SCENE PREMIERE
SAMSON et GRÉGOIRE , te«.d.«. •* «v,ic« d-
SAMSON. (2) Grégoire , sur ma parole , on ne me fera pas les injures.
(1) La pièce est précédée d'un prologue de quatorze fers que Lctourneur a passés.
(2) Letourneur a retranché tout ce début , farci de calembours et de jeux de mots , qui portent sur la conwnnance de coati, charbons {carry eoali, expression figurée qui signifie supporter des injures ) ; colliert , charbonniers ; choler, colère ; et eollar, collier. Ces trois der-
se prononcent presque de même en anglais.
GREGOIRE
Non , car alors nous serions des charbonnhrï».
SAMSON
Je veux dire que, si l'on nous fâche, nous dégainerons.
GRÉGOIRE
Oui , pendant qui hors du collier.
SAMSON
La vue d'un de ces chiens de Montaigu me met an champ.
GRÉGOIRE
Se mettre au champ, c'est fuir ; et pour être brave, il faut attendre l'ennemi de pied ferme; mais toi , quand on t'échaufle , tu prends le large.
SAMSON
Tout chien de cette famille me verra toujours l'attendre de pied ferme : je prendrai toujours le haut du pavé sur les gens de la maison de Montaigu , hommes ou femmes.
GRÉGOIRE
Et voilà la preuve que tu es un poltron ; car le plus faible cherche toujours à s'appuyer de la raille.
SAMSON
Oui, hommes ou femmes , peu m'importe.
GRÉGOIRE
Mais la querelle n'e non entre ceux qui, service.
SAMSON
Cela m'est égal; je veux Quand je me serai battu avec les cruel avec les femmes.
GRÉGOIRE
Allons, mon brave, dégaine : voilà quelqu'un de la maison de Montaigu.
(Butant Abraham et B*lthnsar. )
SAMSON
Voilà mon épée tirée. Querelle, je vais t'animer.
GRÉGOIRE
Bon f tu vas tourner le dos et fuir.
SAMSON
Mettons la loi de notre côté; laissons-les attaquer les premiers.
GRÉGOIRE
Pour moi, en passant à côté d'eux, je les regarderai de travers. Ils le prendront mal, s'ils
ROMEO ET JULIETTE
maîtres et , sont à leur
en tyran.
, je serai
SAMSON
Dis plutôt, s'ils l'osent. Moi , je mordrai mon pouce (1) en les fixant, et s'ils le passent sous silence, ce sera un affront pour eux.
ABRAHAM
Mordez-vous votre ponce pour nous narguer,
(1) Gfit« insultant.
Je Uiui us uiuii puuvc , I
ABRAHAM
Est-ce pour nous insulter, monsieur?
SAMSON
Aurons-nous la loi de notre côté, si je réponds
GRÉGOIRE
oui?
Non pas.
Non , ce n'est pas précisément pour vous sulter que je mords mon pouce, monsieur.
GRÉGOIRE
ABRAHAM
Querelle? non.
SAMSON
Si vous cherchez querelle, je suis bon pour vous : je sers un aussi bon maître que vous.
ABRAHAM
Pas un meilleur!
SAMSON
Soit...
GRÉGOIRE
Dis meilleur.... J'aperçois un des parens de mon maître.
(BatraBMTolio.)
SAMSON
Oui, un meilleur maître.
Vous mentez.
SAMSON
L'épée à la main , si vous avez du cœur. — Grégoire, souviens-toi de ta botte secrète.
(IU M b»U«Bt.)
BENVOUO.
Voulez-vous vous séparer, insensés? Remettez vos épées : vous ne savez ce que vous faites.
(RataTrbak.)
TYBALT
Quoi , l'épée à la main parmi ces hommes sans honneur? Tourne-toi, Benvolio, et vois ta mort.
RENVOLIO.
Je ne veux que mettre la paix ici. Remets ton épée, ou sers-t'en pour m'aider à séparer ces hommes.
TYBALT
Quoi , l'épée nue ! El tu parles de paix? Je bais ce mot, comme je hais l'enfer, tous les Montaigu et toi : défends-toi, lâche.