SCÈNE PREMIÈRE
Ne m'en parle jamais. Je trouve très mal que toi, Jago, qui as eu ma bourse comme si les cordons étaient tiens, tu saches cela.
JAGO
Mais tous ne voulez pas m'entendre. Si jamais j'ai eu la moindre idée de cette affaire, abhorrezmoi.
Tu m'avais dit que tu le haïssais.
JAGO
Méprisez-moi s'il n'en est pas ainsi. Trois grands de la ville, le sollicitant en personne de me faire son lieutenant, lui ont souvent ôté leur chapeau ; et, foi d'homme, je sais ce que je vaux : je ne suis pas indigne d'une telle place. Mais lui n'aimant
OTHELLO
v^ ^ jiv%«»tj x *•? idées . les a payés de phra- Xx avfr^eoKttt enflées de termes de
v. . . •> , yymr cvuvhuY. il a éconduit mes in- ..vuujI'.n i >* t\riu, leur a-t-il dit, j'ai . . -i</»^ s;ficùr. Et celui-ci, quel est- . \ -niJK'tK «a grand arithméticien, un Michel
v ocswn *u ïtwwntin, un garçon presque damné ^ vu*.' tv^' leuune (1), qui jamais ne manœu-
vi citron dans la plaine, et qui ne conlmks plus qu'une fileuse la division d'une
X.ii^v; uw« savant, lo livre en main, dans la ttsvtv que les sénateurs en toge peuvent trai- ^.x jw-vù bieu que lui : pur bavardage sans prati- ^*>, c'est toute sa science militaire ; mais il a eu choix (du More); et moi, que ses yeux ont vu A IVprvuve à Rhodes, en Chypre, et sur d'autres tvrrvs chrétiennes et païennes, il faut que je me «aime et que je me contente de promesses pareille a celles d'un débiteur a son créancier. Lui, dans le bon temps, sera son lieutenant, et moi, seigneur, l'enseigne de sa seigneurie moresque (titre que Dieu bénisse ! ).
Par le ciel, j'aurais préféré être son bourreau.
JAGO
Mais il n'y a point de remède; c'est le cours du service : la promotion va suivant la recommandation et la faveur, et non en raison de l'ancienne gradation qui faisait le second héritier du premier. Maintenant, seigneur, jugez vous-mCme si j'ai quelque juste raison d'aimer le More.
Alors, je ne resterais pas à son service.
JAGO
Ohl seigneur, rassurez-vous. Je le sers pour me servir à ses dépens. Nous ne pouvons être tous maîtres, et tous les maîtres ne peuvent être fidèlement servis. Vous remarquerez maint valet soumis et rampant, qui, passionné pour sa propre servitude, use son temps, comme l'âne de son maître , sans nulle autre chose que sa patience , et, lorsqu'il est vieux, on le congédie. Fouettez-
(1) Cette expression est une de celles qui ont embarrassé les commet) la leurs anglais. Le savant TyrwuiU propose de lire iife (vie) au lieu de wije ( femme, épouse) , et croit que Shakspeare fait allusion ou jugemcnl prononcé dans l'Évangile contre ceux dont tous les hommes parlent bien. Il continue en démontrant, d'une manière assez plausible , que le caractère de Cassio est certainement tracé de façon à lui faire encourir la condamnation prononcée par le line saint
moi ces honnêtes marauds. Il y en a d'autres qui , cachés sous les formes et le masque du devoir, conservent cependant leurs cœurs attentifs à leurs propres intérêts , et qui, ne présentant à leurs maîtres que des apparences de service, profitent à leurs dépens. Dès qu'ils ont doré les franges de leurs habits, c'est à eux-mêmes qu'ils rendent hommage. Ces gens-là ont de l'ame, et je fais profession d'être l'un d'eux; car, seigneur, aussi sûr que vous êtes Roderigo, si j'étais le More, je ne voudrais pas être Jago : en le servant je ne sers que moi-même. Le Ciel m'est témoin que je ne le fois ni par amour ni par devoir; mais que je le parais pour mon propre intérêt. Quand mon action visible et mes complimens extérieurs démontreront l'acte naïf et la figure de mon cœur, peu après je le porterai sur ma manche pour qtfe les corneilles le becquettent. Je ne suis pas ce que je suis.
Quelle complète bonne fortune pour ce More aux lèvres épaisses, s'il peut réussir ainsi 1
JAGO
Appelez son père, faites-le lever : tourmentezle (le More), empoisonnez sa joie, proclamez son nom dans les rues, enflammez ses parens (de la jeune fille), et, quoiqu'il demeure dans un fertile climat, empestez-le de puces : bien que sa joie en soit une, cependant jetez sur elle de telles tribulations qu'elle en soit quelque peu décolorée.
Voici la maison de son père ; j'appellerai à haute voix.
JAGO
Faites-le avec un léger accent de crainte et des hurlemens affreux comme lorsqu'on découvre le feu occasioné dans des cités populeuses par la nuit et par la négligence.
Hola! Brabantio! Seigneur Brabantio! bol
JAGO
Réveillez-vous! Holà ! Brabantio I des voleurs t Regardez à votine maison, à votre fille et à vos sacs ! Des voleurs t des voleurs I
BRABANTIO , m haut, • «ne (mètre.
Quelle est la raison de cette terrible invitation? Qu'est-ce qu'il y a?
Seigneur, tonte votre famille est-elle chez vous 1