‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 7 sur 447 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

Es France. — Devant les

d'Angers

Entrent dun côté PHILIPPE, roi de France, avec ses troupes, le dauphin LOUIS, CONSTANCE, ARTHUR lt les gens de leur suite; de l 'autre, l'archiduc D'AUTRICHE avec ses troupes.

Le roi Philippe. — Soyez le bienvenu devant Angers, brave duc d'Autriche. Arthur, le grand homme de ta race qui t'a précédé, ce Richard qui déroba le lion de son cœur et combattit les guerres saintes en Palestine, descendit prématurément dans la tombe par le fait de ce brave duc. A notre sollicitation et pour faire réparation à sa postérité, il est venu ici dans l'intention de déployer ses étendards en ta faveur , enfant, et de châtier l'usurpation de ton oncle dénaturé, Jean l'Anglais : embrasse-le, aime-le, souhaite-lui la bienvenue.

Arthur. — Dieu vous pardonnera la mort de Cœur de Lion, d'autant plus volontiers que vous donnez la vie à sa postérité en abritant ses droits sous vos étendards de guerre : je vous souhaite la bienvenue avec une main sans puissance, mais avec un cœur rempli d'une affection sans mélange; soyez le bienvenu devant les portes d'Angers, duc.

Le roi Philippe — Noble enfant 1 qui ne voudrait te faire droit?

L'archiduc d'Autriche. — Je dépose sur ta joue ce baiser de dévouement comme sceau de cette assurance de mon affection, que je ne retournerai pas dans mes États avant qu'Angers et les droits que tu possèdes en France te soient reconnus, ainsi que ce rivage pale, à la face blanche, dont le pied repousse les marées rugissantes d& l'Océan et sépare ses insulaires des autres nations. Oui, jusqu'à ce que l'Angleterre, dont la mer est la ceinture, jusqu'à ce que ce boulevard dont les remparts sont d'eau, et qui se croit avec confiance pour toujours à l'abri des desseins de l'étranger, jusqu'à ce que cet extrême coin de l'Occident te salue comme son roi, jusqu'alors,

bel enfant, je ne penserai pas au retour, et je resterai sous les armes.

Coïistance. — Ohl recevez les remercîments d'une mère, les remercîments d'une veuve, en attendant que votre main puissante lui donne la force de reconnaître plus dignement votre affection.

L'archiduc d'Autriche. — La paix du ciel est avec ceux qui tirent leurs épées dans une guerre aussi légitime et charitable que celle-là.

Le roi Philippe. — Eh bien, alors, à l'œuvre ; notre canon sera pointé contre le front de cette ville rebelle. Qu'on appelle nos plus renommés stratégistes pour décider les tactiques les plus avantageuses : nous déposerons devant cette ville nos os de roi, nous traverserons un fleuve de sang français pour arriver à son centre, mais nous la soumettrons à cet enfant.

Constance. — Attendez la réponse que vous portera votre ambassade, de crainte de tacher imprudemment vos épées de sang : peut-être Mouseigneur Châtillon nous rapportera d'Angleterre, obtenu par la paix, ce droit que nous réclamons ici par la guerre, et alors nous nous repentirions de chaque goutte de sang que cette trop ardente précipitation aurait fait répandre.

Entre CHÂTILLON.

Le roi Philippe. — Miracle, Dame! sur renonciation de ton souhait, notre messager Châtillon est arrivé. Que répond Angleterre, disnous -le brièvement, aimable Seigneur; nous . faisons silence pour t'écouler; parle, Châtillon.

Châtillon. — Eh bien, retirez vos forces de ce siège insignifiant, et disposez-les pour une lâche plus importante. Angleterre, courroucé de vos justes demandes, s'est mis sous les armes; les vents contraires dont j'ai du attendre le bon plaisir, lui ont donné le temps de débarquer ses troupes aussi vite que moi. Il se dirige à marches forcées vers cette ville , ses forces sont puissantes et ses soldats confiants. Avec lui sont venus la reine-mère, une Até qui l'excite au sang et àla lutte, laniècedela reine, Madame Blanche d'Espagne et un bâtard du défunt roi. Toutes les tètes

Page 1