ACTE III, SCENE III
Stephen Seroop, plus un ecclésiastique de haute dignité, mais lequel, je n'ai pas pu l'apprendre.
Northumberland. — Oh, c'est probablement l'évêque de Çarlisle.
Bolingbroke, à Northumberland. — Noble Seigneur, marchez vers la grossière carcasse de cet ancien château, et par la voix de la trompette de cuivre, envoyez à se^ sourds échos les paroles de parlementation ainsi conçues : Henri Bolingbroke embrasse à genoux la main du roi Richard, et envoie à sa très-royale personne son obéissance et l'expression sincère de la loyauté de son cœur; dites que je suis venu ici pour déposer à ses pieds mes armes et mes forces, pourvu qu'on m'accorde que mon bannissement sera rapporté et que mes terres me seront rendues; sinon, je ferai usage de tous les avantages de mes forces, et j'abattrai la poussière de l'été sous les averses de sang qui pleuvront des blessures d'Anglais massacrés. A quel point l'âme de Bolingbroke est loin d'avoir le désir de faire pleuvoir cette tempête rouge sur le sein frais et vert du beau royaume du roi Richard, mon hommage offert à genoux le lui révélera. Allez, annoncez cela, pendant que nous marchons ici sur le tapis de gazon de cette pleine.
NORTHUMBERLAND s'avance vers le château avec une trompette.
Bolingbroke. — Marchons sans faire retentir le menaçant tambour, afin que des remparts ébréchés de ce château nos loyales propositions puissent être bien entendues. Il me semble que le roi Richard et moi nous ne devrions pas nous rencontrer avec moins de terreur que les éléments de feu et de l'eau, lorsqu'en se heurtant, leur choc tonnant déchire le visage nuageux du ciel. Qu'il soit le feu, moi je serai l'eau qui cède; qu'à lui soit la colère, tandis que je ferai pleuvoir mes eaux sur la terre, — sur la terre et non sur lui. Marchons et voyons la contenance du roi Richard.
Une irompctte sonne pour demander un pourparler et une autre trompette lui répond de V intérieur du château. Fanfares. Paraissent sur les remparts LE ROI RICHARD, L'ÉVÈQUE DE ÇAR- LISLE, AUMERLE, SCROOP et SALISBURY.
Le duc d'York. — Voyez, voyez, le roi Richard apparaît, comme le soleil mécontent sort en rougissant du portail enflammé de l'Orient, lorsqu'il s'aperçoit que les envieux nuages sont
disposés à obscurcir sa gloire et à ternir la trace radieuse de son voyage vers l'Occident. 11 a cependant toujours l'air d'un roi : voyez, son œil aussi brillant que celui de l'aigle lance la majesté impérieuse! Hélas! hélas! malheur, si quelque offense tachait tant d'éclat !
Le roi Richard, à Northumberland. — Nous sommes étonné ; nous avons attendu tout ce temps que tu fléchirais un genou respectueux , car nous pensions être ton roi légitime. Si nous le sommes, comment tes genoux ont-ils pu oublier de rendre à notre présence leur devoir d'obéissance? Si nous ne le sommes pas, montre-nous la main de Dieu qui nous a démis de notre lieutenance, car nous savons qu'aucune main de chair et de sang ne peut se saisir de notre sceptre sacré, à moins qu'elle ne le profane, ne le vole et ne l'usurpe ; or, quoique vous pensiez que tous, suivant votre exemple, ont damné leurs âmes en se séparant de nous, et que nous sommes seul et privé d'amis, sachez-le cependant, mon maître, le Dieu tout puissant, rassemble dans les nuages pour nous secourir des armées de fléaux, et ces fléaux frapperont vos enfants encore à naître et à engendrer, à vous qui osez lever contre ma tète vos mains vassales et menacer la gloire de ma précieuse couronne. Dites à Bolingbroke (car il me semble qu'il est làbas), que chacun des pas qu'il fait dans mon royaume est une trahison dangereuse. Il est venu pour ouvrir le rouge testament de la guerre sanglante; mais avant que la couronne qu'il convoite soit portée en paix, les couronnes sanglantes de dix mille fils de la femme enlaidirent la face en fleurs de l'Angleterre, changeront le tempérament de sa paix à la pâleur de vierge en celui d'une indignation empourprée, et arroseront l'herbe de ses pâturages de fidèle sang anglais.
Northumeerlaxd. — Le roi du ciel défende que Notre Seigneur le roi soit ainsi assailli par des armes à la fois citoyennes et ennemies ! Ton trois fois noble cousin, Henri Bolingbroke, embrasse humblement ta main et jure par la tombe honorée qui recouvre les os de votre royal grand-père, par les vertus royales de vos deux sangs, — courants qui sortent d'une même gracieuse source, — et par la main du belliqueux Gand, maintenant enseveli, et par sa propre dignité et son propre honneur à lui-même, serinent qui renferme tout ce qui peut être dit ou juré, que son arrivée ici n'a pas d'autre but que de revendiquer ses titres héréditaires et de solliciter à genoux une immédiate
LE ROI RICHARD II
libération; cela une fois accordé par ta royale puissance, il abandonnera ses armes brillantes à la rouille, remettra à leurs étables ses chevaux bardés et rapportera son cœur au service loyal de Votre Majesté. Cela, il jure sur sa foi de prince que c'est juste, et moi, sur ma foi de gentilhomme, je le crois.
Le roi Plichard. — Northumberland, rapporte que le roi fait cette réponse. Son noble cousin est ici le très-bien venu, et toutes ses nobles demandes seront exaucées sans contradiction ; avec toute la gracieuse éloquence que tu possèdes, rapporte à ses aimables oreilles mes plus tendres compliments. [Northumberland retourne vers Bolingbroke. Le roi continue en s1 adressant ci Aumerle.) Nous nous abaissons, cousin, n'est-il pas vrai, par une si humble attitude et de si gracieuses paroles? Rappelons-nous Northumberland, pour envoyer un défi au traître et puis mourir?
Aumerle. — Non, mon bon Seigneur; combattons avec des paroles courtoises, jusqu'à ce que le temps nous envoie des amis et que les amis nous prêtent le secours de leurs épées.
Le roi Richard. — O Dieu ! 6 Dieu ! faut-il que ma langue qui prononça la sentence de bannissement contre cet homme orgueilleux qui est là-bas, soit obligée de la rapporter avec des paroles doucereuses! Oh, si je pouvais être aussi grand que mon chagrin, ou plus petit que mon nom! Oh, si je pouvais oublier ce que j'ai été, ou ne pas me rappeler ce qu'il faut que je sois maintenant! Te gonfles-tu, cœur orgueilleux? Je te donnerai libre champ pour battre, puisque des ennemis ont libre champ pour nous battre, toi et moi.
Aumerle. — Northumberland revient de la part de Bolingbrake.
Le roi Richard. — Que faut-il que le roi fasse maintenant? Doit-il se soumettre? le roi se soumettra. Doit-il être déposé ? Le roi en sera satisfait. Doit-il perdre le nom de roi? Au nom de Dieu, qu'il le perde. Je donnerai mes joyaux pour un chapelet, j'échangerai mon palais somptueux contre un ermitage, mon gai costume contre *la robe d'un mendiant, mes gobelets ciselés contre un plat de bois, mon sceptre contre un bâton de pèlerin, mes sujets contre un couple de saints sculptés, et mon grand royaume contre un petit tombeau, un petit, un petit tombeau, un obscur tombeau : ou bien, qu'on m'enterre sur le grand chemin du roi, sur quelque route ordinaire, où
les pieds des sujets puissent à toute heure marcher sur la tète de leur souverain; ils marchent bien sur mon cœur, maintenant que je vis; une fois enseveli, pourquoi ne marcheraient-ils pas sur ma tête? Aumerle, tu pleures, mon cousin au tendre cœur ! Nous engendrerons le mauvais temps par nos larmes méprisées ; nos larmes et nos soupirs noieront la moisson d'été et feront la disette dans cette terre révoltée. Ou bien nous ferons les petits fous avec nos malheurs, et nous prendons nos larmes pour sujet de quelque jolie gageure ; par exemple, nous les laisserons toujours couler à la même place, jusqu'à ce qu'elles nous aient creusé dans la terre une paire de tombeaux, et lorsque nous y serons couchés, on inscrira sur nos pierres : Ici reposent deux parents qui creusèrent leurs fosses avec les larmes de leurs yeux. Est-ce que ce malheur n'auraitpas bon air? Bon, bon, je vois que je ne dis que des sornettes et que vous vous moquez de moi. Très-puissant prince, Monseigneur Northumberland, que dit le roi Bolingbroke? Sa Majesté donnera- t-elle à Richard permission de vivre jusqu'à ce qu'il meure naturellement? Vous n'avez qu'à faire une révérence et Bolingbroke dira oui.
Northumberland. — Monseigneur, il attend dans la basse cour du château pour conférer avec vous. Vous plairait- il de descendre?
Le roi Richard. — Descendre ! je descends, pareil à un Phaéton à l'éclat trompeur qui n'a pas le pouvoir de conduire ses coursiers révoltés. {Northumberland retourne auprès de Bolingbroke!) Dans la basse cour! Basses cours en effet celles où les rois sont assez bas pour descendre à l'appel des traîtres et leur y faire grâce. Dans la basse cour ? Descendre? A bas, cour 1 A bas , roi ! car les hiboux nocturnes font entendre leurs cris là où les alouettes dans leurs ascensions devraient faire entendre leurs chants. [Ils se retirent des remparts.')
Bolingbroke. — Que dit Sa Majesté?
Northumberland. — La douleur et l'angoisse du cœur le font parler follement comme an homme en frénésie : cependant il est venu.
Entrent LE ROI RICHARD et les personnes de sa suite ait bas du château.
Bolingbroke. — Ecartez-vous tous et montrez à Sa Majesté un loyal respect. Mon gracieux Seigneur. (// s'avance et s'agenouille.)
Le roi Richard. — Mon beau cousin, vous avi-