ACTE I, SCÈNE IL
BEHVOUO.
Doucement , je veux vous accompagner : si tous me quittez ainsi, tous m'offensez.
ROMEO
Non , ce n'est point ton cousin qui te parle : je ne me reconnais plus moi-mime ; ce n'est point Romeo que tu vois devant toi : Romeo n'est point ici , il existe quelque part ailleurs.
BENVOUO.
Dites -moi sérieusement quelle est celle que vous aimez.
ROMEO
Oh ! j'aime un ange sous les traits d'une mortelle, mais d'une mortelle invulnérable aux traits de l'amour. Son cœur est inaccessible aux tendres propos; ses yeux modestes évitent la rencontre dangereuse des regards. Ce n'est pas elle qui ouvrira son sein à l'or, qui corrompt les vertus les plus célestes. — Oh ! quand elle mourra , la beauté périra avec elle.
BENVOUO.
A-t-elle donc jure de rester vierge?
Elle a abjuré l'amour; et son vœu cruel donne la mort à un infortuné qui ne vit que pour elle. BENVOUO.
Laisse-toi gouverner par mes conseils : oubliela dans tes pensées.
ROMEO
Enseigne-moi donc à cesser de penser.
BENVOUO.
En donnant une pleine liberté à tes yeux , en les promenant sur d'autres belles.
ROMEO
Ces masques heureux qui couvrent le front des belles, quoique noirs et difformes, notre imagination les pénètre , et voit la beauté qu'ils cachent aux yeux. Montre-moi une femme qui surpasse toutes les belles : sa vue de même ne servira qu'à me rappeler celle dont la beauté efface la sienne. Va , tu ne peux jamais m'apprendre à l'oublier. L'aveugle , privé tout à coup de la lumière , oublie-t-il jamais le bien qu'il a perdu?
BENVOUO.
Je te prouverai la bonté de mon conseil, ou ne fais aucun cas de mes paroles.
(UtMMtJll.)