‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 51 sur 447 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

Le camp de Bolingbroke à BristcA.

Entrent BOLINGBROKE, LE DUC D'YORK, NORTHUMBERLAND, PERCY, WILLOUGBY, j

ROSS; des officiers marchent derrière eux amenant BUSHY et GREEN, prisonniers.

Bolincbrorè. — Faites avancer ces hommes. ; Bushy et Green, je ne torturerai pas vos âmes, puisqu'elles doivent dans quelques instants se séparer de vos corps, en vous reprochant trop fortement vos existences pernicieuses, car ce serait contraire à la charité : cependant, pour laver nos mains de votre sang, je dois ici publiquement dévoiler quelques-unes des causes de votre mort. Vous avez égaré un prince, un roi héréditaire, un gentilhomme d'un sang illustre et d'un noble visage, par vous complètement dénaturé et défiguré. Vous avez, jusqu'à un certain point, par vos" nocturnes orgies , établi un divorce entre sa reine et lui, interrompu la possession d'un lit royal et flétri la beauté des joues d'une belle reine par les larmes qu'arrachaient à ses yeux vos ignobles désordres. Moi-même, prince par la fortune de mon berceau, proche du roi par le sang, proche dans son affection, jusqu'au moment où vous l'avez amené à me mal juger, j'ai dû courber le cou sous vos insultes, j'ai dû exhaler le souffle anglais de mes soupirs vers des nuages étrangers, j'ai dû manger le pain amer de l'exil, pendant que vous vous engraissiez de mes richesses, que vous dévastiez mes parcs, abattiez mes forêts, arrachiez mes armoiries de mes propres fenêtres, effaciez mes devises, pendant enfin que vous ne me laissiez d'autres signes pour montrer au inonde que j'étais gentilhomme, que l'opinion des hommes et mon propre sang. Cela et beaucoup plus que tout cela, beaucoup plus que le double de tout cela, vous condamne à la mort. — Voyez à les remettre à l'exécuteur et à la main de la mort.

Bushy. — Le coup de la mort est pour moi mieux venu que Bolingbroke ne l'est pour l'Angleterre. Milords, adieu.

Green. — Ma consolation, c'est que le ciel recevra nos âmes et punira l'injustice des peines de l'enfer.

Bolingbroke. — Milord Northumberland, voyez à les faire exécuter. (Sortent Northumberland et autres avec les prisonniers.) Oncle, vous dites que la reine est à votre demeure; au nom du ciel, veillez à ce qu'elle y soit bien traitée. Dites-lui que je lui envoie mes plus affectueuses salutations; prenez soin tout spécialement de lui faire transmettre mes compliments.

Le duc d'York. — J'ai dépêché un de mes gentilshommes avec des lettres où je lui parle au long de votre affection pour elle.

Bolingbroke. — Merci, mon aimable oncle. — Venez, Milords, en route pour combattre Glendower et ses complices. Un peu de labeurs encore, et puis ensuite le repos. (Ils sortent.)

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