‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 16 sur 689 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

JAGO

Vos portes sont-elles fermées?

BRABANTIO

Pourquoi? A quoi bon ce» demandes?

JAGO

Seigneur, vous êtes rolé; pour votre honneur mettez votre robe. Votre cœur est brisé, vous avez perdu la moitié de votre ame. Maintenant même , à cette heure justement, un vieux bélier noir couvre votre blanche brebis. Levez-vous 1 levez-vous ! Réveillez au son de la cloche les citoyens assoupis, autrement le diable fera de vous un grand- père. Levez-vous, dis-je.

BRABAKTIO.

Quoi I avez-vous perdu l'esprit?

Très révérend seigneur, connaissez-vous ma voix?

BRABANTIO

Moi? non. Qui êtes-vous?

Mon nom est Roderigo.

BRABANTIO

Tu en es plus mal venu. Je t'ai enjoint de ne pas rôder autour de mes portes. Tu m'as entendu dire avec une honnête franchise que ma fille n'est pas pour toi , et maintenant, dans ta folie , plein de souper et de boissons enivrantes, tu viens me braver malicieusement et troubler mon sommeil.

Seigneur 1 seigneur t seigneur!

BRABANTIO

Mais tu peux bien être sûr que mon courage et ma place ont en eux le pouvoir de te rendre ceci

bon seigneur !

BRABANTIO

Que me parles-tu de vol ? C'est ici Venise ; ma maison n'est pas une grange (1).

Très grave Brabantio, je viens à vous avec un esprit simple et pur.

JAGO

Seigneur, vous êtes un de ceux qui ne veulent

(1) Cc*l-»-dire une maison Isolée qui, en raison de celle circonstance, puisse attirer les voleurs.

pas servir Dieu ri le diable le leur commande. Parce que nous venons vous rendre service, vous pensez que nous sommes des coquins. Vous aurez votre fille couverte par un cheval de Barbarie, vous aurez des petits-fils qui vous henniront (au nez), vous aurez des coureurs pour cousins et des genêts pour parons.

BRABANTIO

Quel impudent coquin es-tu?

JAGO

Je suis un homme, seigneur, qui viens vous dire que votre fille et le More font maintenant la bête à deux dos.

BRABANTIO

Tu es un misérable!

JAGO

Et vous, un sénateur!

BRABANTIO

Tu merépondrasdecela. Jeté connais, Roderigo.

Seigneur, je répondrai de tout Mais je vous supplie, si c'est votre plaisir et votre consentement (comme je crois le voir en partie) que votre belle fflle , à cette heure bizarre et sombre de la nuit, se mette en route, sans une pire ou meilleure escorte qu'un maraud aux gages de tout le monde , un gondolier, pour se livrer aux grossiers embrassemens d'un More lascif; si cela vous est connu et que vous l'ayez permis, alors nous vous avons fait de violons et d'insolens outrages ; mais, ri vous ne le savez pas, mes mœurs me disent que vous nous faites dos reproches a tort Ne croyez pas que, dépourvu du sentiment de toutes les convenances, je veuille me jouer et rire de votre révérence. Votre fille, dis-je, ri vous ne lui avez pas donné votre permission (de sortir ainsi), a commis une énorme désobéissance en attachant son affection , son esprit , sa beauté et sa fortune à uu vagabond étranger ici et partout Édaircissez-vous sur-le-champ : ri elle est dans sa chambre ou dans votre maison, déchaînez contre moi la justice de l'état pour m'étre ainsi joué de vous.

BRABANTIO

Battez le briquet! Holà! Donnez-moi un flambloau! appelez tout le monde! Cet accident se rapporte assez à mon songe : la foi que j'y ai m'oppresse déjà. De la lumière! dis-je, de la lumière !

Adieu, car je dois vous quitter : il ne me sera-

OTHELLO

ble ni convenable ni sain pour ma place que Ton roc produise (comme témoin) contre le More, comme je le serai , si je reste ; car, je le sais, l'état, quoique ceci puisse lui (à Othello) causer quelque échec , ne peut avec sûreté le renvoyer. 11 s'est embarqué avec tant de succès dans la guerre de Chypre maintenant en train, que, pour leurs ames, ils (les sénateurs) n'ont pas un homme de sa taille pour conduire leurs affaires : aussi , quoique je le haïsse comme je hais les peines de l'enfer, cependant, pour la nécessité de la vie présente, je dois faire parade d'attachement et lui en donner des signes, qui ne sont en vérité que des signes. Pour être sûr de le trouver, dirigez vers le Sagittaire (i) la recherche commencée, et là je serai avec lui. Ainsi, adieu.

(Bottent au dewoa), cett^-dli» dm» la nie, BrabanUo et det domestique».)

BRABANTIO

C'est un malheur trop vrai : elle s'en est allée , et ce qu'il y a à venir de mon temps inutile n'est rien qu'amertume. Maintenant, Roderigo, où la vis-tu? Oh! malheureuse fille! — Avec le More, dis-tu? — Qui voudra être père? — Comment connus-tu que c'était elle? — Oh! tu me trompes au delà de toute idée !— Que vous dit-elle?— Ayez plus de flambeaux ; éveillez —Sont-ils mariés, pensez-vous?

Vraiment je pease qu'ils le sont

O Ciel ! — Comment est-elle sortie? — O trahison du sang! — Pères, désormais ne vous fiez plus aux co?urs de vos filles d'après la conduite que vous leur voyez tenir. — N'y a-t-il pas des charmes par lesquels l'on peut abuser les penchans de la jeunesse et la virginité? N'avez-voos rien lu, Roderigo, à ce sujet?

Oui , seigneur, je l'ai lu en vérité.

BRABANTIO

Appelez mon frère. — Oh! que je voudrais que vous l'eussiez eue ! — Que les uns prennent un chemin , et les autres un autre. — Savez-vous où nous pouvons la surprendre avec le More?

Je pense que je puis ledécouvrir, s'il vous plaît

(1 ) C'en probablement le nom de quelque auberge de

Venise.

avec

de rassembler une bonne escorte et de moi.

BRABANTIO

Je vous prie, conduisez-nous. J'appellerai à chaque maison ; je puis commander au besoin.— Prenez des armes, hola! et réveillez quelques officiers de marque. — En avant, bon Roderigo: je veux mériter vos peines.

(IUi

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