‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 88 sur 447 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Bango

. de Galles. Un appartement dans la ion de l'archidiacre.

Entrent HOTSPUR, WORCESTER, MORTIMER et GLENDOWER.

Morthikr. — Les choses donnent de belles espérances, nos pai tisans sont sûrs et notre entrée en campagne est pleine d'heureuses promesses.

Hotspur. — L( rd Mortimer et vous, mon cousin Glendower, voulez vous vous asseoir? et vous aussi, mon oncle Worcester : — du diable soit! j'ai oublié la carte.

Glendower. — Non, la voici là. Asseyez-vous, cousin Percv; asseyez-vous, mon bon cousin Hotspur ; car toutes les fois que Lancastrc parle de vous

en vous donnant ce nom, ses joues deviennent pâles, et, en exhalant un soupir, il vous souhaite au ciel.

Hotspur. — Et vous en enfer, toutes les fois qu'il entend parler d'Ovven Glendower.

Glendower. — Je ne puis le blâmer : à ma nativité, le front du ciel était plein de fantômes de feu et de petites croix enflammées, et à l'heure de ma naissance, la terre trembla comme un lâche dans sa masse et dans ses vastes fondements.

HoTsrcR. — Parbleu! c'est ce qui serait arrivé à ce même moment, si la chatte de votre mère avait mis bas, quand bien même vous ne seriez jamais né.

Glendower. -r- Je dis que la terre trembla lorsque je naquis.

Hotspur. — Et moi je dis que la terre n'était

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LE ROI HENRI IV

pas de mon sentiment, si vous supposez qu'elle trembla parce qu'elle vous craignait.

Glendower. — Les cieux étaient entièrement en feu, la terre trembla.

Hotspuh — Ob ! en en ce cas, la terre trembla de voir les cieux en feu, et non par crainte de votre naissance. La nature malade éclate souvent en étranges éruptions ; souvent la terre, aux fertiles entrailles, est tourmentée et travaillée par une espèce de colique provenant de l'emprisonnement d'un vent indiscipliné dans son ventre, lequel vent, s'efforçant de sortir, secoue la vieille dame [erre et jette à bas les clocbers et les tours vertes de mousse. A votre naissance, notre grand' mère la terre était travaillée par ce malaise-là et tressaillit de douleurs.

Glendower. — Cousin, il est peu de gens à qui je permette de me contredire ainsi. Permettezmoi de vous dire encore une fois qu'à ma naissance le front du ciel était plein de fantômes de feu. Les boucs s'enfuirent des montagnes et les troupeaux poussèrent d'étranges clameurs dans les campagnes alarmées. Ces signes m'ont désigné comme un personnage extraordinaire, et tout, dans le cours de ma vie, montre que je ne suis pas de la pâte des hommes vulgaires. Où est l'homme vivant au dedans de la ceinture de mer qui entoure en grondant les rives de l'Angleterre, de l'Ecosse, du pays de Galles, qui puisse m' appeler son élève et se vanter de m'avoir instruit? Et découvrez-moi l'être vivant qui, n'étant que fils de la femme, peut me suivre dans les difficiles sentiers de l'art et soutenir la concurrence avec moi dans la recherche des profonds secrets de la nature ?

Hotspur. — Je pense que personne ne parle mieux gallois : je veux dîner.

Mortimer. — Paix ! cousin Percy ; vous allez le rendre fou.

Glendower. — Je peux appeler les esprits du fond du vaste abîme.

Hotspur. — Parbleu! je le peux aussi et tout homme le peut; mais viendront-ils lorsque vous les appellerez?

Glendower. — Comment, mon cousin, je peux t'enseigner à commander au diable

Hotspur. — Et moi, cousin, je peux t'enseigner à faire honte au diable en disant la vérité. « Dites la vérité et couvrez le diable de honte. » Si tu as le pouvoir de l'évoquer, amène-le ici, et je te jure que j'aurai le pouvoir de le renvoyer couvert

de honte. Oh ! tant que vous vivrez, « dites la vérité et faites honte au diable. j>

Mortimer. — Allons, allons, ne poussons pas plus loin ce bavardage oiseux.

Glendower. — Trois fois Henri Bolingbroke s'est attaqué à ma puissance, et trois fois je l'ai renvoyé chez lui, des rives de la Wye et de la Severne au lit de sable, sans bottes et le dos entièrement nu.

Hotspur. — Sans bottes et le dos nu! Comment alors, au nom du diable, a»-t— il fait pour éviter les fièvres ?

Glendower. — Allons, voici la carte; diviserons-nous notre légitime domaine selon notre convention triparti te?

Mortimer. — L'archidiacre l'a divisé très-également en trois parties. L'Angleterre, depuis la Tient et la Severne jusqu'à lendroit où nous sommes, au sud et à l'est, est la part qui m'est assignée; tout l'ouest de l'Angleterre, les Galles au delà des rives de la Severne et toute la fertile terre qui est enfermée dans ces limites, appartiennent à Owen Glendower, et à vous, mon cher cousin, revient ce qui reste au nord au delà de la Trent. L'acte de notre convention triparti te est dressé, et une fois qu'il aura été irrévocablement signé, affaire qui peut s'exécuter dès cette nuit, mon cousin Percy, vous, moi et le bon Milord Worcester, nous partirons pour rejoindre, ainsi que nous en sommes convenus, votre père et les forces écossaises, à Shrewsbury. Mon père Glendower n'est pas encore prêt, et nous n'aurons pas besoin de son aide dans les quatorze jours qui vont suivre. [A Glendower .) Dans ce laps de temps, vous aurez pu rassembler vos tenants, vos amis et les gentilshommes voisins.

Glendower. — Il me suffira de moins de temps pour vous rejoindre, Milords, et je vous conduirai vos dames, auxquelles il vous faut vous dérober aujourd'hui sans prendre de congé, car sans cela il y aura un déluge d'eau répandu à votre séparation d'avec vos femmes.

Hotspur. — 11 me semble que ma moitié, au nord, de 15urton jusqu'ici, n'égale pas la moitié de chacun de vos lots; voyez comme cette rivière échancre mon domaine en zigzag et m'enlève du meilleur de mes terres une énorme demi-lune, un monstrueux morceau. Je ferai barrer le courant à cet endroit, et la coquette Trent, aux eaux argentées, coulera ici dans un nouveau lit, égal et beau; je ne lui permettrai pas de décrire en

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