‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 142 sur 689 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

m» ac».

Buttent CAPULET, PARIS, « UN DOMESTIQUE. CAPULET.

Et Montaigu aussi est enchaîné comme moi par la même défense : nous sommes tous deux menacés de la même peine , et il ne sera pas diflic le, je pense, à deux vieillards de notre âge , d'entretenir la paix ensemble.

PARIS

Vous êtes deux hommes d'honneur, tous deux ('paiement estimables ; et c'est une chose déplorable que vous ayez si long-temps vécu dans l'inimitié. Mais, parlez, seigneur, que répondez-vous à ma demande?

CAPULET

Ce que je vous ai dit souvent. Ma fille est encore étrangère dans le monde, elle n'a pas vu quatorze printemps : laissons deux printemps de plus épanouir nos fleurs, avant de la croire en âge d'être épouse.

PARIS

De plus jeunes filles qu'elle sont devenues des mères heureuses.

CAPULET

Mais elles se flétrissent trop tôt , ces mères prématurées.— La terre a englouti toutes mes espérances , et ne m'a laissé que Juliette : elle est l'héritière fortunée de mes biens. Honnête Paris, faiteslui votre cour, gagnez son cœur ; ma volonté dépend de son consentement : si elle le donne, le mien suivra son choix, et ma réponse confirmera la sienne. — Ce soir, je donne cette fête si ancienne dans ma famille, j'y ai invité plusieurs convives, mes amis : venez en augmenter le nombre. Vous serez un ami de plus et le très bien venu. Vous verrez mon modeste logis tout éclatant de beautés qui éclipseront les étoiles du firmament. Le plaisir qu'éprouvent les robustes laboureurs au temps où avril , vêtu de sa robe nouvelle , presse de ses pas les pas lents du languissaut hiver, vous le sentirez à ma féte, au milieu des jeunes boutons de rose dont elle sera parée. Examinez-les toutes, écoutezles toutes , et fixez votre goût sur la plus accomplie. Dans la foule de ces jeunes beautés vous ver-

ROMEO ET JULIETTE

rcz aussi ma fille : si elle n'a pas tout leur mérite , il u moins elle fera nombre avec les autres.

Allons, venez, suivez-moi. — Toi, parcours les nies de Vérone ; songe à trouver les personnes dont Jes noms sont inscrits sur cette liste, et dis-leur que la maison et le maître sont préparés pour les bien recevoir.

(Capolet et Pari* •orient.) LE DOMESTIQUE (1).

Trouvez ceux dont les noms sont écrits ici ! Il est écrit que le cordonnier se servira de sa toise , le tailleur de sa forme, le pécheur de son pinceau, et le peintre de ses filets ; mais je suis envoyé pour trouver les personnes dont les noms sont écrits ici, et je ne puis jamais trouver quels noms l'écrivain a écrits là-dessus. 11 me faut m'adresser aux sa vans , en temps utile.

( Entrent Benrolio et Roneo.)

BENVOLIO. '

Allons, mon ami , un feu étouffe nn autre feu; une douleur est adoucie par le sentiment d'une autre douleur : guéris un désespoir par un autre désespoir ; laisse entrer par tes yeux dans ton cœur le doux poison d'un amour nouveau , et tu détruiras le venin de ta première passion (2).

Votre feuille de plantain est excellente pour cela .

BENVOLIO.

Pour quoi, je te prie?

BOSIEO.

Pour votre'pcau entamée.

BENVOLIO.

Quoi, Romeo! es-tu fou?

BOMEO.

Non , mais plus lié que ne le serait un fon emprisonné ; privé de ma nourriture , fouetté , tourmenté et... Bonsoir, bon garçon.

LE DOMESTIQUE

Dieu vous donne bon soir ! —Je vous prie, Monsieur, savez-vous lire?

BOMEO.

Oui , c'est ma seule fortune dans ma misère.

LE DOMESTIQUE

Peut-être vous l'avez appris sans livre; mais, je vous prie, pouvez-vous lire tout ce que vous voyez?

(4) Letourneur « retranché toute cette réplique. (ii A partir d'ici Jusqu'à celle réplique de Benvolio : A cette ancienru fête , etc. , tout ce passage a été omit

ROMEO

Oui, si je connais les caractères et le langage.

LE DOMESTIQUE

Vous parlez en homme honnête; tenez-vous en joie.

BOMEO.

Arrête , mon garçon ; je peux lire, (n lu u ii*t«.) « Le signor Martino, sa femme et ses filles; le > comte Anselme et ses jolies sœurs; la dame • veuve de Vitruvio ; le seigneur Placentio et ses » aimables nièces ; IWercutio et son frère Valentin ; » mon oncle Capulet, sa femme et ses filles; ma » belle nièce Rosalinc; Livia; le signor Valentio « et son cousin Tybalt; Lucio et la vive Helena. • Belle assemblée ! Où doivent-ils se rendre?

LE DOMESTIQUE

Là haut.

BOMEO.

Pour souper où?

LE DOMESTIQUE

A notre maison.

BOMEO.

La maison de qui?

LE DOMESTIQUE

De mon maître.

BOMEO.

En vérité, j'aurais dû vous demander cela d'abojd.

LE DOMESTIQUE

A présent , je veux vous le dire sans que vous le demandiez. Mon maître est le grand et riche Capulet ; et, si vous n'êtes pas de la maison des Montaigu, venez, je vous prie, avaler une coupe de vin. Demeurez en joie.

BENVOLIO.

A cette ancienne fête de Capulet soupe la belle Rosaline, que tu aimes tant ; elle y sera avec toutes les belles les plus renommées de Vérone. Viens avec moi , et , d'un œil sans prévention , parcours ces beautés, compare-les avec ta belle , et tu seras forcé de convenir qu'elle est auprès d'elles ce qu'est le corbeau près de la colombe.

BOMEO.

Jamais mes yeux , fidèles à la vérité , ne se prêteront à cette illusion sacrilège. Une femme plu» belle que mon amante ! Le soleil , qui voit tout , n'a jamais vu son égale , depuis qu'il éclaire le monde.

BENVOLIO.

Bon ! Tu l'as trouvée belle, parce que tu l'as vue

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