce monde ; dites-lui que je l'ai béni dans la mort, car je vais mourir. Mes yeux s'obscurcissent. Adieu, Monseigneur. — Adieu, Griffith. — Patience, vous ne devez pas me quitter encore : il faut que je me mette au lit; appelez d'autres femmes. — Lorsque je serai morte, ma bonne fille, veille à ce que je sois traitée avec honneur; parsème mon corps de fleurs virginales, afin que le monde sache que je fus jusqu'au tombeau une chaste épouse : fais-moi embaumer, puis dépose-moi dans mon cercueil ; et quoique j'aie perdu le titre de reine, fais-moi enterrer comme une reine, et la fille d'un roi. Je n'en peux plus.
(Ils sortent soutenant Catherine.)