‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 86 sur 447 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Falstaff. Tu

fondent sur moi.

vieille défense : je me suis posé comme je suis là et j'ai dirïg-

na pointe. Quatre (Acte II, se. iv.)

Le prince Henri. — Celui qui, en courant au grand galop, tue un moineau au vol avec son pistolet?

Falstaff. — Vous l'avez touché droit.

Le prince Henri. — Plus droit qu'il n'a jamais touché moineau.

Falstaff. — Oh ! la canaille a du courage, il ne se sauvera pas.

Le prince Henri. — Mais, en ce cas, quelle canaille es-tu donc de le louer pour si bien courir?

Falstaff. — A cheval, coucou! mais à pied, il ne bougera pas d'une semelle.

Lf. prince Henri. -^Oui, Jack, par instinct.

Falstaff. — Par instinct, je te l'accorde. Bon, il en est aussi , ainsi qu'un certain Mordake et mille autres bonnets bleus ; Worcester s'est esquivé cette nuit; la barbe de ton père est devenue blanche lorsqu'il a appris ces nouvelles, et on

peut maintenant acheter de la terre à aussi bon marché que du maquereau qui sent.

Le prince Henri. — Eh bien, ma foi ! c'est égal; si nous avons un mois de juin chaud et si ces gourmades civiles durent, nous achèterons les pucelages comme on achète les gros clous, ai boisseau.

Falstaff. — Par la messe, tu dis vrai, mon gars! il est probable que nous aurons un commerce facile, de ce côté-là. Mais, dis-moi, Hal, estce que tu n'as pas horriblement peur? Toi l'héritier présomptif, pouvais-tu trouver au monde trois ennemis comparables au démon Douglas, au lutin Percy et au diable Glendower? ]N'as-tu pas horriblement peur? Est-ce que ton sang ne se glace pas?

, Le prince Henri. — Pas du tout, ma foi; ]C manque un peu de ton instinct.

LE ROI HENRI IV

Falstaff. — Bon, tu vas être horriblement grondé demain, lorsque tu seras en présence de ton père. Si tu m'aimes, cherche une raison qui puisse t' excuser.

Le prince Henri. —Eh bien, fais le rôle de mon père, et examine-moi sur les actions de ma vie.

Falstaff. — Faut-il? Soit, je veux bien. Cette chai'se sera mon trône, cette rapière mon sceptre et ce coussin ma couronne.

Le -prince Henri. — On prend ton trône pour un escabeau,' ton sceptre d'or pour une rapière de plomb et ta riche et précieuse couronne pour la pitoyable couronne d'un crâne chauve!

Falstaff. — Eon ! Si le feu de la grâce n'est pas complètement éteint en toi, tu vas être ému tout à l'heure. Donnez-moi un verre de Xérès pour rendre mes yeux rouges, afin qu'on puisse croire que j'ai pleuré, car je dois parler avec passion, et je vais le faire dans le style du roi Camb/Se.

Le prince Henri. — Bon, voilà ma génuflexion. Falstaff. — Et voici mon discours. Reculezvous, nobles Seigneurs !

L'hôtesse. — O Jésus! c'est une bonne farce, sur ma foi !

Falstaff. — Ne pleurez pas, douce reine, car les averses de larmes sont inutiles.

L'hôtesse. — O le père ! comme il garde son sérieux !

Falstaff. — Pour l'amour de Dieu, Seigneurs, emmenez ma triste reine ; car les larmes obstruent les écluses de ses yeux.

L'hôtesse. — O Jésus ! il joue cela aussi bien qu' aucun de ces putassiers de comédiens que j'aie jamais vu.

Falstaff. — Paix, ma bonne pinte; paix, ma bonne chatouille-cerveau. — Harry, non-seulement je m'étonne des lieux que tu choisis pour perdre ton temps, mais encore des compagnons que tu te donnes ; car si la camomille croit d'autant plus épaisse qu'on la foule davantage, la jeunesse en revanche s'use d'autant plus vite qu'on la dépense davantage. Pour croire que tu es mon fils, j'ai d'une part la parole de ta mère et d'autre part ma propre conviction ; mais j'ai surtout pour m'en donner la certitude, une certaine coquine de manière de clignoter des yeux et une certaine manière idiote de laisser pendre ta lèvre inférieure. Donc, si tu es mon fils, voici le point grave : pourquoi, étant mon fils, te fais-tu ainsi montrer au doigt? Le bienheureux soleil du ciel doit-il être un vagabond et se nour-

rir de mûres? C'est une question qu'on n'a pas besoin de poser. Le fils du roi d'Angleterre doit-il être voleur et prendre des bourses? C'est une question qu'on n'a pas besoin de poser. Il y a une chose, Harry, dont tu as souvent entendu parler et qui est connue de beaucoup dans notre pays sous le nom de poix : cette poix salit, ainsi que le rapportent les anciens écrivains : il en est ainsi de la compagnie que tu fréquentes; car, Harry, je ne te parle pas à présent dans l'ivresse, mais bien dans les larmes ; je ne parle pas dans la joie, mais dans la tristesse; je ne parle pas seulement en paroles, mais aussi en gémissements; et, cependant, il y a un homme vertueux que j'ai souvent remarqué dans ta compagnie; mais je ne le connais pas.

Le prince Henri. — Quelle espèce d'homme, s'il plait à Votre Majesté?

Falstaff. — Un homme de très-bonne apparence, ma foi, et corpulent; d'une joyeuse mine, d'un œil agréable et d'un très-noble maintien; qui, si je JuSe wen; doit être âgé de cinquante ans ou même, par Notre-Dame, incliner verslasoixantaine. Maintenant, je me rappelle que son nom est Falstaff; si cet homme était adonné au libertinage, il me tromperait bien ; car, Harry, je vois la vertu dans ses regards. Si donc l'arbre doit être reconnu à son fruit comme le fruit l'est à l'arbre, je te le dis péremptoirement, il y a de la vertu dans ce Falstaff; garde celui-là, bannis les autres. Et dis-moi, maintenant, méchant valet, dis-moi, où as-tu passé tout ce mois-ci?

Le prince Henri. — Est-ce que tu parles comme un roi? Fais mon personnage, et je jouerai le rôle de mon père?

Falstaff. — Me déposer ? Si tu joues seulement ce rôle en paroles et en action avec la moitié de la gravité et de la majesté que j'ai su y mettre, je veux bien être pendu par les pieds comme un lapereau ou un lièvre chez un marchand de volailles.

Le prince Henri. — Bon, me voici sur mon trône.

Falstaff. — Et moi, me voici debout : jugez, mes maîtres.

Le prince Henri. — Eh bien, Harry, d'où venez- vous?

Falstaff. — Mon noble Seigneur, d'Eastcheap. Le prince Henri. — Les plaintes qu'on me fait de vous sont graves.

1 Falstaff. — Mordieu! Monseigneur, elles sont

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