‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 48 sur 447 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

La reine. Oncle, au nom de Di^u, dites-nous quelques paroles consolantes. Le duc d'York. Si je faisais cela, je mentirais à ma pensée.

(Acte II, se. H.)

Gheen. — D'ailleurs notre affection cordiale pour le roi nous fait cordialement haïr de ceux qui n'aiment pas le roi.

Bagot. — Et puis les Communes chancellent: car elles portent leur dévouement dans leurs bourses, et quiconque y puise, remplit leurs cœurs d'une haine mortelle en proportion du vide qu'il y fait.

Bushy. — Il s'ensuit que le roi est généralement condamné.

Bagot. — Si elles ont du jugement, nous sommes condamnés en même temps, car nous avons été toujours près du roi.

Green. — Eh bien, je vais immédiatement chercher un refuge au château de Bristol ; le comte de Wiltshire y est déjà.

Bushy. — J'irai avec vous, car les Communes nous rendront peu de services, à moins que cène

soit comme des mâtins pour nous mettre tous en pièces. Voulez- vous venir avec nous?

Bagot. — Non, j'irai en Irlande auprès de Sa Majesté. Adieu: si les présages du cœur ne sont pas vains, nous trois, nous nous séparons ici pour ne pas nous revoir.

Bushy. — Cela dépend du succès des efforts d'York pour repousser Bolingbroke.

Green. — Hélas ! pauvre duc ! la tâche qu'il entreprend est aussi difficile que de compter des grains de sable et de dessécher des océans : pour un qui combattra de son côté, mille déserteront. Adieu, donc, pour aujourd'hui et pour toujours.

Bushy. — Bah I nous pouvons encore nous retrouver.

Bacot. — Jamais, je le crains.

(Ils sortent.)

LE ROI RICHARD II

Les Landes du Glocestershire.

Entrent BOLINGBROKE et NORTHUMBERLAND avec leurs forces.

Bolingbroke. — A quelle distance sommesnous maintenant de Berkeley, Milord?

Northumberland. — Vous pouvez m'en croire, noble lord, je suis un étranger ici dans le Glocestershire. Ces hautes collines sauvages, ces chemins raboteux et inégaux allongent les lieues et augmentent la fatigue, et cependant vos beaux discours ont été comme du sucre et ont rendu ce dur V03rage doux et délectable. Mais j'y pense, quelle route fatigante entre Ravenspurg et Cotswold auront. Ross et Willoùghby , eux qui seront privés de votre compagnie qui, je le répète, a beaucoup trompé l'ennui et la longueur de mon voyage : il est vrai que le leur est adouci par l'espoir de trouver le plaisir que je possède présentement, et l'espérance du bonheur contient presque autant de bonheur que cette espérance réalisée ; elle fera trouver courte leur route à ces Lords fatigués, courte comme la mienne l'a été par la présence de ce que je possède, votre noble compagnie.

Bolingbroke. — Ma compagnie est d'une valeur très-inférieure à vos bonnes paroles. Mais qui vient ici ?

Northumberland. — C'est mon fils, le jeune Harry Percy, envoyé, d'où qu'il vienne, par mon frère "Worcester.

Entre HARRY PERCY.

Northumberland. — Harry, comment se porte votre oncle?

Percy. — Je croyais, Milord, que j'aurais appris par vous de ses nouvelles.

Northumberland. — Comment, est-ce qu'il n'est pas avec la reine?

Percy. — Non, mon bon Lord; il a quitté la cour, brisé le bâton de sa charge et dispersé la maison du roi.

Northumberland. — Quelle raison a-t-il eue? il n'était pas dans ces résolutions lorsque nous avons causé ensemble pour la dernière fois.

Percy. — C'esl parce que Votre Seigneurie a

été proclamé traître. Mais, Milord, il est allé à Ravenspurg pour offrir ses services au duc de Hereford, et il m'a fait passer par Berkeley pour reconnaître l'étendue des forces que le duc d'York y avait levées, en me donnant avis d'avoir à me rendre ensuite à Ravenspurg.

Northumberland. — Avez-vous oublié le duc de Hereford, enfant?

Percy. — Non, mon bon Lord; car je ne puis avoir oublié ce que je ne me rappelle pas : à ma connaissance, je ne l'ai vu de ma vie.

Northumberland. — Alors, apprenez à le connaître maintenant; voici le duc.

Percy. — Mon. gracieux Lord, je vous offre mes services, tel que je suis, faible, novice et jeune; mais j'espère que je mûrirai d'année en année et que je me rendrai digne de services plus méritoires et plus importants.

Bolinobroke. — Je te remercie, gentil Percy, et sois sûr que je ne me regarde jamais comme aussi heureux que lorsque je puis me rappeler mes bons amis; si ma fortune croît en même temps que ton affection, elle sera la récompense de ta loyale fidélité : mon cœur fait cette promesse et ma main la scelle ainsi.

Northumberland. — Combien y a-t-il d'ici à Berkeley, et quelle attitude y fait le bon vieux York avec ses hommes de guerre?

Percy. — Voici là-bas le château, derrière ce bouquet d'arbres ; il est défendu par trois cents hommes, à ce qu'on me dit: il renferme les Lords d'York, de Berkeley et de Seymour; aucun autre de nom et de noble renommée.

Northumberland. — Voici venir les Lords de Ross et de Willoùghby, couverts de sang à force d'avoir éperonné, la face cramoisie de la diligence qu'ils ont faite.

Entrent ROSS et WILLOUGHBY.

Bolingbroke. — Salut, Milords, je sais que vous avez mis votre affection à la poursuite d'un banni : tout mon trésor ne se compose encore que d'impalpables remercîments, mais lorsqu'il sera plus riche, il sera la récompense de votre affection et de vos efforts.

Ross. — Votre présence suffit à nous faire riches, très-noble Lord.

Willougdby. — Et surpasse de beaucoup les fatigues que nous avons prises pour arriver en face d'elle.

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