‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 96 sur 447 · ACTE IV, SCE^'E I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCE^'E I

Ll prince He>'Ri. Maraud, est-ce que je vous dois mille livres? Falstaff. Mille livres, Hal ? un million : ton affection vaut un i

: dois ton affectii

(Ac:e III, se. m.)

Vernon. — Priez le ciel que les nouvelles que j'apporte vaillent une bienvenue, Milord. Le comte de Westmoreland se dirige ici à la tète de sept mille hommes; avec lui est le prince Jean.

Hotspur. — Il n'y a pas de mal; quoi encore ?

Vernon. — Et j'ai appris, en outre, que le roi en personne est parti, ou qu'il se dispose en toute diligence à faire de vigoureux et énergiques préparatifs pour venir ici.

Hotspur. — Il sera le bienvenu aussi. Où est son fils, le fou de prince de Galles aux pieds agiles, et ses camarades, qui repoussaient le monde avec dédain et lui ordonnaient de passer son chemin?

Vernon. — Tous équipés, tous sous les armes, tous emplumés comme des autruches, et leurs plumes, abaissées par le vent, leur donnent l'air

d'aigles qui viennent de se baigner ; tous brillants comme des images sous leurs armures dorées; tous aussi pleins de sève que le mois de mai et aussi splendides que le soleil de la Saint- Jean, tous folâtres comme de jeunes boucs, impétueux comme de jeunes taureaux. J'ai vu le jeune Henri, casque en tête, cuissards aux jambes, s'enlever de terre comme un Mercure emplumé, et il se tenait sur sa monture avec une telle aisance, qu'on eût dit qu'un ange était tombé des nuages pour dresser et manier quelque ardent Pégase et enchanter le monde par le spectacle d'une noble équitation.

Hotspur. — Assez, assez; ces louanges engendrent plus de fièvres que le soleil de mars. Qu'ils viennent; sous leurs beaux atours, ils s'avancent comme des victimes destinées au sacrifice, et ces victimes, nous les offrirons toutes chaudes et sai-

LE ROI HENRI IV

gnantes à la vierge aux yeux de flamme delà guerre fumante : Mars, revêtu de son armure, s'asseoira sur son autel dans le sang jusqu'aux oreilles. Je me sens tout en feu, en apprenant que cette riche proie est si près et n'est pas encore à nous. Allons, laissez-moi monter mon cheval qui doit me porter comme un coup de tonnerre contre le sein du prince de Galles. Sous nous rencontrerons, Harry contre Harry, cheval fougueux contre cheval fougueux, et nous ne nous séparerons que lorsque l'un de nous deux sera tombé corps mort. Oh ! si Glendower était venu!

Vernon. — H y a encore d'autres nouvelles; comme je traversais Worcester, j'ai appris dans cette ville qu'il ne pouvait pas réunir ses forces avant quatorze jours.

Douglas. — Ce sont les plus mauvaises nouvelles que j'aie encore entendues.

Worcester. — Oui, sur ma foi 1 celle-là rend un son sinistre qui donne froid.

Hotspur. — A combien toutes les forces du roi peuvent-elles monter?

Vernon. — A trente mille hommes.

Hotspur. — Qu'elles montent à quarante mille ! Puisque mon père et Glendower sont absents, ce sont nos forces seules qui doivent suffire à une si grande journée. Allons, passons une revue rapidement: le jour du jugement est proche; mourons tous, mourons gaiement 1

Douglas. — Ne parlez pas de mourir; je suis hors de la crainte de la mort et de l'atteinte de la mort, pour les six mois qui courent.

(Ils sortent.)

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