ACTE IV, SCÈNE III
der à de meilleures. Les peuples qui sont entre Philippe» et ce camp ne sont contenus que par une affection forcée ; car ils nous ont payé à regret leur contribution. L'ennemi , en traversant leur pays, complétera chez eux ses troupes; il ••avancera rafraîchi, recruté et plein d'un nouveau courage : autant d'avantages que nous lui enlevons si nous marchons à Philippes et lui faisons téte, tenant ces peuples sur nos derrières.
Mon bon frère , écoutez-moi.
BRUTUS
Permettez que je poursuive. —Il faut que vous remarquiez encore que nous avons tiré de nos amis les dernières ressources. Nos légions sont complètes; notre cause est à son point de maturité; de jour en jour l'ennemi se fortifie , tandis que nous, montés à notre plus haut période . nous sommes prêts à décliner. Il est dans les affaires des hommes une marée qui, prise à son heure, les conduit à la fortune : s'ils manquent le moment, tout le voyage de leur vie tourne misérablement dans les écueils et la détresse. En ce moment nous sommes à flot sur une mer pleine : il nous faut profiter du courant, tandis qu'il nous sert, ou perdre notre armement et nos espérances.
CASSIUS
Eh bien . vous vouiez marcher, marchez : nous, nous voulons vous suivre et les joindre à Philippe».
BRUTUS
L'ombre de la nuit s'est épaissie sur le cours de notre entretien : il faut que la nature obéisse à une loi nécessaire; nous l'apaiserons un peu par quelques momens de repos. Il ne reste rien de plus à dire.
CASSIUS
Rien de plus. Bonne nuit. Demain de grand matin, nous serons prêts et en marche.
BRUTUS
Lucius, apporte-moi ma robe. (Lada. won.) — Adieu, digne Hessala; — bonne nuit, Titinius. — Noble , noble Cassius, nuit heureuse et bon repos!
BRUTUS
TITINIUS M HESSALA.
nuit, seigneur Brutus.
Adieu, tOUS. (lit fartant.) (Luriuo rentra, apportant la roba de Brulua.)
Donne-moi cette robe. Où est ton instrument?
Ici, dans la tente.
BRUTUS
Tu réponds d'une voix assoupie? l'auvre serviteur, je ne t'en fais point un reproche , tu es harassé de veilles. Appelle Claudius, et quelque autre de mes gens. Je veux les avoir près de moi; ils dormiront sur des coussins dans ma tente.
Varron ! Claudius !
Tarn» atOaaOw.)
O mon tendre frère , elle a bien mal commencé, cette nuit! Que jamais semblable discorde ne s'élève entre nos aines! Ne le permeis pas , Brutus.
BRUTUS
Je vous prie , mes amis, couchez et dormes dans ma tente : il pourra arriver que je vous réveille bientôt, pour quelque message vers mon frère Cassius.
VARRON
Permettez-nous de rester debout, et de veill«r en attendant vos ordres.
BRUTUS
Non , je ne veux point que vous veilliez; couchez-vous, mes amis. Il pourra arriver aussi que je change de pensée. — Vois, Lucius ; voici le livre que j'ai tant cherché ; je l'avais mis dans la poche de ma robe.
J'étais bien sur que vous ne me l'aviez pas donné, seigneur.
BRUTUS
J'ai bien peu de mémoire : bon serviteur, excuse-moi. — Peux-tu tenir ouverts un moment tes yeux appesantis, et jouer quelques airs sur 11 instrument ?
Oui, monseigneur, si cela vous fait plaisir.
JULES CÉSAR
BRUTUS
Cela m'en fera , mon ami. Je te fatigue trop , ; tu as bonne volonté.
C'est mon devoir , seigneur.
Barres.
Je ne devrais pas étendre tes devoirs au delà de tes forces. Je sais que la jeunesse a besoin de sa mesure de sommeil.
Monseigneur , j'ai déjà dormi.
BRU TUS
Tu as bien fait , et tu dormiras encore. Je ne tcux pas te retenir long-temps. Si je vis , je serai un lion maître pour toi. (M'i»iqoe« ck*nt.) Ce chant est d'un homme assoupi. — O sommeil homicide! tu appesantis donc ta massue de plomb sur mon serviteur qui jouait cet air! — HonniMc esclave , dors bien ; je ne veux pas te faire le tort de t'éveiller. Si tu vacilles , tu vas briser ton instrument : je veux le sauver de tes mains ; et dors tranquille, bon serviteur. — Mais voyons. — N'ai-jepaspliélc feuillet, en quittant ma lecture? C'est ici, je crois.
{Brutu l'awfed pour lit». Entre l'ombre do César.) BRUTES.
Que la lueur de ce flambeau devient sombre ! — Ah ! qui paraît ici? Sans doute c'est ma vue affaiblie qui crée cette horrible vision ! Il s'avance sur moi! Es-tu quelque chose? Es-tu Dieu? Es-tu ^éiiie ou démon , toi qui glaces mon sang et fais dresser mes cheveux ! Parle-moi. Qu'es-tu? LE SPECTRE.
Ton mauvais génie, Brutus.
BRUTUS
Que me veux -tu?
LE SPECTRE
Te dire que tu me verras à Philippes.
BRUTUS
Je te reverrai donc encore?
LE SPECTRE
Oui /à Philippes.
(t'ombre *ort.)
BRUTUS
Eh bien! je te reverrai donc à Philippes. —
Quand je retrouvais mon courage, tu t'évanouis, fatal esprit; je voudrais l'avoir parlé plus longtemps. Esclaves, Luciust Yarron! Claudius! Amis! éveillez-vous! Claudius!
Les cordes, monseigneur, sont fausses.
BRUTUS
Il croit être encore à son instrument. — Ludus, réveille-toi.
BRUTUS
Était-ce un songe, Lucius, qui t'a fait pousser ce cri?
Monseigneur, je n'ai pas d'idée d'avoir crié.
BRUTUS
Oui, tu as poussé un cri. — As-tu vu quelque objet?
BRUTUS
Rendors -toi, Lucius. — Allons, ! Vairon! éveillez-vous!
avez jetés
VARRON Ct CLAUDIUS.
Monseigneur!
BRUTUS
Pourquoi donc ces cris que tous deux dans votre sommeil?
TOUS DEUX
Nous, monseigneur?
BRUTUS
Oui , vous. Avez-vous eu quelque vision?
VARRON
Non , monseigneur, je n'ai rien vu.