‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 49 sur 447 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Bolingbroke. — Encore des remerciments, cette caisse du pauvre; jusqu'à ce que ma fortune enfant devienne majeure, ils doivent servir de garantie à ma libéralité. Mais qui vient ici?

Northumberland. — Gest Milord de Berkeley, si je ne me trompe.

Entre BERKELEY.

Berkeley. — Milord de Hereford, mon message vous concerne.

Bohngbroke. — Milord, ma réponse est à Lancastre : je suis venu pour chercher ce nom en Angleterre, et je dois trouver ce titre dans les paroles qui sortent de voire bouche avant de répondre à aucune d'elles.

Berkeley. — Ne vous méprenez pas, Milord; ce n'est pas mon intention de supprimer aucun des titres de Votre Honneur. Je viens à vous, Milord (Lord de ce que vous voudrez), de la part du très-gracieux régent de ce royaume, le duc d'York, pour savoir ce qui vous a poussé à profiter de l'absence du roi pour troubler, par cette prise d'armes, notre paix nationale?

Bohngbroke. — Je n'aurai pas besoin de faire transporter par vous mes paroles; voici venir Sa Grâce en personne.

Entre YORK avec sa suite.

Bolingbroke , s 'agenouillant . — Mon noble oncle !

Le duc d'York. — Montre-moi l'humilité de ton cœur et non celle de ton genou dont l'hommage est faux et trompeur.

Bolingbroke. — Mon gracieux oncle !

Le duc dYork. — Ta, ta! ne me donne pas de la grâce, ne me donne pas de l'oncle; je ne suis pas l'oncle d'un traître, et ce mot de grâce n'est qu'un sacrilège dans une bouche déloyale. Pourquoi ces pieds de proscrit et de banni ont-ils osé toucher un atome de terre anglaise? Et il y a bien d'autres pourquoi. Pourquoi ces pieds ont-ils osé faire tant de miles sur le sein paisible de l'Angleterre, en effrayant ses villages pâles de crainte, par la guerre et le déploiement d'armements détestables? Viens-tu ici parce que le roi consacré est absent? Mais fol enfant, le roi est resté en partant, et son pouvoir repose dans mon sein loyal. Si j'étais encore le possesseur de cette chaude jeunesse que j'avais lorsque le brave Gand, ton père,

et moi, nous arrachâmes le prince Noir, ce jeune Mars parmi [les hommes, du milieu des rangs de milliers de Français, oh! comme ce bras, maintenant prisonnier de la paralysie, châtierait et administrerait à ta faute la correction qu'elle mérite !

Bolingbroke. — Mon gracieux oncle, faitesmoi connaître ma faute; quelle est sa gravité et en quoi consiste-t-elle?

Le duc d'York. — Klle consiste dans ce qu'il y a de plus grave, dans une rébellion énorme et une trahison détestée : tu es un banni et tu es venu ici, avant l'expiration de ton exil, braver ton souverain en prenant les armes contre lui.

Bolingbroke. — Quand je fus banni, je fus banni Hereford : mais maintenant que je reviens, je reviens pour le titre de Lancastre. Mon noble oncle, j'en conjure Votre Grâce, considérez mes griefs avec un œil impartial. Vous êtes mon père, car il me semble qu'en vous je vois le vieux Gand vivant. Eh bien, mon père, pouvez-vous permettre que je sois-condamné à errer en vagabond, que mes droits et mes titres soient arrachés par force de mes armes et soient donnés à des prodigues parvenus? Pourquoi suis-je né? Si mon cousin le roi est roi d'Angleterre, on doit m'accorder que je suis duc de Lancastre. Vous avez un fils, Aumerle, mon noble parent; si vous étiez mort avant mon père, et qu' Aumerle eût été foulé aux pieds comme moi, il aurait trouvé dans son oncle Gand un père pour faire lever ses griefs et leur donner une chasse à mort. On me refuse le pouvoir de revendiquer mon héritage et cependant mes letlres patentes m'en donnent le droit. Tous l'es biens de mon père sont saisis et vendus, et consacrés à un mauvais usage. Que voudriez-vous que je fisse? Je suis un sujet et j'en appelle à la loi : on me refuse des mandataires; alors il me faut bien revendiquer en personne mes droits à l'héritage légitime de mes ancêtres.

Northumberland. — Le noble duc a été beaucoup trop outragé.

Ross. — Il dépend de Votre Grâce de lui faire droit.

Willougby. — Des hommes bas ont été enrichis de ses dépouilles.

Le duc d'York. — Milords d'Angleterre, laissez-moi vous dire ceci : j'ai vessenti les torts faits à mon neveu, et j'ai employé tous mes efforts pour lui faire faire réparation : mais venir

LE ROI RICHARD II

ainsi, en agression année, être son propre vengeur et se faire réparation à soi-même, se faire droit par la révolte illégale, cela ne peut être; et vous qui le soutenez dans cette manière d'agir, vous favorisez la rébellion et vous êtes tous des rebelles .

Northumberland. — Le noble duc a juré qu'il n'était venu que pour réclamer ce qui lui appartenait, et pour cette revendication légitime, nous avons tous juré de lui donner appui; que celui qui brisera ce serment ne connaisse plus la joie.

Le duc d'York. — Bien, bien, je vois le but de tous ces armements; je ne puis m'y opposer, je suis obligé de le confesser, parce que notre pouvoir est faible et que tout est laissé à la dérive : mais si je le pouvais, par celui qui me donna la vie, je vous ferais tous arrêter et je vous ferais vous incliner devant la souveraine clémence du roi; mais puisque je ne le peux pas, sachez que je resterai neutre. Ainsi, portez-vous bien, à moins qu'il ne vous plaise d'entrer dans le château et de vous y reposer pour cette nuit.

Bolixgbroke. — Nous acceptons votre offre, mon oncle ; mais il nous faut décider Votre Grâce à venir avec nous au château de Bristol,- qui, diton, est occupé par Bushy, Bagot et leurs complices, ces chenilles de l'État que j'ai juré de sarcler et d'écraser.

Le duc d'York. — Il se peut que j'aille avec vous: mais cependant je réfléchirai; car j'ai concience de violer les lois de notre pays. Vous n'êtes pour moi ni amis, ni ennemis, mais vous êtes les bienvenus. Les choses qui sont hors de toute réparation me laissent hors de tout souci.

{Ils sortent.)

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