ACTE V, SCENE II
Le duc D'YohK. Parcours récrit que voilà, et tu connaîtras I. Aumerlf. Rappelle-toi, en le lisant, ta promesse précédente.
temps, si vous ne voulez pas être cueilli avant •l'heure. Quelles nouvelles d'Oxford? les joutes et les triomphes continuent-ils ?
Atjmerle. — Autant que je sache, Monseigneur, ils continuent.
Le duc d'York. — Vous irez, j'en suis sûr.
Aumerle. — J'en ai l'intention, si Dieu ne s'y oppose pas.
Le duc d'York. — Qu'est-ce que c'est que ce sceau qui sort de ta poitrine? Comment, tu pâlis! laisse-moi voir cet écrit.
Aumerle. — Monseigneur, ce n'est rien.
Le duc d'York. — Peu importe alors qui le lise : je veux être satisfait ; laisse-moi voir cet écrit.
Aumerle. — Je supplie Votre Grâce de me pardonner; c'est une affaire de peu d'importance que, pour certaines raisons, je ne voudrais pas laisser voir.
trahison que mon essouffle
pêche de raconter.
(Acte V, se. m.)
J.e duc d'York. — Et que moi, pour d'autres raisons, je prétends voir, Monsieur. Je crains, je crains
La duchesse dYork. — . Que pouvez -vous craindre? ce n'est rien que quelque engagement qu'il aura contracté pour un gai costume qu'il destine au jour du triomphe.
Le duc d'York. — Alors c'est un engagement qu'il s'est souscrit à lui-même ! Comment a-t-il sur lui l'engagement qu'il a souscrit à un autre? Femme, tu es une sotte. Enfant, laisse-moi voir cet écrit.
Aumerle. — Pardonnez-moi, je vous en conjure ; je ne puis pas le montrer.
Le duc d'York. — Je veux être satisfait ; montre -le-inoi, te dis-je. (// enlève le pap:er et le lit.) Trahison ! ignoble trahison ! Scélérat ! traître! manant !
LE ROI RICHARD II
La duchesse. d'York. — Qu'y a-t-il. Monseigneur ?
Le duc d'York. — Holà ! y a-t-il quelqu'un ici?
Entre un valet.
Le duc d'York.. — Sellez mon cheval. Dieu ait pitié de nous ! quelle trahison !
La duchesse d'York. — Eh hien, qu'y a-t-il, Monseigneur ?
Le duc d'York. — Donnez-moi mes bottes, dis-je ; sellez mon cheval . Sur mon honneur, sur ma vie, sur ma foi, je vais dénoncer le scélérat ! {Sort le valet.)
La duchesse d'York. — Qu'y a-t-il, Monseigneur?
Le duc d'York. — Taisez-vous, sotte femme.
La duchesse d'York. — Je 'ne veux pas me taire; qu'y a-t-il, mon fils?
Aumkrle. — Soyez tranquille, ma bonne mère; il n'y en a pas là plus que je ne peux en payer avec ma pauvre vie.
La duchesse d'York. — En payer avec ta vie !
Le duc d'York. — Apportez-moi mes bottes : je vais aller trouver le roi.
Rentre le valet avec les bottes.
La duchesse d'York. — Frappe-le, Aumerle. Pauvre enfant, tu es tout interdit. {Au valet.) Hors d'ici, vilain! ne te montre jamais plus à mes yeux !
Le duc d'York. — Donnez-moi mes bottes, dis-je.
La duchesse d'York. — Qu'est-ce donc, York, que vas-tu faire ? Est-ce que tu ne dois pas cacher la faute de ton sang? Avons-nous d'autres fils? sommes-nous capables d'en avoir d'autres ? Est-ce cjue le temps n'a pas tari ma fécondité ? et tu veux arracher à ma vieillesse mon bel enfant et me voler mon nom sacré de mère ? Ne te ressemblet-il pas? n'est-il pas tien?
Le duc d'York. — Folle et sotte femme, e.st-ce que tu veux laisser caché ce noir complot? Ils sont une douzaine qui ont fait serment et se sont réciproquement engagé par l'étreinte de leurs mains à tuer le roi à Oxford.
La duchesse d'York. — Il n'en sera pas; nous le garderons ici : et alors en quoi cela le regarde-t-il !
Le duc d'York. — Arrière, folle femme! je le dénoncerai, hit -il vingt fois mon fils.
La duchesse d'York. — S'il t'avait coûté les
mêmes gémissements qu'à moi, tu serais plus compatissant. Mais je vois ta pensée, maintenant; tu soupçonnes que j'ai été déloyale à ton lit et que c'est un bâtard et non ton fils. Mon doux York, mon doux mari, n'aie pas cette pensée ; il te ressemble autant qu'homme peut te ressembler ; il ne me ressemble pas à moi, ni à personne de mon sang, et pourtant je l'aime.
Le duc d'York. — Laisse-moi passer, femme indocile! {Il sort.)
La duchesse d'York. — Cours après lui, Aumerle! Monte sur son cheval, donne de l'éperon, cours en toute hâte, arrive devant le roi et sollicite ton pardon avant qu'il ne t'accuse. Je ne resterai pas longtemps en arrière : quoique je sois vieille, je suis sûre. que je pourrai courir aussi vite que York et je ne me relèverai pas de terre avant que Bolingbroke ne t'ait pardonné. En route, partons ! {Ils sortent.)